Ici gît KL

29 Octobre 2010

J’arrive le matin a Surat Thani, une ville du sud de la Thailande qui n’a absolument aucun interet ; a part si on veut prendre le bateau pour les iles paradisiaques de Ko Samui, Ko Pha Ngan ou Ko Tao.
Non seulement je n’ai pas le temps d’y aller, mais en plus, une grosse averse s’abat sur moi en arrivant, et le temps reste tres instable.
Ca ne me donne aucune envie de visiter.
J’ai eu tres peu de pluie dans le nord du pays. La roue tourne. Et me voila a errer dans les rues de Surat Thani en attendant mon train de…00h10.
Ca me fait toutefois une etape pour simplement souffler et ne rien faire, a part rester dans les snacks qui disposent au minimum d’un toit et d’un bon menu thai. Je lis, j’ecris, je patiente tranquillement ; de toute facon il pleut ; et la pluie tropicale, c’est vraiment comme une grosse douche !
J’achete aussi chez les vendeurs ambulants qui preparent les aliments devant toi. Il y a toujours 2 ou 3 tables prevues. Les clients ne sont pas nombreux. Du coup, pour patienter, ils sortent les rallonges et mettent la tele dans la rue. Je regarderais bien avec eux si leur serie tele n’etaient pas aussi niaises.

Un peu de retenue (mais pas trop)
Ici encore, on ne se tient pas la main dans la rue ; et aucun signe d’affection non plus (je vois quand meme quelques « transgressions » chez certains jeunes).
Mais rien ne les empeche de rire ensemble, et les tenues des hommes et des femmes sont tellement decontractees qu’elles font diminuer cette impression de retenue.
Les comportements des thailandais s’occidentalisent de plus en plus. On le voit surtout dans la capitale.

Averses a repetition. J’attends dans la gare…

 

30 Octobre 2010

Beaucoup de retard au depart de Surat Thani, mais ca a l’avantage de me faire arriver a Hat Yai de jour, vers 7h.
Il est plutot deconseille de faire une etape dans cette ville, region frappee par de nombreux attentats lies aux troubles religieux et ethnique dans l’extreme sud de la Thailande.
A 90% sunnites, le sud profond est ethniquement plus malais que thai ; et les mouvements autonomistes musulmans ont multiplies les bombes dans le secteur ces derniers temps.
Pour ma part, je n’ai pas le choix, Hat Yai est le noeud ferroviaire incontournable du sud de la Tailande.
La police est partout dans la gare et dans les rues, et je ne vais pas faire un immense detour pour 2 ou 3 illumines.

En tout cas, avant de partir, je tiens a dire que la Thailande est une formidable destination pour tout ceux qui souhaitent partir en famille. Je ne le dis pas systematiquement, mais c’est le meme constat pour l’Europe centrale, la Roumanie (faites attention aux chiens errants quand meme…), la Bulgarie, la Turquie. NON, pas l’Inde ! A part si vous tenez a ce que votre enfant vienne a Varanasi au bord du Gange, pour voir le fils aine fracasser le crane du pere defunt afin de liberer ce qu’il reste de son ame…
Pour le Nepal, je ne conseille pas le Terai ; c’est vraiment le prolongement de l’Inde. Mais pour le reste du Nepal (et tant que c’est en-dessous d’une certaine altitude !!!), pas de soucis pour les enfants.
Mais sincerement, venez en Thailande en famille et privilegiez le Nord dans votre programme, surtout si ils aiment les z’animaux. Le seul endroit qui peut craindre, c’est la ou je suis ; donc pour etre sur, evitez Hat Yai – de toute facon, il n’y a rien a voir ici – meme si la ville est assez vivante et les gens sympas. A part ca, il n’y a absolument aucun danger.

Je prends le train qui m’amenera jusqu’en Malaisie.

 

31 Octobre 2010

Il est 5h du matin, la gare de Kuala Lumpur est deserte.
Je trouve une anglaise qui ne sait pas franchement ou aller. Nous partageons le taxi jusqu’a arriver dans une superbe auberge de jeunesse. Ca ressemble plus a un spacieux loft bien entretenu qu’a une suite de cellule similaires tenues par un « marchand de sommeil » comme on en trouve habituellement dans chaque capitale. Le gerant nous offre le petit dejeuner avec notamment du beurre de cacahuetes. L’anglaise tombe des nues lorsque je lui dis que c’est la premiere fois de ma vie que j’en mange.
Nous sommes a Chinatown. Mais alors, que faire a KL (comme on dit ici) ?
Ce n’est pour le moment qu’une petite metropole, assez propre dans l’ensemble. On relie plutot facilement les points a pied. La ville se traverse en voiture en 15 minutes sans bouchons.
Je dois prendre tout de meme le bus pour me rendre aux Batu Caves, 15kms au nord de Kuala Lumpur.
C’est un monument assez connu. L’entree est gardee par une immense statue de 42m de haut representant Murugan, une divinite hindoue.

Entree des Batu Caves avec la statue de Murugan

Ensuite, il faut monter 272 marches pour atteindre un ensemble de grottes.
L’interieur est gigantesque mais j’arrive beaucoup trop tard dans la matinee, et je n’ai pas la joie de visiter le site seul ou en « comite restreint ». Je tenais quand meme a venir ce dimanche car c’est les week-ends qu’ont lieu les baptemes hindous. Les enfants ont le crane rase et la tete enduite d’une creme jaune.
En y reflechissant, je me dis que cette ceremonie aurait ete meilleure dans plus d’intimite.
D’un cote, un bapteme dont les pratiques sont vieilles de plusieurs millenaires ; de l’autre, les touristes, nombreux a deambuler.
Meme si peu de gens s’arretent pour regarder la ceremonie, l’atmosphere me deplait. Je m’en vais.

Je prends le bus jusqu’a un monument beaucoup plus recent (et histoire de dire que je l’ai vu). Fierte nationale et symbole de la reussite economique de tout un pays, les Petronas Towers culminent a 451m. Ce sont les 5eme plus hautes tours au monde.

Petronas Towers

 

Apres avoir longtemps deambule dans la ville, je retourne a ma tranquille auberge de jeunesse. Coup de fatigue apres ces nombreuses nuits courtes a repetition depuis 8 jours.
Apres une sieste de quelques heures, je decide de passer ma soiree dans les ruelles de Chinatown.
J’avais besoin d’un lieu vivant apres la froideur du quartier des affaires.

 

paix malaisie

La valeur de la paix
La Malaisie, c’est 50% de malais musulmans, 30% de chinois, 10% d’indiens et moins de 100000 aborigenes.
Ce sont les chinois qui detiennent majoritairement les pouvoirs economiques du pays ; en consequence, il y a une cinquantaine d’annees, d’importants affrontements inter-ethniques et religieux se sont produits. Grace a un plan du gouvernement, l’ecart de pouvoir s’est un peu reduit, mais les chinois subissent beaucoup de discriminations, surtout ces derniers temps, avec la montee de l’integrisme musulman.
Pour autant, la prosperite economique de la Malaisie a fait taire les conflits, chacun cherchant a s’enrichir le plus possible. Les chinois restent largement en tete.
La colonisation britannique a laisse quelques traces, notamment la langue. Meme si l’anglais n’est qu’une des quatre langues officielles du pays, elle reste largement parlee (et utilisee pour le commerce), et a pour vocation de rassembler ce pays heterogene compose de 4 etats, 9 sultanats et 2 territoires federaux.
En gros, tant que l’economie va, tout va.

Kuala Lumpur n’est pas une ancienne cite malaise comme on pourrait le croire. Ici, pas de vieille-ville mais quelques monuments d’epoque colonial : on passe devant sans pour autant s’y arreter…
La ville n’etait qu’un vaste terrain de boue jusqu’a ce qu’on y decouvre de l’etain a la fin du XIXeme siecle. Quelques annees plus tard, on la designe capitale du pays.

Ce soir, je reste dans cette auberge de jeunesse vraiment conviviale, mais je ne tarderais pas a partir demain : il faut l’avouer, a Kuala Lumpur, on a vite fait le tour.

Des a bises a tous. On se retrouve au sommet !

English teacher

1er Novembre 2010

Je quitte Kuala Lumpur.
Sur le chemin qui m’amene a la station de bus, je rencontre 2 polonais (c’est pas tous les jours) qui vont dans la meme direction que moi ; et comme avant-hier avec l’anglaise, ils ne savent pas tellement ou aller une fois arrive a Malacca.
Je leur propose une auberge de jeunesse conseillee par celle de Kuala Lumpur ; et arrive a Malacca, 145 kms plus au sud, on decide de se partager le taxi jusqu’au centre-ville.
Nous voici veritablement dans la seule ville de Malaisie qui vaille le detour, culturellement parlant. Dans ce pays, il n’y a aucun monument majeur a l’exception de cette ville.
La Malaisie me rappelle un peu la Turquie. Les gens sont courtois dans la rue, ils ne cherchent jamais a te vendre quelque chose, j’entends a nouveau le muezzin et je revois a nouveau la mer ; et la derniere fois, c’etait egalement en Turquie avec la Mer Egee. On respire mieux ici qu’a Kuala Lumpur.
Mais la ou la Malaisie possede l’avantage, c’est qu’elle pratique les prix fixes ! Et ca, c’est pas negligeable pour les touristes. On negocie seulement dans les marches. Ailleurs, pas de negociations, donc peu d’economie souterraine.
Au final, ca donne un pays qui semble respirer un peu mieux la sante (economique).

Je passe la fin d’apres-midi a visiter Malacca.

Malacca

Et me voici deja aux portes de l’Indonesie. Je n’ai pas le temps de visiter l’Est beaucoup plus sauvage.
Au risque de me repeter, la Malaisie est egalement une tres bonne destination pour les familles. Les tarifs sont avantageux, pas de surprise lorsqu’arrive la facture (n’oubliez pas de lire les menus en entier, il est ecrit qu’une taxe gouvernementale est ajoutee a la note), et l’islam est modere, donc peu de risque d’attentat.

2 Novembre 2010

J’ai le temps de prendre le petit dejeuner avec une espagnole a quelques pas de l’auberge avant de me diriger vers le port.
Et 3h plus tard, je debarque a Dumai, sur l’ile de Sumatra.
On controle mon sac a l’entree : le transport de drogue vaut la perpetuite en Indonesie. En Malaisie, c’etait la pendaison. J’y gagne !
Le douanier verifie meme mes cubes de sucre. Il se met a en renifler un. Je lui dis que celui-ci, il pouvait le garder pour son cafe.
Un responsable du port m’aide a trouver mon chemin.
Il m’amene jusqu’au bureau de change et pour une commission derisoire, j’obtiens mes « rupiah ».
Il me depose finalement a la station de mini-bus qui fait egalement restaurant.
En attendant de partir pour Bukittingi, Mouchsin, le frere du responsable arrive en mobylette et s’approche de moi.
Il me dit qu’il est professeur d’anglais et qu’il souhaiterait m’avoir avec lui dans sa classe pour animer son cours durant quelques jours.
J’ai encore le temps de me decider avant le depart du bus.  D’un coup de mobylette, il m’amene jusqu’a l’ecole, contigue a sa maison. Il me montre son « book » ou de nombreux touristes ont defiles avant moi.

La salle de classe

Et finalement, j’accepte.
C’est une nouvelle experience, je suis loge, nourri et meme blanchi.
Nous retournons a la station de bus pour decaler mon depart. Le temps de poser mon sac dans ma nouvelle chambre, il est deja 16h et mon 1er cours commence.
Ils ont entre 15 et 22 ans. On fait un tour de table, chacun se presente. L’anglais est plutot correct. Certains font de longues etudes, et revent de travailler pour de grandes compagnies a l’etranger ; d’autres ont de grandes ambitions, sans pour autant vouloir quitter l’Indonesie, Sumatra ou meme Dumai. Leur pays est deja tellement immense. Moi-meme, je ne sais pas par quel bout commencer…
Puis, ils me posent des questions. Quel age as-tu ? Tu voyages seul ? Durant combien de temps ? Es-tu musulman ? As-tu une copine ?
Mouchsin (prononce Mouxine) est tres ouvert d’esprit. Il comprend parfaitement les europeens (il les trouve meme admirables sur de nombreux points). Il explique parfois le sens de mes reponses en Indonesien lorsqu’elles paraissent etranges a leurs yeux ; notamment au moment ou les eleves se mettent a me plaindre quand je leur dis que je n’ai pas de religion.
Nous sommes dans le 1er pays musulman au monde. Mouchsin leur explique que contrairement a l’Indonesie, les europeens sont libres de ne pas choisir de religion.

Mon 1er cours d'anglais

La classe est mixte (je n’aurais jamais accepte ce travail si j’avais a faire le cours uniquement aux garcons – question de principe – ).  Les filles portent le voile. Pas toutes. Mais l’ambiance est bonne. Tout le monde rigole et m’ecoute attentivement quand je parle.
Apres 1h30 d’attention, c’est la fin de mon 1er cours.
On a le temps de manger avec Mouchsin, sa femme et l’une de ses 4 filles. Il n’y a qu’une porte a franchir entre la classe et la cuisine, situee juste derriere le tableau de classe.
La maison est faite de differents materiaux : briques rouges, parpaings plus ou moins recouverts de ciments, le toit en tole, carrelage dans la cuisine ou simple dalle en beton ; fines planches de bois au mur me rappelant l’interieur des lodges nepalais.
On mange avec les doigts mais ils ont prevu une fourchette et une cuillere pour moi. Pas de probleme pour manger la bouche ouverte. Un petit rot est meme le bienvenu.
Pour autant, la maison est bien tenue avec obligation de retirer ses chaussures a l’entree.
Je retourne dans la salle de classe pour mon second cours a 19h, avec les 10-14 ans ; et je commence deja a prendre quelques habitudes : balayage avec les yeux de la classe tout en parlant et en prenant le temps de regarder chacun d’entre eux quelques secondes ; questions posees a toute la classe pour relancer l’attention et question precise posee a un eleve en particulier, de preference un enfant qu’on entend jamais.
Pour le contenu du cours, j’improvise. Quels sont les moyens de locomotion que j’utilise durant mon voyage ? ou est-ce que je dors ?
Un eleve me demande si je n’ai pas eu peur des tigres et des serpents quand j’ai dormi dans la foret. Je lui ai dit qu’en Suisse, il n’y en avait pas…
Mais ca m’a permis d’embrayer sur les differents animaux de la foret ; puis je ne sais comment, sur les familles d’instruments de musique, puis sur la France, la marseillaise, l’hymne indonesien… et c’est deja la fin du cours.
En partant, les enfants sert la main de Mouchsin tout en mettant le dos de sa main contre leur front, en signe de respect. Certains me le font.
Je suis un peu gene a ce niveau. Mais c’est la coutume, que dire de plus…
En tout cas, les enfants sont vraiment adorables.

J’ai le sourire en coin quand je repense a ce matin ou je prenais tranquillement le petit dejeuner dans une ruelle de Malacca, en Malaisie ; et que ce soir, je viens d’animer 2 cours d’anglais en Indonesie.

Je suis epuise par cette journee. Mais quel enrichissement.
Je prends une douche « traditionnelle » comme dit Mouchsin : a la bassine.
Avant d’aller me coucher, je prends le temps de preparer mon cours pour demain (j’aurais jamais cru dire ca un jour…).

3 Novembre 2010

Je me reveille en entendant les touts petits reciter les chiffres en anglais. Mouchsin m’avait dit la veille qu’il n’etait pas necessaire que j’y assiste puisque l’anglais etait tres basique.
Mais 5min apres le reveil, je le croise dans la cuisine. Il me propose d’aller les voir. Ils sont 5 et ont entre 7 et 10 ans. Je suis reste avec eux jusqu’a la fin du cours. C’etaient pas forcement evident parce qu’ils n’osaient pas poser de questions. Mais en ressortant quelques reflexes datant du BAFA pour maintenir l’attention, quelques phrases courtes et quelques imitations, on finit par s’en sortir.

LP. Grand English Course

Mouchsin me dit que 2 filles venant du village d’a cote voudraient discuter avec moi pour un cours particulier. Pas de probleme.
Elles ont toutes les deux 22 ans et me demandent desesperement comment j’ai fait pour avoir aussi bon anglais. Je leur qu’a 22 ans, j’avais a peu pres leur niveau. Et encore, il y a 2 mois a peine, mon « preterit » n’etait pas fameux.
« Pourquoi les europeens aiment-ils tant voyager? », « Pourquoi ne croies-tu pas en Dieu ? », « Pourquoi n’est tu pas marie? ». Vastes sujets…
Nous restons 2h a discuter.

Cours particulier entre 2 lecons

Ca leur a fait vraiment plaisir de parler avec un etranger. A moi aussi ; et ca m’a fait d’autant plus plaisir qu’elles ont pris la peine de se deplacer depuis leur village pour me rencontrer.
Meme si Dumai est un point d’entree important par bateau depuis la Malaisie, les etrangers y debarquent sans forcement rester. La preuve, hier, j’avais mon ticket de bus dans les mains…

Puis arrive le cours de 16h aves les 10-14 ans. La classe est bruyante mais le cours se passe sans probleme. Une voix qui porte, ca aide.

Le quartier de l'ecole

 

On est juste a cote de la mosquee. Et le muezzin, on l'entend vraiment... vraiment bien !

Apres la lecon, un eleve de la veille souhaite me voir pour discuter « and to practice english ».
Je le recois dans la classe vide. Il a 17 ans, fait des etudes de programmation informatique et son anglais est bon. Mais il m’explique que souvent, les etrangers qui debarquent a Dumai ne le croient pas lorsqu’ils leur dit qu’il veut simplenment parler anglais avec eux.
Je lui explique que durant mon voyage en Inde, tout ceux qui m’accostaient voulaient absolument me vendre un service ou m’amener dans leur boutique.
Je lui dis que la 1ere chose a faire la prochaine fois qu’il rencontrera un touriste etranger, c’est de lui dire : « I sell nothing, I just want to practice my english » (Je ne vends rien, je veux simplement pratiquer l’anglais).
De temps en temps, il se rend au port ou vers les hotels pour trouver les touristes et discuter avec eux. Je lui dis que Dumai est une bonne ville parce que c’est un point d’entree important pour l’ile de Sumatra.
Plus tard, il veut travailler pour une societe informatique au Canada.
Pour la plupart, il y a vraiment de l’espoir ; et cette ecole represente l’espoir d’avoir un metier ou un poste plus important en etant bilingue. C’est le moyen de s’ouvrir a l’international… et c’est pas moi qui dirait le contraire : sans l’anglais, ce n’est meme pas la peine d’envisager de partir faire un tour du monde.

C’est l’heure du cours de 19h. C’est une autre classe « d’jeuns ». 1 sur 2 arrive en mobylette. L’anglais est bon. Je vais eviter de leur enumerer les animaux de la foret…
Chacun a une petite question me concernant ; a part les 2 du fond de la classe, totalement desinterresses, qui me rappellent vaguement quelqu’un au meme age.

Le cours se termine. J’ai pu parler plus aisement avec eux sans avoir a expliquer chaque mot et ainsi, ne pas perdre le fil.
Seance de photos. Je leur donne l’adresse de mon blog en leur promettant d’ecrire quelques lignes en anglais. Ce que je fais immediatement :

Message to the students of L.P Grand English Course:
It was a great pleasure to meet you and I was really enjoyed to answer your question about my travel and my life in France. Continue to practice english because it is the most important language on the world, and the most spoken language of the world.
English is so important for your future job abroad, or if, one day, you want to travel. But it’s also important even if you stay in Dumai because there are a lot of tourists which want to sleep, to eat, to travel, to be guided or to be treated in Dumai. And it will be possible for you to help them because you will speak the same language as them.
Take care of you
Good Bye
Alex

4 Novembre 2010

Je profite de ma matinee pour vous ecrire ces quelques lignes.
Je m’apprete a quitter l’ecole et Dumai.
J’espere que ma visite leur aura ete benefique pour eux. Elle l’aura ete pour moi en tout cas.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

 

Obama et Jakarta

4 Novembre 2010 (suite et fin)

Avec Mouchsin, nous partons en ville d’un coup de mobylette. J’en profite pour retirer 1500000 rupiah. Oui, 1 million 500 mille rupiah ! C’est de la folie ici. On se croirait revenu a l’epoque des anciens francs (que j’ai pas connu d’ailleurs).
1 euros vaut environ 15000 rupiah. Du coup, une petite bouteille d’eau vaut 3000 rupiah, ton petit dejeuner coute 18000 rupiah, ta chambre d’hotel 60000 rupiah… Et c’est pas cher, qu’on se le dise ! Les calculs sont plutot simples mais tous ces zeros perturbent. Une erreur est vite arrive. J’ai failli payer un dentifrice plus de 15 euros ! Et c’est pas la commercante qui me l’aurait signale…
Me voici donc millionnaire ; pas pour tres longtemps…

Au retournant a l’ecole, j’ai quelques dizaines de minutes a accorder a une fille de 23 ans ; venue specialement pour discuter avec moi.
Elle est maitresse d’ecole a Dumai, et enseigne le christianisme. Ca me fait un bon sujet de conversation, elle qui vit dans un pays musulman.
En fait, elle n’aime pas l’Indonesie, parce que les familles musulmanes ne veulent pas que leurs enfants se marient avec une fille d’une autre religion.
Elle trouve les musulmans trop renfermes et trop prohes de leur enfants.
Elle est chretienne et reve un jour de partir en Australie ou au Canada.
Nous parlons aussi du tsunami. Celui de 2004 qui a touche la pointe Nord de Sumatra, et celui plus recemment, celui qui a touche les iles Mentawai, a l’ouest de Padang, toujours a Sumatra.

A Sumatra, rien de pire qu’en 2004
Dans l’histoire de l’ile de Sumatra, pas un seul conflit entre autochtones et colons portuguais (et hollandais par la suite) ne pourrait etre comparable aux degats humains occasionnes par le tsunami de 2004, ce qui est tres rare pour un territoire aussi grand (la sixieme plus grande ile au monde).

Mouchsin m’amene finalement a la station de bus. Il me remercie. J’en fait autant ; je finis par prendre le bus que j’aurais du prendre 2 jours auparavant.

Je pars en direction de Bukittinggi, a l’Ouest. Le trajet est rythme par les trous d’une chaussee delabree et par un ecossais qui… comment dire… cet ecossais, c’est comme un anglais mais sans le raffinement. Pour vous donner une image, c’est quelques gouttes de whiskey dans le thé…
Il a le rire gras, fume constamment, tousse fort. Je l’imagine tres bien assis sur le comptoir d’un pub et pourtant il est la, a cote de moi, avec son fort accent et un orgueil surdimensionné.
Le trajet dure tres… tres longtemps. On s’arrete dans des parkings remplis de gargotes, ou chacun vend exactement la meme chose que le voisin : biscuits secs, chips, gateaux aperitifs… rien de consistant.
La culture du sandwich me manque en ce moment.
Nous reprenons la route. L’ecossais continue a me parler, la bouche pleine a present.

5 Novembre 2010

Nous arrivons finalement vers 3h du matin a Bukittinggi apres 11h de trajet. Pour la premiere fois, j’ai franchis l’equateur ; et ce ne sera pas la derniere fois…
Je prends l’hotel le plus basique, tenu par un allemand expatrie depuis 8 ans. Sa femme est indonesienne. « Voyage-belle rencontre-je reste jusqu’a la fin de mes jours » : j’ai deja entendu ce genre d’histoire…

Bukittinggi

Apres quelques heures de sommeil, je passe une partie de l’apres-midi a regler mes prochaines destinations.
Finalement, le moyen le plus simple et surtout le moins cher (et aussi le moins eprouvant) reste l’avion. Les compagnies low-cost sont nombreuses en Indonesie, et la concurrence fait tellement baisser les prix que certaines vols sont moins cher que le bateau.
Et en ce qui concerne le mini-bus, les routes sont dans un tel etat qu’il me faut 35 heures pour rallier Bukittinggi a Jakarta, pour seulement 5 ou 6 euros moins cher que l’avion.
J’aime l’aventure, mais les 11h de route d’hier m’ont fait reflechir… et les indonsiens roulent vraiment comme des fous.
Pour des raisons climatiques, j’ai decide de passer l’essentiel de mon voyage dans l »Est de l’Indonesie. Nous sommes dans la basse saison, les jours de pluies sont plus frequents, mais apres m’etre renseigne, j’ai constate que le temps etait plus clement dans l’Est du pays.
On verra si j’ai raison…

Je passe la fin d’apres-midi a me balader dans le canyon de Bukittinggi.
Balade tres tranquille.

Canyon de Bukittinggi

6 Novembre 2010

Je prends un bemo (minibus pouvant accueillir une dizaine de personnes) jusqu’a Padang, puis l’avion jusqu’a Jakarta. De la, je prends un bus pour la gare centrale ; et enfin un type me propose de faire le trajet jusqu’a mon hostel a mobylette. C’est moins cher que le tuk-tuk et tu prends le vent.
Le temps qu’il se paume et qu’il confonde le nom de l’hostel et celui de la rue, j’arrive finalement dans le Jalan Jaksa, le quartier des routards.
En cherchant finalement un autre hostel qui n’affiche pas complet, je tombe sur un allemand d’origine turque, Yunus.
On decide de se cotiser pour prendre une chambre avec 2 lits, beaucoup plus rentable. Nous passons la soiree dans un bar-snack ambiance electro a parler de la Turquie, de Cologne, sa ville natale, de Berlin, de mon allergie a la charcuterie turque, de l’oeil bleu, de Kayseri, son autre ville d’origine, qui est aussi la toute derniere ville turque que j’ai visite… Bref, quand on a decide de faire un tour du monde, on finit par avoir de plus en plus de points communs avec les gens que l’on rencontre ; que ce soit la ou ils sont nes, leur derniere ou leur prochaine destination…

Jakarta comme Istanbul, a un taux de criminalite tres faible pour une capitale, et les touristes sont tres rarement pris pour cible.
Yunus confirme ma theorie : dans les pays a majorite islamique, la religion musulmane est tres a cheval sur « aime ton prochain et ne le vole pas ».
7 Novembre 2010

Nous passons la journee a visiter Jakarta, ville bruyante comme toutes les capitales.
Nous nous dirigeons dans le Mesjid Istiqlal, une des plus grandes mosquees du Sud-Est asiatique. En chemin, je lui fais remarquer qu’une cathedrale catholique se trouve de l’autre cote de la rue ; la mosquee et la cathedrale etant separee par une riviere. Tout un symbole.
Il me dit que si je veux, je pourrais me recueillir dans la cathedrale juste apres la visite de la mosquee. Je lui reponds que ca m’est egal, je ne suis pas chretien.
Et la, comme si je devais etre forcement croyant, il me demande :
– « Alors, quelle est ta religion ? »
– « Je n’en ai pas »
– « Pourquoi? »
– « Je ne crois pas en Dieu »
– « Tu devrais essayer la religion musulmane » dit-il avec le sourire
– « Et pourquoi ? »
– « Parce qu’elle prone la non-violence »
– « Il m’arrive de la proner tout seul »

Bref, tout un monde qui nous separe ; mais je suis bien content de visiter Jakarta avec un musulman pratiquant, j’en sais beaucoup plus a present.

Arrive a l’interieur de cette immence mosquee, Yunus s’habille de la tenue traditionnelle destinee a la priere. Il me demande de le prendre en photo pendant qu’il prie. Pour cela, je me place au niveau superieur ; la salle de priere au rez-de-chaussee, pouvant accueillir 200000 fideles, etant reservee aux musulmans.

La Charia
C’est l’ensemble des lois islamiques auxquelles un musulman pratiquant doit se conformer : tenue vestimentaire sobre, jeu d’argent interdit, alcool prohibe, appel a la priere 5 fois par jour…
Pour autant, en Indonesie, toutes les familles musulmanes ne l’appliquent pas strictement ; la majorite sont habilles a l’occidental et sont loin d’aller prier 5 fois par jour (parfois jamais). Pour se donner un ordre d’idee, l’Indonesie compte 87% de musulmans et 9% de chretiens. Bouddhisme, animisme et hindouisme se partagent le reste.

Au retour, nous passons devant une manifestation contre la venue d’Obama, mardi a Jakarta.
De 1967 a 1971, il a vecu dans la capitale ; et c’est la premiere fois qu’il revient.
Seulement, pour le mouvement islamiste Hizbut Tahrir qui manifeste devant moi, Obama n’est pas le bienvenu. Jusqu’a ce soir, je n’ai pas pu savoir si ce mouvement etait considere comme extremiste. Ca n’avait pas l’air de deranger Yunus qui me demandait de le prendre en photo avec les manifestants.
Et durant toute l’apres-midi, je me suis demande si, en prenant ces photos, je n’avais pas indirectement cautionne ce mouvement. J’etai tres mal a l’aise.
Finalement, apres plusieurs recherches, le mouvement islamiste Hizbut Tahrir se presente aux yeux du monde comme une organisation non-violente, ayant manifeste pour la liberation de la Palestine, contre les caricatures danoises de Mahomet, et aujourd’hui, contre Obama qui continue de coloniser les pays musulmans et de tuer « leurs freres d’Irak et d’Afghanistan » (propos du porte-parole). Je ne prends partie de rien, j’expose simplement les faits.

En tout cas, dans les pays que je traverse, j’ai souvent l’impression de tomber au coeur de l’actualite. Et c’est interressant de suivre les choses sur place. Meme si souvent, les evenements sont rarement droles, on voit les choses vraiment differemment…

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Les volcans de Java

8 Novembre 2010

Nous partons en taxi jusqu’a l’aeroport.
Yunus part pour Singapour.
Pour moi, c’est Surabaya, au Nord-Est de Java.

Ma premiere idee avant d’entrer en Indonesie etait la visite des villages de Borobudur et de Prambanan, tout 2 situes au centre de l’ile. Borobudur abrite le plus grand monument bouddhique du monde et Prambanan possede de nombreux temples hindous.
Malheureusement, ces villes sont situees non loin du Merapi, l’un des volcans les plus dangereux de la planete.
Et en ce moment, Merapi fait des siennes. Plusieurs eruptions ont eclate depuis le 26 Octobre, date de son entree en phase eruptive ; et aujourd’hui a ete sa plus forte eruption. Par ailleurs, un seisme a provoque la panique cet apres-midi aux alentours du volcan.
Deja 100000 habitants des villages ont du etre evacue. Je ne sais pas si on en parle beaucoup en France mais ici, ca passe en boucle sur toutes les chaines de tele.

J’ai pris la decision de partir encore plus a l’Est, a Probolinggo, ou je passe la nuit.

9 Novembre 2010

Les volcans de l’Est de l’ile de Java sont en constant activite mais visitables.
Je prends un bemo jusqu’a la gare de Probolinggo pour deposer mon sac a dos en consigne ; ou plutot, a l’interieur d’une salle sans verrous, le controleur m’assurant qu’il etait ici en securite. Pas le choix, on est bien oblige de faire confiance de temps en tenps.

De la, on m’amene a moto (pas de bus avant tres longtemps et pas de bemo) jusqu’au massif volcanique compose de 3 volcans.
Sur la route, le paysage est superbe. La ville fait place peu a peu aux forets et a quelques exploitations perchees dans les hauteurs.

Sur la route qui mene aux volcans

Je traverse le Java rural.

 

Le Java des montagnes

L’air devient de plus en plus frais et la brume s’installe par endroits.
Arrive au village de Cemoro Lawang, la guichetiere de l’entree du site m’informe que le sommet du Bromo est trop « actif » pour pouvoir le visiter. Neanmoins, je peux me balader dans le cratere.

Dans le cratere ???
En fait, le cratere qu’on appelle caldeira mesure 11kms de diametre. Et c’est a l’interieur de cet immense cratere qu’on trouve notamment le volcan Bromo et le volcan Batok.

Je marche donc dans la caldeira : une mer de sable noir pour rejoindre le pied des volcans.

 

La caldeira

L’atmosphere est vraiment particulier. On a du mal a apprehender les distances.
Le temps est instable. La brume s’installe pour se dissiper quelques minutes apres. Il pleut par intermittence.
Je marche dans ce desert, et j’entends parfois gronder le Bromo, qui fume en permanence.
Arrive au pied du volcan Batok, je vois un temple hindouiste. Depuis ce temple, on jette chaque annee des offrandes dans le cratere afin d’apaiser sa colere.

Temple hindouiste au pied du Batok

Le Bromo et le Batok ne sont pas excessivement loin l’un de l’autre.

Le volcan Bromo

Le cratere m’aura donne quelques heures de repit avant que la brume finisse par s’installer durablement.
A peine revenu en foret, la pluie s’intensifie.

A Cemoro Lawang, il n’y a pas grand monde. Mais par chance,  dans cette brume je trouve un bemo qui redescend jusqu’a Probolinggo.
L’engin avance doucement sous une pluie battante. Apres plusieurs heures d’une lente redescente, je retourne a la gare. Mon sac n’a pas bouge d’un centimetre.
Je prends un aller-simple (toujours…) pour Banyuwangi, la pointe Est de Java.
J’ai plusieurs heures devant moi avant de prendre mon train, me permettant de vous ecrire ces quelques lignes au cyber-cafe du coin.

Des bises a tous.  On se retrouve au sommet ! (du Puy-de-Dome, ca suffira…)

Liberty

10 Novembre 2010

Je prends le train de Probolinggo en direction de Banyuwangi, la pointe Est de Java pour debarquer ensuite sur l’ile de Bali au petit matin.
L’Indonesie me rappelle l’Inde par endroits et sur certains aspects de la vie quotidienne : des paysages magnifiques certes, mais la proprete laisse a desirer dans les lieux publics et certains restaurants. Dans un bemo, je tenais un emballage vide dans les mains. Une femme a cote de moi me fait comprendre de le balancer par la fenetre. Je lui dis que non ; et par la suite, elle montre du doigt tous les detritus deja lances dehors.
Un long soupir appuie mon second « non ».
Chose insupportable, en prenant le bateau pour rejoindre Bali, je vois certaines personnes jeter leur sac plastique dans l’eau depuis le pont ; en revanche toujours au port, jamais en pleine mer. Une moitie d’education…|
Si j’avais su a Dumai qu’une partie de la population se comportait de cette maniere, j’en aurais parle pendant mes cours d’anglais, quitte a passer pour l’europeen donneur de lecons. Et ca pourrait changer tellement vite !…

Alors, quelle est-elle cette Bali ? Et pourquoi raisonne-t-elle autant chez les Europeens et dans le monde entier ?
Bali, c’est une ile a taille humaine qui concentre absolument tous les elements pour des vacances reussies : plages de sables blancs, cocotiers pour la detente ; surfs et plongee sous-marine pour le sport ; volcans, temples hindous (Bali est le coeur de l’hindouisme en Indonesie) et rizieres pour l’aspect naturel, culturel et patrimonial.

Mais le tourisme de masse a bien pris le pas et les hotels se succedent le long de la mer, meme si le coeur de l’ile reste assez bien conserve.

Je tenais neanmoins a venir a Bali pour la richesse de ses fonds-marins.
Et oui, aujourd’hui, c’est mon bapteme de plongee en mer de Flores (en mer tout court d’ailleurs).
Des coraux, des poissons, il y en a dans toutes les iles d’Indonesie. Mais le Liberty, lui, repose ici, a Bali.

11 Janvier 1942
On est en pleine Seconde Guerre Mondiale. Le Japon occupe l’Indonesie.
L’USS Liberty, un cargo americain de 120m transportant un convoi de caoutchouc et des rails de chemins de fer traverse le detroit de Lombok (entre Bali et Lombok, l’ile a l’Est). Un sous-marin s’approche et torpille le cargo. Les 2 destroyers americains venus lui porter secours ont juste le temps de recuperer le materiel avant que le bateau soit remorque  jusqu’a la plage pour y etre echoue.
Mais en 1963, l’eruption d’un volcan balinais le repousse a 50m du rivage de Tulamben.

Et Tulamben, c’est la ou je me trouve en ce moment.
Vous allez me dire a quoi bon visiter une vieille carcasse rouillee. C’est bien plus que ca. Pendant plus de 20 ans, on avait presque oublie que l’epave reposait au fond des eaux jusqu’a ce que les clubs de plongee s’en interessent.
En 20 ans, la ferraille en decomposition a constitue un formidable support pour des centaines d’especes de coraux et d’algues ; et de nombreuses varietes de poissons prirent l’habitude de se servir sur et autour de l’epave.
Je voulais quelque chose d’original, le Liberty est la part d’histoire que j’ai ajoute a ce bapteme.

En moins d’un mois, je bats mon record d’altitude avec le Mont Gokyo au Nepal. Aujourd’hui, je bats mon record de profondeur : 7m… bon, c’est vrai, c’est pas enorme, mais c’est quasiment le maximum autorise pour une premiere.
C’est relativement suffisant car si la proue du bateau s’est enfonce a 29m, l’arriere, lui, n’est qu’a 4 m de profondeur.

Plage de galets. Point de depart pour atteindre l'epave du Liberty

Nous partons avec l’instructeur depuis la plage. A peine 3m de fond suffit pour subir une pression tres forte aux oreilles.
Ca fait vraiment mal. Pour ca, il n’y a qu’un moyen d’y remedier, remonter pour redescendre a nouveau petit a petit.
Finalement, j’atteinds l’epave et c’etait un spectacle sensationnel (desole mon appareil photo n’est pas etanche).
J’ai caresse du bout des doigts un peu d’histoire. En quelques coups de palmes, tu te retrouves au milieu des coraux et des bancs de poissons. Et c’est calme sous l’eau. Tellement calme. Tu n’entends que le bruit de ta respiration lente a travers le tube relie a la bouteille d’oxygene.
L’epave du Liberty restera un tres bon souvenir.

Je pars le soir pour Padangbai, a l’Est de Bali.

11 Novembre 2010

Je prends le ferry de Padangbai qui m’amene sur l’ile de Lombok, sur l’archipel Nusa Tengarra (en francais, les iles de la Sonde).
Lombok est l’ile la plus a l’ouest de cet archipel.
Ici, tout est plus complique qu’a Bali : la vie, les transports…
Le bemo que je prends au port pour me rendre au Nord a ete un calvaire. Je negocie le prix, nous partons, et moins d’une heure apres, il s’arrete et me dit de prendre l’autre bemo juste en face. Ils s’arrangent entre eux pour le transfert d’argent. Le chauffeur s’en va pendant plus de 2h. Je reste tout ce temps dans le bemo vide, en plein carrefour.
Je m’impatiente vraiment. Les cles sont sur le conctact. Ca donnerait presque envie de…
Au bout d’un moment, des gens s’approchent de moi pour me dire d’attendre : c’est le bus public et tant qu’il n’est pas suffisamment complet, il ne part pas. Le chauffeur revient, mais dans tous les cas, je suis toujours seul dans le bemo, donc pas de depart possible puisque pas rentable.
Au moment ou je lui demande de me rendre l’argent pour que je trouve un autre moyen de locomotion, 4 personnes sorties de nulle part arrivent d’un coup et s’inserent dans le bemo.
Il aura fallut 3h d’attente avant de partir…

Menteurs
En Indonesie, on doit tout negocier, et a la longue, ca devient vraiment fatiguant. Ils s’accrochent a toi ; pas autant qu’en Inde mais les premiers que tu rencontres au port ou a la station de bus sont souvent les plus fourbes qui te proposent leurs services pour des sommes exhorbitantes. Par contre, comme en Inde, ils mentent ! Ils te disent qu’il n’y a plus de bus pour ta destination afin que tu montes dans leur bemo ; ils te disent que le ferry est deja parti alors qu’il est sur le quai ; ou alors qu’il n’y en a plus pour aujourd’hui alors qu’il circule 24/24h.
En Thailande et en Malaisie, ils etaient honnetes. Il fallait souvent negocier, mais ils etaient honnetes.

C’est une des raisons pour laquelle j’ai decide depuis un certain temps deja, de partir vers Bangsai, point de depart pour les Iles Gilli ; car mis a part les 45 min de bonheur sous l’eau a Bali, les 2 ou 3h dans le cratere du massif volcanique de Java et une courte balade dans le canyon de Bukittinggi, ca fait 10 jours que je vis dans le vacarme des villes, a prendre la chaleur et la crasse, avec sans arret ils te posent la meme question : de quel pays tu viens ; et te repondent « Zidane » tout de suite apres afin d’entammer (maladroitement) la conversation pour mieux te vendre ceci ou cela.
Vous l’aurez compris, j’ai grandement besoin de calme.

Les iles Gilli sont au nombre de trois. A moi de faire mon choix.
La premiere, la plus grande, est la plus touristique et la plus bruyante ; la seconde est petite, tranquille, mais commence doucement a se remplir de bungalows ; et enfin, la troisieme, aussi grande que la seconde, encore plus tranquille, avec quelques constructions seulement, et bien espacees entre elles.
C’est decide, je prends la troisieme : Gilli Meno.

A l’embarcadere de Bangsai, une dizaine d’europeens partent pour Gilli Trawangan, la plus grande ; une poignee s’en vont pour Gilli Air ; quant a moi, je suis seul sur le bateau, le reste etant des habitants de l’ile.
En arrivant, je file tout de suite au Nord, quasiment a la pointe (le courant est trop fort entre les iles. La pointe, c’est l’ideal pour se baigner). Les distances sont courtes : on fait le tour de l’ile en 1h. Pour autant, les prix sont les memes qu’a Bali. Je vois qu’il y a beaucoup de verdures et la vegetation est plutot basse, avec quelques arbres pouvant faire de l’ombre. Je decide de poser ma tente dans un petit coin recule (a pourtant 50m de la plage). Si on veut me trouver, il faut quand meme bien chercher…

La plage

A Jakarta, j’ai achete du repulsif pour dormir tranquille ; et a Bali, j’ai pris le temps d’acheter des tongues et un maillot de bain.
N’imaginez pas que je suis en plein milieu de la jungle avec des tarentules et des gros serpents : ce n’est pas ce genre de climat ici.
Seuls quelques cocotiers (et les indonesiens) font rappeler qu’on est dans un pays tropical. Pour le reste, le paysage est mediterraneen : petits arbres a feuilles persistantes, ronces, herbes hautes et pins (ou un arbre de la meme famille).
On est hors saison et pourtant le ciel est bleu, il fait environ 30 degres et l’eau est chaude.

Je croise quand meme quelques touristes. Mais la plupart du temps, je suis seul.
L’ile est calme : aucun vehicule n’y est autorise. La nuit venue, je fais un petit feu devant ma tente pour faire cuire quelques aliments achetes a Lombok. Au loin, j’entends le bruit des musiques sur Gilli Twanganan ; de l’autre cote, je vois beaucoup de lumieres sur Gilli Air. Ici, il n’y a pas un bruit et seulement quelques ampoules eclairant les bungalows.
Je pense avoir fait le bon choix en debarquant sur Gilli Meno.

Quelques paillottes juste a cote

Pendant quelques jours, j’aimerais porter le nom de ce cargo americain : Liberty !

12 Novembre 2010

Il a fait tres chaud cette nuit. Les temperatures peinent a retomber durant la nuit.
Je prends un petit dejeuner devant ma tente avant d’aller acheter de l’eau au bungalow du coin. Et de l’eau, il en faut !
Pour boire, pour faire cuire, pour la vaisselle, les dents… La-dessus on ne transige pas : on achete l’eau en bouteille. Tout ce qu’on peut trouver ailleurs que dans une bouteille, c’est de l’eau de mer.

Lorsque par curiosite on me demande dans quel « hotel » je suis, je dis qu’il est a l’autre bout de l’ile, sans parvenir a retenir le nom ; et inversement quand je suis a l’autre bout de l’ile.
On verra combien de temps pourra durer ce petit jeu.

Pour le moment, je fais quelque chose que j’ai pas eu l’habitude de faire tres souvent : RIEN !

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Sur la plage abandonnée…

13 Novembre 2010

Je me leve tot ce matin. Il fait vraiment chaud dans la tente. Qu’importe, je finis ma nuit sous une des paillottes au bord de la plage.
En fin de matinee, on vient me signaler que les paillottes sont privees. Qu’importe encore, je me mets au bord de la plage, a l’ombre d’un pin.

Quand il fait beau, tout va bien. Mais lorsque le temps se couvre, tout est nettement plus complique dans mon cas. J’etais a 20min a pied de ma tente quand il s’est mis a pleuvoir, et j’arrive trempe. Je n’avais pas laisse grand chose a l’exterieur ; mais impossible d’allumer un feu. Je dois partir au village en pleine nuit pour trouver ue gargote ouverte et manger un morceau. La vie de Robinson a parfois ses limites.
Il pleut jusque tard dans la nuit…
14 Novembre 2010

Chaleur et ciel bleu a nouveau, comme si rien ne s’etait passe durant la nuit.
En fin de matinee, tout redevient sec ; quelques nuages subsistent ; parfait pour faire un feu et manger dehors sans crever de chaud.

Vue sur la pointe de Lombok

Apres-midi au bord de la plage. Un vendeur de bracelets s’aproche de moi. Il doit en vendre un par semaine ici…
Puis, deux femmes s’amenent pour me vendre des ananas precoupes. Ah! ca par contre, je dis pas non.

Vue sur Gilli Air

Et puis je refais un feu avant que le soleil ne se couche. Ici, toute l’annee, le soleil se leve a 6h pour se coucher a 18h. Ca ne change jamais.
Journee on ne peut plus cool !
15 Novembre 2010

Je passe a peu pres la meme journee qu’hier.

Interieur de l'ile
Seules les charettes sont autorisees comme moyen de transport sur l'ile

Je profite de ce dernier jour sur l’ile. Deja la fin…

Derniere baignade

16 Novembre 2010

Ca y est, je suis bien remis. Je peux redecoller et poursuivre mon voyage en Indonesie. Mais avant de partir, je me leve tot le matin pour une seule raison. La voila :

3 mois !

Et c’etait la toute derniere photo sur Gilli Meno avant de partir ce matin en direction de Sengiggi.
J’embarque comme j’ai embarque a Bangsal il y a 5 jours : pieds nus. Ici, pas de ponton, on enleve ses pompes et on saute directement dans le bateau depuis la plage.
Arrive a Bangsal, je retrouve mes chers menteurs. Le prix du billet pour Sengiggi comportait l’aller jusqu’a Bangsal et le mini-bus jusqu’a Sengiggi… mais pas le transfert entre la plage de Bangsal et la station de bus.
Si bien qu’un porteur attrape mon sac pour le mettre directement dans une charette, afin qu’il touche sa commission aures du conducteur. Le porteur me demande quelques argents. Je lui donne un petit billet sans savoir que le transfert n’etait pas compris dans le ticket ; ce que le conducteur me fait savoir.
Je m’enerve. Je lui dit qu’avec eux c’est toujours la meme histoire. Et par-dessus le marche, il me propose un prix exorbitant pour faire a peine 600m de trajet.
Je recupere mon sac avant de partir a pied en direction de la station de bus.
Je n’ai plus aucun sans froid avec eux, c’est affreux.
A peine, je quitte Gilli Meno qu’il faut a nouveau se battre pour tout.
Ma colere finit par passer en marchant et en m’installant sur la terrasse d’un cafe, ou les prix sont fixes et les gens souriants. J’attends le mini-bus.

J’arrive a Sengiggi 1h plus tard.
Je m’achete une nouvelle paire de lunettes de soleil. Le vendeur en profite pour me proposer des champignons et de la marijuana. Je me vois contraint de refuser car j’ai autre chose a faire que de croupir dans une prison a Lombok (et qui viendra me rendre visite ?…). C’est monnaie courante ici, mais parait-il que beaucoup sont de meches avec la police. Et lorsqu’ils ne te proposent pas ca, il arrive qu’ils t’invitent dans un endroit ou une femme t’attends pour un intimate massage ; ce qu’on peut traduire par « prostitution dissimulee ». Ce genre de cas se produit surtout a Bali. Lombok n’est pas encore assez touristique. Mais ca viendra.
Tant qu’il y a de la demande…

Les destinations que j’ai prevues pour la suite sont assez cheres lorsqu’on voyage seul. Et entre les horaires des ferries approximatifs, les rares fois ou ca coincide avec tes dates a toi, et le peu de moyens de transports qu’il y a plus on se dirige vers l’Est du Nusa Tengarra ; autant passer, pour quelques jours, par une agence pour cette partie de l’Indonesie.
Entre l’aventure et un budget reduit, il faut parfois faire un choix.
Je passe par une agence privee reconue nationalement.
Ca y est, c’est regle pour 3 jours. Mais le depart n’a lieu qu’apres-demain, ce qui me fait rester a Sengiggi un peu moins de 48h.
Il n’y a pas grand chose a faire ici, a part rester sur la plage a siroter un jus de coco ou d’avocat (une specialite indonesienne).
Par contre, il ya une chose que je dois absolument faire pendant ce laps de temps : ME LAVER ! Je suis reste en maillot de bain sur Gilli Meno pendant 6 jours, sans me regarder dans un miroir, donc sans me raser, en prenant la mer pour une baignoire, et mon Tee-shirt sent un melange entre la sueur, la creme solaire et le feu de bois (vous avez vraiment tous les details de mon voyage dans ce blog…).
En me dirigeant vers la guesthouse que m’a conseille l’agence (je passe par des valeurs sures tant que je peux), les gens te demandent ou tu vas, si tu veux une chambre. Eux, mentent sur les prix reels et la qualite des prestations ; et moi je dois mentir aussi pour qu’on me foute la paix. Tu parles d’un quotidien…
Heureusement que la nature est la et quelques indonesiens sympa que je rencontre principalement dans les bars et restaurants, la ou je n’ai pas a discuter le prix pour un carre de sucre dans le cafe (j’exagere a peine).
La guesthouse est flambant neuve et pas chere. Parfait pour y passer 2 nuits.

Je n’ai plus qu’a attendre tranquillement le 18 Novembre avant de partir vers… vous le saurez bien assez tot !

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

« Vaincre le dragon »

16 Novembre 2010 (suite et mauvaise fin)

Fallait que ca arrive (encore…), je suis de nouveau malade. Ca doit etre les fruits de mer de midi. On veut absolument manger local et voila ce que ca donne. J’ai passe la nuit a faire des allers-retours entre mon lit et les chiottes, la tete dans la cuvette.

17 Novembre 2010

La plage de Sengiggi et le jus de coco, j’en aurais pas vu la couleur. Par contre, je sais combien de plaque de polystyrene il faut pour habiller le plafond de la chambre de la guethouse ; et combien de temps le ventilateur met pour faire un demi-tour complet.
Je prends mon courage a 2 mains pour acheter de l’eau vers 12h. Mais j’ai comme des vertiges. Et je n’ai toujours pas faim. Je me rendords jusqu’a 14h.
Est-ce que c’est de la fievre ou simplement la chaleur ? Avec la tete qui tourne, je commence a me poser des questions. Il est 18h. Le soleil se couche. Je pars manger un morceau dans le resto juste en face.
J’espere vraiment que c’est les fruits de mer qui m’ont rendu malade et pas un de ces moustiques…

18 Novembre 2010

Ca va un peu mieux mais il est rare qu’un aliment me fasse un effet aussi nefaste et surtout, aussi longtemps (d’un autre cote, j’ai dis la meme chose pour la charcuterie turque…). Mais j’ai toujours la tete qui tourne, et la encore, je me pose des questions. Est-ce que c’est parce que j’ai trop dormi ces dernieres 24h (ca le fait parfois) ?
En attendant le car qui m’amene pour 3 jours de voyage dans l’Est du Nusa Tengarra, un des co-gerants me demande si ca va. Je lui dis que j’aimerais simplement savoir si j’ai de la fievre.
Il me dit qu’il peut m’amener voir un medecin. Je lui reponds que j’ai 25min avant que le car n’arrive.
En echange d’un billet, il me repond : « OK » ! et me fait signe de monter sur sa moto.
J’arrive dans la clinique de Sengiggi. Etablissement tres propre et accueil anglophone. Le medecin me recoit pendant que son assistante controle ma tension.
Je passe l’epreuve fatidique du test-fievre.
Verdict : « No fever »!
Halleluyah !!! Il me confirme que c’etait tres certainement les fruits de mer.
J’avais vraiment besoin d’etre sur avant de partir pour 3 jours.
C’est toujours impressionant d’avoir des problemes de sante que tu n’as jamais rencontre auparavant, surtout dans un pays etranger et qui plus est, cette fois-ci, en pays tropical.
C’est quand meme ma 3eme clinique en 3 mois et pour 3 nouveaux cas differents. Encore une petite dizaine et je suis rentre…
Le medecin me prescrit quelques medicaments pour l’estomac ; il est 9h moins 2 minutes, j’attrape de justesse le car.
C’est bon, je suis pare pour 3 jours d’excursion.

En passant par une compagnie locale, on a l’assurance de connaitre un certain folklore pendant la duree de l’excursion. A commencer par le bateau que nous prenons apres avoir traverse Lombok d’Ouest en Est. Il ressemble a un vieux chalutier auquel on aurait ajoute un pont superieur couvert en guise de dortoir pour tout ceux qui, comme moi, n’ont pas pris de cabine. Matelas fourni. Meme en camping, j’en avais pas un si bon.
Nous nous rendons vers notre 1ere ile : Perama Resort. Plage de sables blancs et eaux turquoises d’ou nous debarquons par un petit bateau a moteur.

Perama Resort et notre bateau au loin

Nous passons une bonne partie de la soiree sur la plage. L’ambiance est bonne. Beaucoup de gens de mon age qui ont prefere faire ce trajet ,comme moi,  par economie.
Nous rentrons au bateau qui nous amene durant la nuit vers notre nouvelle destination.
19 Novembre 2010

Nous debarquons sur l’ile de Satonda, au Nord-Ouest de Sumbawa (qui est la plus grande ile du Nusa Tengarra) et arpentons les 1815m de la plus haute colline de l’ilot, pour avoir un tres bon panorama sur son lac interieur en contrebas.

L'ile de Satonda

Nous reprenons le bateau pour debarquer sur une plage de Sumbawa. Au programme, baignade et snorkelling (visite des fonds marins seulement en masque et tuba).
A peine nous quittons l’ile que les cochons sauvages envahissent la plage. Spectacle de raies manta tout autour du bateau. Elles font en moyenne 4 ou 5 metres de long. Impressionant, d’autant qu’il est assez rare d’en voir autant.

Nous partons en pleine nuit pour le clou de cette excursion… :

20 Novembre 2010

…l’ile de Komodo ! Depuis mon arrivee en Indonesie, je n’ai pas vu une ile plus belle et plus mysthique que celle-ci.

L'ile de Komodo

Les dragons regnent en maitre dans un decor reste totalement sauvage. A cela s’ajoute l’obligation de ne pas parler trop fort pour ne pas les exciter. Du coup, on entend simplement le bruit de nos pas sur l’herbe, le gemissement de quelques animaux, et le bruit constant des insectes ; ce qui rend l’atmosphere plus authentique meme pour un groupe de 20 personnes.
Au bout de seulement quelques minutes, nous croisons les premiers specimens.

Les dragons de Komodo

Fascinant. Ils se deplacent tres lentement mais restent extremement dangereux.
Pendant ces 2h ou nous marchons dans la foret, on en croise d’autres ainsi que des cochons sauvages et des cerfs.
On ne peut qu’apprecier le panorama – deja tres beau depuis le bateau – une fois au sommet de la plus haute colline de l’ile.
Komodo est preservee et le sera, je pense durant tres longtemps tellement il est difficile et couteux de s’y rendre par ses propres moyens.

Nous repartons en bateau pour debarquer quelques heures sur une plage de Komodo. Je dois etre le seul a me soucier que les dragons peuvent venir de derriere…Anti-conformisme : je fais face a la foret et pas a la plage !

En repartant, sauts de dauphins dans la mer de Flores, sur la route qui nous mene a Labuanbajo, justement sur l’ile de Flores.
En 3 jours, nous avons vu une grande richesse faunique et c’est, avec l’ile de Komodo et la bonne ambiance au sein du bateau, ce que je retiendrais de cette belle excursion.

Arrive a Labuanbajo, je trouve ce que je croyais etre un bon losmen (la version modeste de la guesthouse). En tout cas la vue etait quant a elle, magnifique :

Labuanbajo
Port de peche de Labuanbajo

Je depose mon sac au losmen pour revenir au bateau prendre un dernier repas entre ceux qui font le trajet retour, ceux qui restent ici comme moi, et les nouveaux, qui font l’aller Labuanbajo-Sengiggi.
En retournant au losmen, je croise un tres joli cafard dans ma chambre. Je l’ecrase apres quelques minutes d’une lutte acharnee. Mais c’est en eteignant la lumiere que plusieurs insectes commencent a se faire entendre. Je rallume la lumiere et constate seulement a ce moment que le plastique qui recouvre le sol est moisi le long des plinthes, elles-memes pourvues de nombreux trous creuses par je ne sais quelles autres bestioles. Ca grouille d’insectes entre les plinthes et la cloison qui separe les chiottes.
Impossible de dormir dans ces conditions, je pars chercher un autre hotel, plus cher mais plus propre.
A 23h30, ca n’a pas ete simple d’en trouver un mais j’y suis parvenu.
21 Novembre 2010

Apres une bonne nuit dans cet hotel aux chambres carrelees avec air-conditionne, je pars au petit matin a la recherche d’un hotel a prix moyen, moins onereux, pour y rester 2 nuits.
Et c’est apres m’etre bien installe que je vous ecris ces quelques lignes : un melange de turista, de dragons de Komodo et de cafards. D’un cote, les belles choses que j’ai vu ; et de l’autre, ces mesaventures que je dois toujours surmonter seul…

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

A l’arrêt

22 Novembre 2010

Je passe la journee a prevoir le reste de mon parcours en Indonesie. Il ne me reste plus beaucoup de temps par rapport a tout ce que j’avais decide d’entreprendre avant mon arrivee.
Mais les distances sont longues et je dois prendre en compte les facteurs « infrastrutures insuffisantes » et « routes defoncees ».

Fierté
Quand tu expliques quelque chose a un indonesien, ou lorsque tu lui demandes un renseignement, il ne te diras jamais qu’il n’en sait rien et preferera sourire ou te sortir un « yes » completement inutile. Ca peut etre agacant parce que tu ne sais pas si il n’a pas compris la question ou s’il ne connait pas la reponse. Alors tu repetes, tu fais des gestes, tu insistes. Ca peut durer longtemps. Ton sang-froid est mis a rude epreuve.

La colonisation neerlandaise n’a pas forcement laisse un nombre important de vestiges dans le Nusa Tengarra. On peut meme dire qu’il n’y a rien. On vient ici esentiellement pour la faune, la flore et les plages paradisiaques. Ce que j’ai fait. Et c’etait pas mal du tout.
J’attends desormais autre chose de la part de Sulawesi…
23 Novembre 2010

J’embarque a 14h a Labuanbajo (Flores) sur un enorme ferry en direction de Bira, la pointe sud de l’ile de Sulawesi (en francais, les Celebes). Celle-ci, vous ne pouvez pas la louper sur une carte du monde.
J’ai attendu ce bateau seulement 3 jours. Je dis « seulement » car il fait le trajet de Flores a Sulawesi une seule fois toutes les 2 semaines. J’ai plutot de la chance pour ce coup.
Je pars donc pour le Sulawesi du Sud, au Nord, toujours dans l’hemisphere Sud. Vous me suivez ?

Chaque passager a son lot de valises et de cartons.
En prenant la classe « ekonomi », tu as forcement moins de confort que les cabines avec air conditionne, mai c’est ici que tu trouveras le plus de vie.
Chacun prend 3 places pour s’allonger (4 pour moi – ils sont touts petits ces asiatiques – ) ou dorment directement par terre ; ce que je m’apprete a faire car les rebords de chaque sieges te rentre dans la chair.
J’etends mon « sac a viande rembouré » (la seule chose que j’ai garde du Nepal) pour l’etendre au sol. Ca fera l’affaire pour… 18h de trajet.
Il y a un comptoir ou on peut acheter des boissons et des pates bouillies ; et ou ils passent les musiques les plus niaises a un niveau sonore trop elevé.

Je rencontre un francais. Il est producteur executif de films animaliers ; a moitie en vacance, l’autre moitie en reperage pour un eventuel tournage en Indonesie. Forcement, nos discussions tournent autour de dragons, de cochons sauvages et de raies manta.
Les indonesiens fument beaucoup mais le bateau est largement ouvert sur la mer des 2 cotés. Si tu te places sur les cotés tout va bien. Quand tu restes au milieu du bateau, tu creves de chaud.
Megots et detritus jonchent le sol. Je les pousse d’un coup de pied pour installer mon campement.
Un match de foot passe sur une petite tele. On entend a peine les commentaires tellement la musique est surpuissante… On deambule, on passe le temps. Bref, ici, ca vit.
Il est 22h, la musique s’arrete enfin.
24 Novembre 2010

Il est 3h du matin. Je me reveille a 20cm d’une paire de pieds sales.
Escale sur une ile proche de Sulawesi. On embarque, on debarque, et la musique reprend de plus belle… Ca n’a l’air de deranger personne. Les gens sont quotidiennement habitues au bruit. Pour moi, c’est la fin de ma nuit, meme avec des boules Quies ! De toute facon, je ne trouvais plus une position comfortable sur ce parquet. Je place mon sac a viande dans un sachet. Il est bonpour la laverie.
Quelques heures apres, j’apprends finalement que le bateau fait plusieurs detours avant de se rendre a Bira. On arrivera qu’a 16h.
Je me rendords sur les chaises tant bien que mal.
Apres 26h de bateau, je prends une voiture amenagee en compagnie du producteur, pendant 4h en direction de Makassar, a l’Ouest.
Je rejoins enfin l’hostel, epuise par ses 30 dernieres heures de trajet.
25 Novembre 2010

Que dire d’autres sur Makassar sinon qu’elle est la 5eme ville d’Indonesie et qu’elle ne presente aucun interet, a part celle d’etre le point de depart pour le Nord de l’ile.
Petit dejeuner dans la piece commune. L’hostel est correct. La tele est allumee et diffuse les infos. Le gerant nous sert un the et une omelette. Je rencontre un breton (ils sont partout!). Il est un peu blasé par la durete  de son voyage. Il est reste trop longtemps sur l’ile et les difficultes liees aux manques d’infrastrucutres et la chaleur n’a pas arrange son moral.
Je le rejoins un peu dans le sens ou moi, je viens d’atterir comme lui dans une ville (Makassar) qui n’a aucun interet majeur et qu’il me faudrait encore une journee complete pour rejoindre le site naturel que j’ai selectionne, plus au Nord.
Une seule chose m’en empeche aujourd’hui : la flemme !
Il fait effectivement particulierement chaud a Makassar et j’ai passe ces 2 derniers jours dans les transports. Je n’ai pas le courage de repartir.

Du coup, on reste dans la piece, on parle de ce qu’on a parcouru dans le passe, tous les pays qu’on a traverse, comment on est arrive ici, dans la piece commune du New Legend Hostel de Makassar. Il fait vraiment chaud, on discute au ralenti avec le bruit de fond d’une tele aux images gresillantes, le battement sourd du ventilateur au plafond et le leger ronflement du gerant qui vient de s’endormir par terre.

A ce moment, je pense a une nouvelle strategie pour Sulawesi : faire une longue distance une bonne fois pour toute et rester plusieurs jours au meme endroit, de preference un endroit interressant. C’est le seul moyen d’avancer sans etre degouté par la route ; quitte a finir de temps en temps a l’etat de zombie apres une vingtaine ou une trentaine d’heures de trajet.

Mon programme pour aujourd’hui ? Attendre la fin de cette « flemingite aigue » en esperant trouver la motivation pour partir des demain.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Jours du Seigneur

26 Novembre 2010

Ca y est, j’ai bien dormi dans ma chambre climatisee et mes vetements sont propres de la laverie d’hier. Je retrouve donc la motivation pour partir ce matin.
Je quitte Makassar.
Je prends un bemo qui m’amene dans une mauvaise direction et qui me depose en face de cars qui n’ont absolument rien a voir avec ma prochaine destination.
Le bemo s’en va et je ne sais pas ou je suis dans la ville. Je connais le nom de ma compagnie de car et la ville que je veux rejoindre, c’est tout.
J’entre dans une sorte d’agence ; et apres quelques gestuelles et 2 ou 3 mots d’indonesien que j’ai eu le temps d’apprendre, on me met dans un taxi en direction de la station.

Apres 11h de car, j’arrive en pleine nuit dans la region du Tana Toraja.
On voit des illuminations de Noel un peu partout.

Quoi ? Des illuminations de Noel ?
Isolés dans leurs montagnes, les Toraja sont longtemps restés à l’écart de la religion musulmane dans l’archipel indonésien. Mais la progression des echanges maritimes a fini par permettre la diffusion de l’islam, notamment au Sud de Sulawesi. Pour contrer cette influence, dans les annees 1920, des missionnaires neerlandais entreprirent de convertir les Toraja des hautes terres au christanisme.

Meme si le mode vie des grandes villes du Toraja ne differe que tres peu du reste de l’Indonesie musulmane, on trouve pour autant des croix, des eglises (catholiques et protestantes) et quelques chapelles dans divers endroits de la ville de Rantepao ; la ou je decide de m’installer pendant quelques temps.

A peine descendu du bus, un indonesien me demande d’ou je viens et commence par la suite a me parler dans un francais plutot correct. Je suis tres etonne. C’est vrai ! Vous avez deja rencontre beaucoup de francais parler indonesien ? Je n’ai pas pris la peine de lui demander ou il l’avait appris, mais je compte bien le decouvrir.
Mon hotel s’appelle « Wisma Maria I » (meme le nom des hotels rappellent la chretiennete), et a part des biscuits degueulasses, je n’ai rien avale durant 11h. J’ai le temps d’aller manger dans le restaurant d’en face.
Apres m’etre installe, une personne s’approche de moi pour discuter. Il parle un bon anglais et ce n’est pas le seul ; une assez bonne proportion le parle plutot bien ici.
Ma premiere question est : « Je viens de rencontrer quelqu’un qui m’a parle francais, vous savez ou est-ce qu’il aurait pu l’apprendre ? »
Il me repond qu’il y a plusieurs ecoles a Rantepao ou on apprend l’anglais, le francais, l’italien et l’espagnol. Il me dit que c’est pour le tourisme ; mais je pense aussi que c’est a cause de leur religion qu’on pourrait qualifier « d’occidentale ». Et il me le confirme car meme dans les hauts lieux touristiques (bien plus qu’ici), je n’avais pas rencontre une aussi grande proportion de gens sachant parler anglais.

Je me rends compte que mon hotel est juste en face d’une eglise protestante.
Par contre, n’imaginez pas l’eglise traditionnelle avec ses absides, son chevet, ses contreforts, etc… Ici, pas de basilique ou de cathedrale. Ca ressemble plutot aux eglises evangeliques qu’on peut trouver en France, avec une architecture d’aspect « cubique ». Pour les eglises catholiques, certaines possedent la structure typique en forme de croix, avec sa nef centrale et son clocher. En revanche, elles sont tres recentes, au crepis blancs, comme celles qu’on trouve aux Etats-Unis.

Il est surprenant d’arriver a Rantepao, une des principales villes du Tana Toraja, en plein coeur de Sulawesi, et de voir toutes ses illuminations avec ce petit air frais (on est a 700m d’altitude) qui vous rappelle d’un coup l’imminence des fetes de fin d’annee.

27 Novembre 2010

Beau temps sur Rantepao.

Vue depuis l'hotel. L'eglise protestante est juste en face

Je loue un VTT a quelques pas de l’hotel.

Le passé trouble du Sulawesi Central
Les conflits ont eclate en 1998 et c’est parti d’une simple bagarre entre un musulman et un chretien dans une grande ville. 2 groupes paramilitaires de chaque religion virent le jour en 2000, et s’engagerent dans une lutte acharnee. Armes de machettes, d’arcs, de fleches, autant que de bombes artisanales et d’artillerie lourde, chacun tinrent sa position, Tentena pour les chretiens, et Poso et Palu pour les musulmans.
Meme si un traite de paix fut signe en 2002,  au total, 1000 personnes furent tuees jusqu’a la fin de l’annee 2006. Le conflit s’est relativement calme depuis 2007.
Aucun touriste ne fut pris pour cible, mais la meme chose s’est produite entre chretiens et musulmans dans les Moluques, l’archipel indonesien a l’Est de Sulawesi. Comme quoi, la paix ne tient qu’a un fil. Mais ils ont l’avantage de parler tous la meme langue. L’Indonesie, malgre ces centaines de dialectes differents possede une certaine unite linguistique. Le Bahasa Indonesia se parle dans toutes les iles, meme si pour la majorite, ce n’est pas leur langue maternelle. Une des cles de la reussite est la facilite deconcertante de cette langue : pas de grammaire ou de conjugaison et tres peu d’exception. C’est l’avantage majeur pour une unite dans l’ile de Sulawesi et dans toute l’Indonesie.

En parcourant les rues de Rantepao, je vois 2 eglises catholiques, l’eglise  protestante juste a cote et un seule mosquee. Du coup, on entend un peu moins fort le muezzin ; et moins souvent j’ai l’impression. Peut-etre une des conditions pour que puisse cohabiter durablement ces 2 fortes identites religieuses.

Je me rends a Bolu, au marche traditionnel. En gros, le marche « traditionnel », c’est la meme chose qu’une suite d’etalage comme on peut en trouver dans n’importe quelle rue d’Indonesie ; a part qu’on y ajoute la vente de cochons, de buffles, et qu’on se permet d’etaler le poisson en plein soleil. L’Inspection des Fraudes aurait du boulot ici.
C’est bruyant et les gens negocient fermemement. Je pense qu’il faudrait me payer pour que j’achete quelque chose ici.

L’apres-midi, je parcours, toujours a VTT, les environs de Rantepao ou je vois de nombreuses tongkonan (habitations traditionnelles des Toraja).

Le Tongkonan est le lieu de rassemblement familial

 

Il n'est pas rare de voir plusieurs Tongkonan alignes. Un pour chaque famille

On pense que l’incurvation du toit – aspect incontournable du Tongkonan – represente les cornes d’un buffle, l’animal-fetiche des Toraja, symbole de richesse et de pouvoir. Il occupe une place tres importante dans les ceremonies religieuses, quelle que soit la religion. On peut voir egalement sa tete sculptee a l’entree de certains Tongkonan, et partout, on retrouve statues et silhouette de l’animal.

 

Un village du Toraja

 

 

Un petit bout du Tana Toraja

Je pars ensuite en direction de Ke’te Kesu (non, je n’ai pas fait une faute de frappe), connu pour son ensemble d’habitats traditionnels.

Tongkonan de Ke'te Kesu

La particularite des Tongkonan est qu’ils ne peuvent etre ni achetes ni vendus. Un Tongkonan reste aux mains de la meme famille pour toujours. Mais le manque de confort de ces habitations a conduit peu a peu les familles a vivre dans des maisons toutes neuves construites juste a cote de leur Tongkonan.
Par le passé, Ke’te Kesu abritait une tradition funeraire assez particuliere : celle des tombeaux suspendus. En s’enfoncant un peu plus dans la foret, on trouve des caves a l’interieur desquelles le defunt reposait dans un tombeau.
J’entre d’ailleurs dans une de ces caves en compagnie d’une allemande et d’un groupe de jeunes filles accompagnant la dame. L’interieur de la grotte fait 80m de long et on trouve ca et la, de nombreux ossements.
En ressortant, je vois finalement ces tombeaux suspendus a la falaise :

Tombeaux suspendus de Ke'te Kesu

J’ai le temps de voir uniquement le Sud de Rantepao aujourd’hui.
La nuit tombe. Je rentre.

28 Novembre 2010

C’est dimanche, on entend les cloches sonner de l’eglise catholique. Dans beaucoup d’endroits (cafes, restaurants…), j’entends a la radio ou (de la bouche des gens d’ailleurs), des celebres chansons de Noel traduites en Indonesien tels que « Merry Christmas » ou « Jingle Bells ». Hier soir, un concert de rock, rythme par de nombreux « Halleluyah » se tenait dans l’eglise protestante.
L’air est frais le matin, rien a voir avec Makassar. Si la temperature grimpe un peu en journee, ce n’est pas une chaleur humide. On respire.
En prenant le petit dejeuner, j’entends « Douce Nuit » en indonesien, chanté en coeur.
Je baigne dans une atmosphere vraiment particuliere ; melange entre islam national, maisons traditionnelles, chretiennete, illuminations (dans tous les sens du terme) et chants de Noel.
La messe de l’eglise protestante m’intrigue : je les entends vraiment chanter avec ferveur.
J’enfile un pantalon et un tee-shirt a manche longue, histoire d’etre un peu presentable, et je traverse la rue.
Je reste devant la porte ouverte jusqu’a ce que l’assistant du fond m’invite a m’assoeir. L’interieur carrelé ressemble a n’importe quelle salle polyvalente de France, et le pasteur tient un discours vetu d’un costume-cravate, tantot calme, tantot elevant la voix. Les gens sont bien habilles. Robes a fleurs pour les femmes, chemise sous un pull sans manche pour les hommes. Tout est en indonesien (forcement) et la messe a debute depuis longtemps.
Chacun tient une bible entre les mains. Je me leve lorsque les gens se levent, mais je reste discret au fond de la salle, assis juste a cote de l’assistant. J’en profite quand meme pour lui poser quelques questions. Il s’appelle Jerry. Au passage, j’ai rencontre deja 2 John depuis mon arrivee, et ce ne sont pas franchement des noms couramment utilises dans le reste de l’Indonesie. Meme pour les prenoms, les missionnaires ont l’air d’avoir bien fait leur travail. Il est « apprenti pasteur » et me traduit quelques mots des psaumes retranscris en direct sur 2 ecrans geants. Le pasteur reste debout sur l’estrade, une main sur son pupitre, l’autre main tenant le micro.
La messe est rythmee par un orchestre de « rock classique » : batterie, guitare, clavier et de 5 chanteuses formant le choeur gospel.
La encore, n’imaginez pas une scene de « Sister Act » ou les gens se mettent a pivoter sur eux-memes tout en tapant des mains ou bien James Brown entammant une danse Soul comme dans les « Blues Brothers ». Les gens chantent debout, certes avec entrain, mais sans bouger.

Je m’eclipse avant la fin de la messe pour louer le meme velo que la veille.
Direction le nord de Rantepao.
Sincerement, je ne regrette pas d’avoir fait autant de kilometres. Cette richesse culturelle et religieuse vaut vraiment le detour.

 

Cette eglise est une illustration parfaite du Tana Toraja. Melange entre religion et tradition, avec son toit avancé en forme de corne. Elles ne sont pas toutes comme ca.
Vue de face. Le travail de gravure sur bois est propre a tous les Tongkonan

Les paysages sont vraiment superbes. On cultive le riz et le ble notamment. La plupart des cultivateurs sont coiffes d’un chapeau que nous appelons grossierement « chapeau chinois ».
Le fond de l’air est frais. C’est vraiment agreable de rouler avec un bon VTT dans ces contrees.

Un autre petit bout du Tana Toraja

Je continue a grimper.

C'est un vrai buffle qui se trempe dans la boue. On attache une boucle en fer dans son museau qu'on relie a une corde plantee au sol

Mon ascension est rythmee par de la foret et quelques rizieres de ce genre :

Rizieres

De 700m, je monte progressivement durant 3h jusqu’a plus de 1300m.

Un dernier petit bout du Tana Toraja a plus de 1300m d'altitude

J’ai passe 2 jours complets vraiment agreables dans le Tana Toraja. Les habitants de cette region sont vraiment aimables. Ils n’insistent pas pour te vendre quoique ce soit. Aucune agressivite commerciale.
Durant mon ascension, j’ai entendu je ne sais combien de « Hello Mister ». Ils ont le sourire aux levres, chantent et plaisantent facilement. Il n’y a pas de moqueries chez ce peuple des montagnes, comme j’ai pu en subir a Sumatra parfois et a Java ; exception faite, encore une fois, lorsque j’etais dans les hautes terres du volcan Bromo. Ca confirme bien la regle comme quoi l’humilite regne lorsqu’on monte en altitude et que travail, effort et esprit d’entraide forment le quotidien. Le Nepal en a ete le premier exemple pour ce voyage.

La route a ete longue, mais j’ai croise tellement de gens aimables, qu’on en oublie la difficulte.
Je redescends la montagne a bon rythme en evitant les quelques ornieres.
En bemo, ca aurait ete l’horreur. A velo, c’est du pur bonheur !

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Le Coeur du Sulawesi

29 Novembre 2010

Je quitte Rantepao pour 6h de bus.
Il y a quelques temps, un certain Salman a vu que j’etais en Indonesie par le biais du site Couchsurfing. Il m’a propose de venir a Soroako, a l’Est du Sulawesi et j’ai accepte sans savoir quel jour j’allais exactement arriver.
C’est seulement ce matin que j’ai pu lui confirmer av ec certitude de mon arrivee en fin d’apres-midi.
Rendez-vous a l’hotel de police Wasuponda dans la ville de Soroako.
J’arrive vers 17h et bien sur, mon portable ne parvient pas a emettre. Je demande a l’un des flics d’appeler Salman, et ce dernier m’explique qu’il m’attend au poste de police dans la ville de Wasuponda.
Ah ! en fait, ce que je ne savais pas, c’est que Wasuponda etait une ville… Et elle est a 25kms de la ou je suis.
Sans aucun probleme, le flic me dit que Salman vient me chercher a moto.
J’attends patiemment jusqu’a ce qu’il arrive. Et la premiere chose que je lui dis c’est : « desole, je croyais que tu habitais a Soroako et que Wasuponda etait le nom de l’hotel de police ». Il me dit qu’il n’y a aucun probleme.
Nous faisons le trajet de Soroako pour Wasuponda, a l’Ouest. J’etais passe devant il y a 1h a peine…

Salman a 25 ans, il est programmeur informatique chez INCO, une multinationale miniere specialisee dans l’extraction et la transformation du nickel. Il est musulman chiite (le pays etant majoritairement sunnite), a 3 freres, 4 soeurs et vit a Wasuponda avec une de ses soeurs dans une maison propre et tres spacieuse. L’interieur est entierement carrele et je suis stupefait d’avoir pour moi tout seul, une chambre digne d’un tres bon hotel. Sa famille vit confortablement. En voyant les photos de remise des diplomes sur le mur, j’en conclue que les enfants ont bien reussi et ont un bon metier.

L’avantage du Couchsurfing c’est qu’il permet de laisser le droit a l’ignorance. C’est une communaute ouverte sur le reste du monde. Donc, lorsqu’on se fait heberger, on apprend de l’autre et personne ne va te rouer de coups si on fait une remarque etrange ou lorsqu’on a un avis completement different.

Je me sens tres vite gêné car Salman me fait savoir qu’il est impoli de refuser un verre ou a manger. Il faut gouter de tout, et il est egalement impoli d’aider a mettre la table, a faire la cuisine ou a debarasser la table. En gros, tu manges, te servir a nouveau est presque une obligation et lorsque tu as fini, tu vas t’assoeir sur un canape parce que tu es leur hote et qu’en aucun cas tu ne dois participer aux taches. Mais la gene finit par passer ; ca fait 1 mois que je suis en Indonesie et je sais une chose : on ne deroge pas aux regles et aux traditions. C’est comme ca, un point c’est tout. Tu es leur hote, et eux, de leur cote, doivent percevoir qu’ils sont largement capable de t’accueillir convenablement, et dans les meilleures conditions.

Avec Salman, on plaisante de tout. Il me dit que je devrais me mettre a fumer parce que les clopes ne sont pas cheres en Indonesie ; je lui dis qu’il n’a qu’a commencer a boire de son cote. Pas de tabous de son cote, et certainement pas du mien.
Il me dit qu’au Nord de Sulawesi, on peut trouver tout type d’aliments : du rat, du chat, du chien, du singe…
Je lui demande s’il a deja mange du chien. Il me repond que non, c’est interdit par sa religion.
Je lui dis : « Je croyais que c’etait uniquement le porc »
Il me reponds : « Ah non, tout ce qui a des dents est interdit ainsi que tous les animaux qui vivent a la fois dans et hors de l’eau »
– « Donc tu ne mange jamais de crocodile »
– « Non, ils sont sacres »
– « Du phoque »
– « Non »
– « Du pingouin »
– « Non plus »
Bref, on plaisante, on rigole pour un rien et c’est plaisant de parler anglais vraiment correctement avec un indonesien.

Il fait nuit depuis longtemps deja. J’ai appris seulement aujourd’hui qu’apres le volcan Merapi, c’est desormais le Bromo qui fait des siennes depuis quelques temps. Vous vous souvenez ? C’est la ou j’etais il y a une vingtaine de jours, sur l’ile de Java.
Salman me dit qu’il a redouble d’activite depuis environ 3 semaines. Je suis pas passe bien loin de la fermeture du site. Il grondait deja fortement lorsque je me balladais dans le cratere.
On finit la soiree a regarder la tele et oh ! comble, on regarde le « Pic de Dante » sur le cable…

30 Novembre 2010

Petit dejeuner tres complet et tres epice. J’ai beau essaye de le dissimuler, Salman se marre en me voyant pleurer, tellement c’est relevé.
Mais une chose n’est pas impolie, celle d’enlever la sauce piquante sur les aliments et de trier les piments et le chili de ton plat.
Ca passe beaucoup mieux, mais il faut garder un verre d’eau pres de toi si au cas ou tu rencontres une poche de resistance.

Nous partons en scooter en fin de matinee. Plusieurs arrets rythment le voyage. On me presente a la famille. Et la famille, elle est grande ! Eparpillee aux 4 coins de la ville, dans tout le Sulawesi, et meme si je tiens a rester plus longtemps en Indonesie, Salman me dit qu’il en a egalement a Borneo, Java, Papouasie, et que je peux aller les voir.
Pour le moment, je suis avec une infime partie de sa famille. Ils parlent tous uniquement indonesien, mais Salman s’occupe de la traduction. Il me dit pour plaisanter qu’il est jaloux parce que les femmes me font des compliments. Sa cousine, enceinte, s’approche de moi et souhaite que je touche son ventre pour que, dit-elle, son futur bebe soit aussi beau que moi.
J’obtempere en souriant.
Nous reprenons la route. Il y a toujours un arret a faire : donner des cles a l’un, preter le scooter a l’autre le temps d’une course au marché, prendre de l’essence, s’arreter chez un membre de sa famille, se faire offrir un thé, un dessert, des gateaux ou les trois…
C’est l’avantage si tu n’as pas mange beaucoup au petit dejeuner ; les gens t’offriront toujours quelquechose ; la encore, c’est non seulement par tradition mais aussi pour prouver qu’on a les moyens de t’offrir quelquechose. J’ai retrouve ces memes valeurs en Turquie et au Nepal. Je remercie constamment et je ne me pose meme plus la question si je dois refuser. Tu acceptes c’est tout !
Du coup, et non sans apprehension, je bois des mixtures contenant des glacons qui proviennent de l’eau du robinet et je mange a nouveau des fruits de mer ; ceux qui m’ont rendu tellement malade a Sengiggi il y a plusieurs jours. Tant pis, on croise les doigts.

Je finis par apprendre des phrases entieres en Indonesien, et surtout – indispensable pour moi – des mots de politesse. Il y a 5 facons de dire « bonjour » selon l’heure a laquelle tu l’annonces durant la journee. Et je l’ai ai tous bien appris… Les gens ne rient pas de mon accent car je roule les « r » sinon, personne ne comprend (au passage, je roule les « r » depuis la Turquie) ; ca m’evite de repeter.
Lorsque tu prononces bien – et l’indonesien est plutot simple pour ca – tu n’as pas a repeter malgre ton leger accent d’etranger.

Nous sortons finalement de la ville de Wasuponda. Salman me fait essayer son scooter. C’est un probleme auquel je voulais remedier : je n’ai pas conduit de 2 roues motorises depuis… la mini-moto du Brevet de Securite Routiere en CM2. Et j’ai toujours esquive la moto au profit du velo. Et finalement, c’est pas si complique. Surtout dans les lignes droites en campagne…

Nous arrivons aux chutes d’eau dans la campagne de Wasuponda.

Chutes d’eau de Wasuponda

Ici, pas un seul touriste a des kilometres a la ronde. Ca fait plaisir de temps en temps d’etre considere comme un etranger et non plus comme un touriste. Salman me dit que son oncle habite derriere les chutes d’eau et qu’il y cultive le chocolat.
Nous traversons les cascades (pieds nus) et un bout de jungle. Salman passe devant, il ouvre la voix. Je lui fais savoir qu’il y a 2 jours, j’ai vu un enorme serpent en traversant la foret de Rantepao. Il me dit que c’est possible, qu’il y a des pythons dans cette region et dans tout le Sulawesi. Pieds nus dans la jungle, c’est rassurant…
Son oncle n’est pas la. C’est dommage, j’aurais bien vu ses plantations.
On en profite pour piquer une tete dans les chutes d’eau. L’apres-midi, nous partons en direction de l’ocean, au sud, dans le village de Malili. Salman me dit que son cousin possede un bateau de peche et qu’on pourra y dormir. Je me laisse guider et je dis oui a tout. Je veux tout savoir sur le peuple Bugis.

 

bugis

Les Bugis (prononcé « Bouguiz »)
Comme il y a le peuple Toraja des hautes terrres, les Bugis, eux,  sont a l’origine, un peuple de pecheurs. On les trouve principalement dans la province du Sulawesi Sud, mais ils sont largement répartis dans toute l’Indonesie, principalement au bord des mers et oceans. Convertis a l’Islam depuis des siecles, ils adherent encore a leurs croyances ancestrales, qui font l’identite de ce peuple ; et leurs rites (inauguration d’un bateau, mariage…) sont encore pratiqués aujourd’hui.

Nous arrivons a Malili, qui est aussi le nom d’un fleuve qui se jette dans le Golfe de Bone. Je rencontre les gens de sa famille et recois encore tout type de compliments. Et la question qui revient le plus souvent est : « Es-tu marié ? » Et une autre question revient souvent elle-aussi : « Tu ne veux pas te marier avec une indonesienne ? ».
– « Bah, en fait j’ai un tour du monde a terminer… »
Salman me dit qu’elles aiment mes cheveux, mes yeux et ma peau blanche, et que certaines filles s’enduisent le corps d’une lotion blanche pour paraitre plus occidentale. Je lui dis que chez nous, au contraire, on passe nos journees sous le soleil pour esperer avoir la meme couleur de peau que les indonesiens.

Nous partons en direction de la maison de son oncle. En chemin, je demande a Salman a quel age on se marie ici. Il me repond qu’a 16 ans, c’est le moment. Mais ca depend de la culture de l’une des 2 familles. La preuve, Salman n’est toujours pas marié. Et inversement, il me donne l’exemple de sa cousine qui s’est marié a 12 ans…
J’avoue que sur le coup, ca ne m’a pas choqué. J’ai quitté la « sphere occidentale » depuis assez longtemps pour ne pas avoir sursauté a ce moment.

Apres avoir aide son oncle a porter quelques cartons dans une boutique, nous retournons chez lui pour manger. Et partout ou je vais, j’entends encore la meme question : « Es-tu marié ? »
Pendant le repas, et sans que je demande quoique ce soit, sa tante me fait savoir qu’il me faut 200 millions de roupies pour le mariage, si je veux epouser une indonesienne. Merci pour l’info…
Apres manger, nous partons avec Salman chez ses potes qui tiennent un stand de tuning et de reparation de mobylette. Pas une biere qui traine, ca fait bizarre…
Et comme derniere destination (Salman tient a me presenter a tout le monde), je me retrouve au milieu d’une « wedding party » (une « veille de mariage festive » avant que commence la ceremonie officielle du lendemain). Et naturellement, tous les yeux sont rives sur moi.

C’est seulement le soir-meme, chez son oncle ou nous passons la nuit, que je retrouve un peu de « presence d’esprit occidentale » :
« Sa cousine s’est mariee a 12 ans ???  »

1er Decembre 2010

Petit dejeuner copieux, comme d’habitude.
Je suis invité a un mariage Bugis, toujours a Malili. Les maries sont habilles presque a l’identique : vetements et coiffes dores. Tous les yeux sont sur moi. La ceremonie a lieu dans une petite salle et la famille m’autorise a filmer.
Tout le monde ne rentre pas a l’interieur de cette piece minuscule mais qu’importe, la plupart sont deja devant le buffet exterieur ou juste devant la porte de la salle, a discuter. Un mariage Bugis a toujours lieu dans la maison des parents du marié.
Puis on m’invite a me servir en viande, riz et salade de legume dans le buffet interieur. La nourriture est excellente, mais je suis deja plein de ce matin. On mange par terre.
J’en profite pour poser plusieurs questions a Salman ; notamment la principale :
– « Pourquoi ta cousine s’est-elle mariee a 12 ans ? »
Il me repond :
– « Chez les Bugis, lorsqu’une fille insiste pour se marier avec un garcon Bugis, le garcon ne peut pas refuser, ce serait pour lui un deshonneur ; et inversement, si le garcon insiste pour se marrier avec une Bugis »
-« Quelque soit son age ? »
-« Non, mais a partir de 12 ans pour une fille et (13/14 ans pour un garcon), si elle tient vraiment a se marier, et si le garcon est Bugis, personne ne peut l’en empecher »
-« Et si moi je veux me marier avec une Bugis ? »
-« Tu dois obligatoirement avoir la meme religion qu’elle, ou bien, te marier avec elle a Singapour ou en Australie, la ou le mariage inter-religieux est autorise, pour ensuite revenir. En revanche, les enfants issus de ce mariage devront, a l’age de 17 ans, choisir leur religion ».
Me voila rassasié par les reponses et par le repas. Avant de partir, une de ses cousines me dit que suis invite a Kalimantan (la partie indonesienne de Borneo) dans pour un mariage. Helas, je n’ai plus que quelques jours a passer en Indonesie.
En marchant, Salman me dit : « Tu iras a Kalimantan la prochaine fois quand tu reviendras en Indonesie »
Je lui reponds : « J’aurais peut-etre une femme et un enfant d’ici la »
Et sur le ton de la plaisanterie mais avec une pointe de serieux, il s’etonne :  » 1 enfant ? Parce que tu n’as pas les moyens d’en avoir 7 ou 8 ? »
– « Aaaaah ! d’accord, c’est ca votre esprit ici, j’ai compris. Vous avec 6, 7 voire 8 enfants pour montrer que vous etes capable et suffisamment riche pour en elever autant… ». Il approuve.
A force de discuter, on finit par comprendre la mentalite de l’autre ; et ca correspond souvent, comme ici, a la mentalite de tout un peuple.

Nous repartons pour la tournee de la famille ou chaque fois encore, on t’offre du thé, du sirop, des gateaux et des cocktails de fruits.
Et de temps en temps, Salman me dit : « I have to pray » (« Je dois aller prier »). Dans n’importe quelle maison on trouve ses petits tapis pour prier a n’importe quel moment de la journee. Ca dure environ 3 minutes, pas besoin d’aller a la mosquee, et ce n’est pas une obligation pour moi de m’eclipser : Salman prie juste a cote de moi parfois. J’attends, assis bien tranquillement.
L’interieur des maisons est a chaque fois chargee de decorations. Beaucoup de faience, et souvent, 3, 4 ou 5 objets totalement identiques, ou semblables mais de tailles differentes. Les vases sont entreposes par terre, lorsqu’il n’y a plus de place sur les etageres. On enleve ses chaussures avant d’entrer, quelque soit l’endroit.

Nous repartons. J’essaye desesperement de l’inviter a boire un coup, de lui acheter des clopes, de lui payer l’essence. Il refuse a chaque fois et pas question d’insister, il le prend mal…
Nous sommes au bord du fleuve Malili et attendons tranquillement, avec l’equipage, le depart de l’embarcation prevue a 15h, pour la peche de nuit, le temps que « l’astronome » decide de l’emplacement du bateau ou la peche sera effectuee durant la nuit.

Port de Malili
Depart imminent de l’embarcation

Salman m’explique qu’un crocodile a ete vu dans les parages. Ils rodent le long du fleuve qui mene a l’ocean.
1 fois par an, les Bugis donnent des offrandes aux crocodiles ; ces memes crocodiles qui s’en prennent a leurs enfants. Salman me dit que parfois ils les mangent, parfois ils les tuent, simplement par cruaute.
La tradition Bugis est assez contradictoire (aux yeux d’un occidental) car l’animal est considere comme sacre, il est interdit de le tuer, on lui jette des offrandes, on le surnomme « grand-mere », on le considere comme des etres humains car ils ont 5 doigts et pourtant, chaque annee, il tue…

C’est l’heure, nous partons dans l’embarcation pour 1h de trajet en direction du bagang (bateau de peche Bugis), en pleine mer.
Le temps est epouvantable. On est oblige de s’arreter au bord du fleuve, au milieu des marecages – le territoire des crocodiles – car il y a trop de vague et la pluie est trop abondante.
Le temps se calme un peu mais nous sommes au mois de decembre, et ou que j’aille a present, la saison des pluies est bien amorcee. Il pleut desormais a n’importe quel moment de la journee, et de plus en plus longtemps.

Nous rejoignons finalement le bagang. 10 hommes compose l’equipage. Il pleut a nouveau abondamment. Les filets sont lances vers 18h et ne seront remontes qu’a 22h.

Bagang
Le pont superieur est couvert. C’est la ou l’equipage reste assis a patienter

Pendant tout ce temps, on patiente, on discute, on joue aux echecs, on ecoute de la musique ; certains decident de dormir.
Pas de chaises, toutes les activites se font par terre. Ca parait calme sur les photos, mais le groupe electrogene du bateau emet un bruit fort et continu.
En allant pisser sur un cote du bateau, Salman me fait savoir que ca porte malheur : il faut aller en bouts de bateau mais jamais a babord ni a tribord ; tout comme m’allonger dans le sens du bateau, la peche risque d’etre mauvaise… Il faut s’allonger perpendiculairement au sens de la marche.
-« Mais tu es un etranger, donc c’est bon » me dit Salman.

Effectivement, mes 2 erreurs de debutants ne leur a pas empeche d’avoir une bonne quantite de poissons pour cette 1ere prise.
Il est environ 22h, les marins sont maintenant accroupis sous une pluie torrentielle occupes a trier les poissons remontes du filet. La plupart sont uniquement en calecon pour le tri (il ne fait pas froid du tout) et quelques poissons sont apportes directement sur le poele. Un 1er Decembre, manger accroupis, avec les mains, du poisson directement sorti de l’eau en compagnie d’une dizaine d’Indonesien au large des Celebes, je ne connaitrais pas ca tous les jours…
45 minutes plus tard, tout est trie et place dans la longue embarcation qui a servi pour venir jusqu’au bagang.

Il ne pleut plus. Il est 23h, l’equipage s’endort.

2 Decembre 2010

Il est maintenant 3h du matin, c’est l’heure de la 2nde prise. Meme rituel que pour la 1ere.
A 4h, ils font meme une derniere petite prise avant que nous repartions sur l’embarcation pour rejoindre, au lever du jour, le port de Malili. Comme quoi, j’ai plutot porte chance.
Il fait bon, le temps est degage et je vois un nombre pas croyable d’etoile dans cette nuit noire, au milieu de l’ocean.
Le jour se leve. Nous entrons au port ou les pecheurs deviennent vendeurs. Ce n’est la criee comme on l’entend. Il faut plus d’1h pour que le stock soit vendu. On negocie tranquillement sans vraiment s’exciter.
Chaque marin est depose en bateau devant sa maison, situee generalement au bord ou non loin du fleuve ; en attendant leur prochaine sortie, en milieu d’apres-midi. Pour eux, la peche de nuit, c’est toutes les nuits et tous les jours de la semaine.
Salaire pour un employe : 10000 roupies par nuit soit moins d’un euro…

Nous repartons a Wasuponda pour y dormir quelques heures. Vers midi, nous mangeons, et les femmes sont a table avec nous pour la 1ere fois. Salman m’explique que les femmes se font generalement discretes les 2 premiers jours pour ne pas deranger l’inviteur et l’invité.
A quel autre moment de ma vie j’aurais l’occasion de gouter a des aliments qu’on ne mange pas habituellement en Occident ?… Je goutte a la meduse ! Il faut en gober une partie d’un seul coup et sans la croquer, sinon ca te brule la bouche. C’est aussi flasque que de manger du blanc d’oeuf et pas tres apetissant.

Nous partons pour Soroako a moto, au bord du lac Matano ou nous restons seulement quelques minutes car il pleut de nouveau. Le ciel est couvert et soudain, l’ambiance grisatre me rappelle celle du Lac Leman en Suisse, la toute premiere nuit de ce voyage, il y a un certain temps deja. Petite difference, je ne suis pas tout seul cette fois-ci :

Salman

Apres un bref passage chez sa famille (quand je vous dis qu’il a de la famille partout), dans son entreprise, chez ses amis, dans un bar pour un gros encas, il fait deja nuit et nous rentrons a Wasuponda. On a bien discute de tout. Ma curiosite etant assouvie. Pour le moment… Salman est tres ouvert pour ca. Aucun probleme pour lui demander si il a des amis appartenant a d’autres religions ; ce a quoi il me repond  : « oui, bien sur » ; il m’explique qu’on peut se marier avec plusieurs femmes ; ce a quoi je lui repond : « En France non, mais contrairement a vous, on peut avoir un bon paquet de copines avant de se marier pour de bon ».

Nous passons la soiree autour d’une partie de carte avec ses soeurs et ses cousines qui ont eu vent de ma presence. Apres une seance de photos et une chemise comme cadeau de depart, je rassemble mes affaires.

3 Decembre 2010

Avant de quitter definitivement Wasuponda, Salman souhaite me faire rencontrer son pere, chef de la communaute islamique chiite. La superstition, les signes quotidiens, l’interpretation des reves sont la part de mythicisme qui differencie, entre autres (ce serait trop long a enumerer), les chiites des sunnites. Ce ne sont pas des rituels sataniques et encore moins du fondamentalisme religieux ; en gros, c’est une croyance en la superstition. Je ne suis pas entre dans les details mais son pere impose le respect et possede, dit Salman, l’instinct pour predire l’avenir.
Avant de partir, on embraye sur la burqa. Sujet delicat ? Absolument pas. Il me dit que c’est soit la volonte de la femme, soit l’ordre du mari. Il m’explique que c’est aussi pour se proteger des avances des autres hommes que les maris les oblige a la porter. Certains membres de sa famille le font. Pas tous, loin de la. D’ailleurs, je n’en ai pas vu en 3 jours.
Il me demande : « Et en France, c’est comment ? ».
– « Ca vient d’etre interdit parce que le gouvernement juge qu’on doit voir la personne qu’on a en face de soi dans son ensemble et pas uniquement les yeux »
– « Et toi, tu en penses quoi ? »
– « Bah, on peut pas savoir si la fille est jolie, c’est frustrant pour un francais »
Ca le fait rire. On s’en arrete la.

Nous partons pour Wotu, la ou les cars sont moins rares. Apres 2 crevaisons dues au poids de mon sac, Salman me propose de prendre plutot une voiture publique. Pas de soucis, il a fait deja tellement de choses pour moi.
Une voiture publique s’arrete. Je propose a Salman de lui payer un nouveau pneu. Il refuse comme d’habitude. Tout ce que j’ai pu lui offrir sont des choses materielles : un plan du Sulawesi Central qui ne me servira plus, et mes lunettes de soleil qui lui allaient beaucoup mieux qu’a moi.
Apres une accolade et un grand merci pour ces 3 jours passes en sa compagnie, je monte dans le vehicule. Fin de mon excursion en terre Bugis.

J’arrive a Wotu ou, en attendant mon bus, je parviens avec brio a dejouer 2 tentatives de pieges.
Le 1er c’est un « rabatteur a 2 balles » (c’est long comme surnom mais ca lui va bien) qui veut me diriger vers une voiture publique tres chere, m’affirmant qu’il n’y a pas de bus aujourd’hui. Salman m’avait assure qu’il y en avait. Je persiste donc pour attendre le bus en leur faisant un « non » de la tete. Il baisse le prix de la course, ce qui confirme la presence des bus…
1er piege dejoué !
Quelques minutes apres, le bus arrive. Rabatteur a 2 balles revient a la charge et veut absolument toucher sa commission aupres du chauffeur, bien qu’il ne m’ait aucunement dirigé.
Une fois installe dans le bus, il me dis : « money, money » pour le prix du bus. Je fais comprendre au chauffeur que je paierais le prix reel de la course une fois arrive a destination. Rabatteur a 2 balles repart bredouille et ca fait sourire les passagers.
2eme piege dejoué!
Ca m’aurait fait mal qu’en 5 secondes, il touche l’equivalent d’une nuit de peche sur un bagang…

Nous traversons dans un vieux bus le Sulawesi Central, montagneux et accidente : on passe tout pres des ravins par endroit car les glissements de terrains sont nombreux en cette saison. Il fait nuit et la pluie s’installe durablement. On doit s’arreter pour reparer une piece du bus.

4 Decembre 2010

J’arrive finalement a Tentena vers minuit apres 9h de trajet.
Dans un precedent article, j’avais fait allusion a Tentena ; ville tenue par le groupe paramilitaire chretien lors des emeutes dans le Sulawesi Central. Et effectivement, ca fait plusieurs heures que je suis ici, et je n’ai entendu qu’une seule fois le muezzin de toute la journee. Je passe la journee a ne rien faire, a part regarder la pluie et vous ecrire ces longues lignes ; car comme vous avez pu le lire, il s’en ai passe des choses ces derniers jours, dans ce petit coin meconnu du Sulawesi.

Mon voyage en Asie prend bientot fin…

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Théories de voyage… et beaucoup de pratique !