WWOOF (1ere partie)

20 Aout 2011

Je reprends le tramway jusqu’a la gare. Seulement 2h de train depuis Zagreb, et me voici a Ljubljana, la capitale slovene.

Les paysages, ce sont surtout des forets : 60 pour cent du territoire en est recouvert.
J’echange mes quelques kuna restants. Retour définitif a l’euro !

J’entre dans l’auberge de jeunesse dont j’ai pris la peine de réserver la veille a Zagreb. On est en plein centre-ville, et au pied des Alpes.

La rue de mon auberge
Et la colline qui surplombe la ville
Le quartier qu'on appelle "la petite Ljubljana"
Sarajevo, Zagreb et maintenant Ljubljana : au risque de me répéter, la capitale de ce petit pays slovene est aussi belle que les 2 précédentes.
21 Aout 2011
Ljubljana est petite, a peine 300000 habitants.
J’ai encore toute la matinée pour la visiter avant de partir pour l’Ouest du pays.
Je grimpe justement la colline qui surplombe Ljubljana.
En son sommet, elle a vraiment des allures de petit village : les toits sont de la meme couleur, avec une église en son milieu. Celle du sommet, la ou je suis, lui donne encore plus de caractere, et les 2 fleuves qui la traverse, plus d’éclat.
Je retourne dans l’auberge et récupere mon sac a dos.
Les distances sont courtes a Ljubljana : 500m de marche et j’arrive a la station de bus.
Je m’étais renseigné auparavant sur ma destination car elle n’est pas connue du grand public ; seuls les randonneurs s’y rendent en général.
Le but de ce tour du monde, c’était entre autres, de tester le plus de formes possible de déplacement, d’hébergement et aussi de travail. Il est 15h, je pars en mini-bus en direction du dernier objectif de ce voyage.
Les passagers sont slovenes pour les 3/4, et se rendent a Bovec, une toute petite ville proche de la frontiere italienne.
Pour le paysage, ca ne change pas : de la foret… Par contre, le type d’habitation a beaucoup évolué. Ce sont principalement des maisons a colombages ou entierement construites en bois. Leur style se rapproche tres souvent des demeures autrichiennes de montagnes. C’est plutot normal puisque le trajet en mini-bus nous rapproche pour un temps de la frontiere autrichienne. Et peu a peu, le paysage s’accentue par des collines, puis tres vite, par les montagnes alpines ou coulent en contrebas de superbes rivieres aux eaux turquoises.
Le bus s’arrete 30min a Kranjska Gora :
Nous sommes a 7kms de la frontiere autrichienne et a 15 kms de l’Italie
Le bus repart. Nous nous éloignons de la frontiere autrichienne pour longer l’Italie du Nord au Sud, quelques 20kms a l’intérieur des terres.
Nous sommes a moins de 5kms de Bovec, le terminus et j’apercois un panneau marqué « Kluze ». C’est le nom d’un village et c’est la bas que je dois me rendre, plus précisement a la forteresse de Kluze, point de départ pour la vallée de Bavsica, ma véritable destination.
Le bus n’y passe pas. Je le savais et j’informe le chauffeur pour qu’il me dépose a l’embranchement. La forteresse se trouve a 3kms…
Je dois refaire de l’auto-stop, ce qui me rappelle de bons et aussi de lointains souvenirs…
J’essuie le refus d’une bonne dizaine de véhicules avant qu’une jeune slovene s’arrete et me dépose a la forteresse de Kluze, juste devant le panneau « Bavsica ».
Pour atteindre la vallée de Bavsica, il faut grimper. Quelques voitures passaient encore sur la route précédente ; a présent, c’est vraiment tranquille. Les rares véhicules que je vois redescendent, si bien qu’au bout de 30min de marche, toujours aucune voiture ne vient de mon coté. J’ai rendez-vous au numero 15 de la vallée. Pas de nom de rue, l’adresse est juste : 15, Vallée de Bavsica…
Mon contact a seulement mentionné « une maison aux fenetres vertes ». Mais le soleil se couche ; encerclé par les montagnes, j’ai meme l’impression que la nuit s’installe encore plus rapidemment…
Une voiture finit par monter. Elle s’arrete tout de suite a peine mon pouce levé. C’est encore une slovene. Elle est habillée en baba-cool et conduit un break avec 2 gros chiens blancs a l’arriere. Son coffre est remplie de babioles en tout genre, d’une pagaie et surtout d’un canoe bien encombrant.
Elle fait alors sortir l’un des chiens pour que mon sac puisse entrer dans le coffre. Je lui dis simplement que je dois me rendre au numéro 15. Elle me répond qu’elle habite au numéro 22. Nous avancons lentement, a la lumiere des feux de croisement, le chien courant a coté du véhicule.
Quelques propriétés pointent parfois le bout de leur nez, cachées par les sapins. Soudain, elle me dit :
– « Ca doit etre celle-ci »
Je crois effectivement distinguer la couleur verte aux fenetres, mais il n’y a aucun numéro indiqués a l’entrée… Elle me dépose, puis s’en va. Si ce n’est pas cette maison, tant pis, je lance ma tente ici pour la nuit…
Je traverse le grand jardin et frappe au carreau de la porte.
C’était bien la. Alison me souhaite la bienvenue. Elle prépare le diner en compagnie de Joan, un espagnol, et d’Alison (une autre), anglaise aussi. Tout deux sont un couple venus, comme moi, tenter l’expérience wwoofing chez Alison…
Et c’est quoi au juste le Wwoofing ?
Plus précisement, on parle de « ferme Wwoof ». Non, ca rien a voir avec une ferme gardée par un chien ! Ca peut… mais c’est pas vraiment le but…
World-Wide Opportunities on Organic Farms, voila ce que signifie « Wwoof » ; c’est un réseau international de fermes organiques – ou de nouveaux propriétaires souhaitant ralentir leur mode de vie – , qui proposent d’accueillir toute personne (wwoofers) souhaitant partager leur travaux et leur quotidien en échange du gite et du couvert. Cette année, le concept fete ses 40 ans. Mais ce sont seulement ces 5 ou 10 dernieres années que le concept de wwoofing est véritablement connu.
Alison et son mari sont tous les 2 anglais et ont racheté cette ferme il y a 3 ans. Son mari est en Angleterre pour un temps.
Sur un mail, elle m’a écrit qu’ils souhaitaient downshift leur vie. On pourrait traduire cela en francais par « décroitre », mais dans le bon sens du terme.
Le mot est tout nouveau en France : on appelle « décroissants » les personnes qui souhaitent abandonner un style de vie trop porté sur la consommation. Sans pour autant retourner a l’age de pierre, ce peut etre autant des écologistes, que des alter-mondialistes, des décus de l’action politique ou bien d’autres, nombreux, qui n’ont aucun bord particulier, et qui souhaitent retourner a des valeurs plus écologiques, arreter la course a la réussite sociale, acheter des produits équitables, réparer ce qui peut l’etre, devenir travailleurs indépendants. C’est un concept tres large, mais ca signifie généralement aux yeux de chacun « vouloir vivre mieux, avec moins ».
Alison me fait visiter la maison.
Elle me donne une chambre. Il fait encore chaud dehors mais a l’intérieur, c’est tempéré : les murs sont tres épais. Et au milieu de la campagne, pas un bruit durant la nuit…
22 Aout 2011
1er jour de travail. Levé a 7h45.
Alison m’avait expliqué qu’elle souhaitait aller vers la décroissance par paliers. Elle n’en est qu’au début. Tout n’est pas biologique ou écologique chez elle, loin de la, mais je ne pense pas non plus qu’elle veuille revenir a un écologisme pur et dur, avec une consommation zéro en energie. Ce n’est pas franchement son but, ni meme l’objectif (radical)  pour une personne décroissante.
Pour autant, dans la cuisine, pas de frigo, seulement un petit congélateur électrique. Pour l’eau chaude, elle active un bouton, et le désactive des qu’on ne s’en sert plus, pour la douche ou pour la vaisselle par exemple.
Alison souhaite avoir un élevage d’ovins et de poules. Pour ca, notre travail de la journée sera de la peinture-consolidation : mélange d’eau, de ciment et de carbonate de calcium (blancs) , pour renforcer les murs tout en les peignant de couleur claire afin d’isoler le futur poulailler de la chaleur.
Pour les horaires : entre 4h et 4h30 de travail par jour… C’est loin d’etre l’usine ! Et vers 11h : « Tea time », c’est l’avantage de vivre avec des anglais !
Du coup, chaque jour a 13h, c’est la fin du boulot. Le reste de la journée, c’est quartier libre. Pour ma part, aujourd’hui, ce sera la sieste avant d’aller laver mes vetements sous la douche (pas de machine a laver non plus dans la maison) et de les étendre au soleil.
23 Aout 2011
Pour aujourd’hui, l’activité sera un peu plus physique que la veille : du bucheronnage dans le champ lui appartenant, mais laissé a l’abandon par les anciens propriétaires. Alison voudraient que son futur troupeau de moutons et de chevres puisse un jour évoluer dans cette clairiere, envahie pour le moment par les arbres et les orties.
Tout se fait a la hache, a la scie, puis a la serpe, afin de couper les branches feuillues de chaque tronc, pour les stocker ensuite dans la grange, en attendant l’hiver.
Les 2 dernieres heures de travail sont les plus difficiles car meme en montagne, il fait étonnament chaud. On laisse quelques gros arbres debout, ils nous protege du soleil durant l’effort.
Alison est adorable, elle nous laisse toujours travailler a notre rythme, le but n’étant pas la vitesse. Lorsqu’elle arrive, c’est pour nous apporter de l’eau et des cookies…
Il est 13h, apres le repas et la sieste, je me motive pour prendre quelques photos. Quand meme…
On arrive dans la vallée par cette petite route
A gauche, un grand espace degage donnant sur les montagnes
A droite, dans le tournant, la maison d'Alison
Je devais me rendre a Bovec hier, la « ville » a 5kms d’ici, mais je repousse ma visite a demain. J’ai encore la flemme d’y aller aujourd’hui.
Dans le salon, Alison a quelques DVD, un pc portable, et meme un projecteur. Elle m’avait parlé la veille d’un film slovene : « Kekec ». Rien que le nom m’a fait rire, pourtant, tout bon slovénien le connait, puisque c’est le seul long-métrage slovénien ayant recu une récompense a l’étranger. Dans la catégorie « enfant », il date de 1951… Je n’ai jamais vu un film aussi naif avec une vision aussi manichéenne. Le genre de film d’époque avec des gestes amples, de longs plans et des rires forcés. Mais pour les décors – meme si c’est en noir et blanc -, ca vaut le visionnage puisque ca se passe a quelques kilometres de la vallée de Bavsica. Donc ce soir, c’était la séance de cinéma « locale »…
24 Aout 2011
Pour ce matin, ce sera la mise en fagot d’une partie de ce qu’on a coupé la veille.
Il faudra  encore plusieurs jours pour arriver a bout de ce champ. Il doit finir par devenir un champ praticable pour le bétail…
... et c'est pas encore gagné...
Allez, cette apres-midi, je me motive pour me rendre a la ville.
Alison n’a pas de voitures. Elle me dit que je peux y aller en faisant de l’auto-stop ; sinon, elle a des vélos.
Et bien il fait beau, on va y aller en vélo.
Me voici a Bovec au bout d’une vingtaine de minutes de descente dans la foret et je parviens a trouver un café-internet pour vous conter le début de cette nouvelle expérience wwoofing.
Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

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