Terre Rouge (6eme partie)

8 Fevrier 2011

« Salut c’est Alex,
Travailler pour votre compagnie ce dernier mois etait tres interessant mais pour des raisons financieres, je dois arreter de travailler pour vous.
Depuis 2 semaines, j’ai beaucoup trop de jours de repos et ce n’est financierement pas sufissant pour continuer mon voyage.
J’espere que vous pouvez comprendre ma situation.
Merci« 
Lettre de demission de Adventure Tours Australia envoyee par la poste aujourd’hui. En anglais, ca rend mieux quand meme…
C’est pas de la belle prose, mais au moins, je ne pars pas sans prevenir.
Le probleme, c’est que pour avoir un job, il faut souvent mentir sur le temps que l’on compte rester sur place. Si j’avais dit que je restais seulement 1 mois et demi, je n’aurais pas eu ce travail. C’est bien triste mais tout le monde fait comme ca, et il n’y a pas franchement d’autres solutions. Par contre, certains partent en courant du jour au lendemain, sans laisser de trace.
La journee n’est pas tres excitante sinon qu’il fait a nouveau beau et que les pluies successives ont bien rafraichit l’air.
Il faudra attendre le soir pour qu’on trouve un peu d’amusement en tuant une araignee red-back a coup de serviette, que j’acheve a coup de shampoing-douche (j’avais que ca sous la main).
9 Fevrier 2011
Je poursuis mes preparatifs de depart. Je file a la banque en fin de matinee pour un virement de la quasi-totalite de mes deniers dument gagnés dans le Red Centre jusqu’a mon compte francais.
Le soucis de la journee (qui, en soi, n’est pas une affaire d’etat), le voici :
Voila ce que donne 5 mois de voyage…
NON, je ne le jetterai pas ! Avant ce tour du monde, il a fait le tour de la Corse en 2008 et la Sicile en 2009. Il a meme monté l’Etna. Impossible de m’en separer… Il est sacré comme Uluru peut l’etre pour les Aborigenes. C’est dire…
Une seule solution : le rafistoler. Je pars au centre commercial acheter une bobine de ficelle. Clara me donne tous les accessoires de couture.
J’ai trouvé il y a quelque jours un jean oublié par quelqu’un. Je m’en sers pour rafistoler mon bermuda. Il me faudra pas moins de 3 films dans la salle tele (environ 7h), pour parvenir a quelquechose de convenable :
Vous en pensez quoi ?
10 Fevrier 2011
Lettre de demission, virement, rafistolage, cloture de mon compte DVD aujourd’hui. Il y a comme un petit air de depart…
J’ai encore quelque temps pour faire le tour de la ville. Une ville dont on a neamoins du mal a se separer.
Australian Dream
Autant j’ai pu parler du passé de l’Australie, autant je ne me suis pas vraiment attardé sur les Australiens d’aujourd’hui.
On a vu la maniere dont ils sont parvenus a « apprivoiser » cet immense territoire.
Mais maintenant, dans la vie de tous les jours, ca donne quoi ?
Meme si l’Australie conserve ses liens administratifs avec la Grande-Bretagne, les liens politiques avec les USA se font ressentir, et par dela, des similarités dans le mode de vie, la culture, les valeurs. Et du fait de leur isolement geographique, ils se refugient d’autant plus dans ces valeurs sures que sont le travail, la famille, les amis…
Un Australien travaille en moyenne 41h par semaine, mais lorsqu’arrive 17h, on les retrouve tous en tenue de travail, entre amis, autour d’une biere, sur les terrasses des bars. Tout couple australien a generalement 2 enfants, et possede une grande maison de plain-pied avec garage sur un terrain d’environ 1000m2. Ils vouent d’ailleurs un culte particulier a la decoration interieure de leur maison, ainsi qu’a l’entretien de leur jardin.
En ce qui concerne la religion, ils ne l’affichent pas vraiment et la considerent comme une affaire personnelle. Le catholiscisme arrive en 1er, suivi par l’anglicanisme, presente principalement dans les anciennes colonies britanniques.
Eglise anglicane d’Alice Springs
En revanche, ce qui rassemble tous les australiens (a tres peu d’exceptions pres), c’est le sport.
Plutot du genre a regarder a la tele qu’a le pratiquer, l »Australian Rules Football ou Footy, est le sport australien par excellence. C’est une forme de rugby qui se joue sur un terrain oval, avec dans chaque equipe… 18 joueurs !
Le cricket et le tennis occupent aussi une place importante dans le coeur des australiens.
Et n’oublions pas bien sur le rugby. Alice Springs a egalement son equipe.
Le terrain de rugby d’Alice Springs – En plein coeur de la ville
Cinéma, shopping, sorties culturelles, la consommation va bon train en Australie : salle de restauration et de souvenirs dans chaque musee ; la videotheque vendent toutes sortes de boissons, barres chocolatees et pop-corn avant de partir visionner ton film ; distributeur de billets a l’interieur meme de petits commerces et superette… Les meilleures techniques de marketing sont presentes et c’est notamment grace a cela que l’economie tourne bien en Australie. Le pays consomme.
Ce soir, j’achete un pack de biere. Pour des raisons de disponibilite de chacun, on fete mon depart un jour plus tot. Barbecue dans le jardin.
Depuis 1 semaine, je supplie Rossco, le gerant kiwi (surnom des néo-zelandais) de me faire le Haka. Mais si, vous savez, c’est la danse traditionnelle que font notamment les All Blacks au rugby avant de debuter un match.
Il nous dit qu’il y a une forte symbolique dans cette danse et qu’il ne peut pas la faire sur commande. Ce que je comprends tout a fait.

La soiree se passe jusque tard dans la nuit.

 

11 Fevrier 2011
Nous nous retrouvons tous les 4 : Clara, Julien, Rossco et moi. On va dans l’arriere-cours, un peu en retrait par rapport aux chambres, et on continue la soiree en « petit commité » autour de bieres et de vins australiens.
Rossco s’en va quelques secondes. On se remet a parler francais un court instant avant qu’il ne surgisse a nouveau, torse nu, l’air fier. Il fait d’abord quelques pas avant d’adopter une position d’attaque : mouvement brusque des bras, jambes legerement pliées, froncant les sourcils, serrant les dents, nous regardant fixement tel un combattant pret a bondir. On a l’impression qu’il entre en transe : Le Haka vient de commencer…
Son chant resonne. Inderangeable, il reste concentre sur ses cris et ses gestes : une danse melee d’un chant guerrier profond, qui nous donne la chaire de poule a tous.
Ca ne dure pas longtemps, peut-etre un peu plus d’une minute. Puis il repars comme il est arrive. On mettra plusieurs secondes avant de comprendre que la danse et terminée et on finit par applaudir.
Il revient ensuite tout normalement. Une longue accolade s’en suit pour le remercier de ce cadeau. Et c’etait bien mieux de l’avoir recu dans cette arriere-cours plutot que devant tout le monde.
Je me retrouve avec Julien, qui, finalement, m’aura interviewé un peu tous les jours. Une petite question par-ci, une autre par-la. Sans vraiment que je m’en rende compte, il m’a soutiré pas mal d’infos.
Il est temps de dormir.
Mon dernier jour. Dernier jour entier dans le Red Centre.
Je passe ma journee aux quelques preparatifs d’avant-depart. Envoie d’un colis en France, nettoyage des vetements, Clara, telle une infirmiere soigne depuis 2 jours une infection que j’ai au pied.
Je recouds mon sac a dos, je recharge mon portable. Et je distribue toute la journee les bieres restantes a travers le backpacker – membres permanents autant que les gens de passage – : ecossais, anglais, allemande, autrichienne, hong-kongaise et Julien, qui continue, le soir, a me poser quelques questions sur mon voyage.
Je profite de ces derniers moments jusque dans la nuit. Ca sera dur demain, je le sais.
1 mois et demi passé au meme endroit. Je ne referais jamais ca durant ce voyage.
12 Fevrier 2011
Jusqu’a l’aeroport, j’ai le chant du Haka qui resonne dans ma tete et les vaines imitations des cris aborigenes que l’on s’amusait a reproduire pour se saluer dans le backpacker. C’etait vraiment une super ambiance. J’ai quitté mon boulot, cette petite « maison-backpacker » et les gens qui y residaient… Ca fait beaucoup d’un seul coup. Et je quitte en meme temps cette terre rouge. On s’attache vraiment a Alice Springs.
J’en avais presque oublié la maniere dont je voyageais : seul.
J’ai pas franchement le sourire jusqu’a l’atterissage de l’avion a Sydney.
Il pleut. On ne peut pas dire que la ville soit extremement bruyante, mais la transition est rude entre la chaleur du Red Centre et ici.
Je prends le train de Sydney qui m’amene jusqu’en centre-ville.
Au 1er backpacker que je trouve pour vouloir y dormir seulement une nuit, il me dit que c’est complet, ainsi que tous les autres backpackers qu’il a telephoné dans le quartier.
Je lui demande pourquoi. Il me repond qu’il y a un festival musical important ce week-end a Sydney et que tous les backpackers ont ete pris d’assaut.
Croyez-moi ou pas, c’est une fois sorti bredouille de ce backpacker, a nouveau sous la pluie, que je retrouve le sourire : j’ai retrouve « la galere » !
La bonne vieille galere, celle dont il sera encore une fois difficile de s’en extraire.
Effectivement, trouver une chambre releve du defi aujourd’hui. Et c’est deja la fin d’apres-midi ; dormir dans l’aeroport pour mon prochain vol est impossible car ils le ferment durant la nuit et dormir dans un espace vert non plus puisqu’il pleut des cordes. Que faire ?
On me dit de tenter ma chance a King’s Cross, un quartier de Sydney. Je reprends le train. Arrivé sur place, les 4 ou 5 premiers backpackers affichent complet.
En me rendant dans le suivant, il m’explique qu’il faut y rester au minimum 3 nuits. Je repars encore sous la pluie. Au bout d’un moment, je ne trouve plus rien du tout.
Pas le choix, je retourne au dernier backpacker. Je lui demande 3 nuits, pour n’y rester qu’une seule.
Il me dit que finalement, il en a une de libre pour seulement une nuit. Les australiens sont honnetes. Dans certains pays que j’ai traversé auparavant, ils ne m’auraient pas fait un si beau cadeau.
Je loge ce soir au Blue Parrots, ou je pose mes affaires rapidemment avant de filer dans une salle Internet pour vous raconter mes jours et – ce soir – mes dernieres heures en Australie.
Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

3 réflexions sur « Terre Rouge (6eme partie) »

  1. Bonjour tonton Alex,
    Tu as quitté l’Australie aujourd’hui, maintenant je ne sais pas où tu vas aller.
    Merci pour les photos des kangourous.
    Avec l’école, je suis allé au Festival du court-métrage.
    J’espère que tu vas bientôt revenir
    au revoir
    Arthur.

Répondre à Charlotte Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *