Jours du Seigneur

26 Novembre 2010

Ca y est, j’ai bien dormi dans ma chambre climatisee et mes vetements sont propres de la laverie d’hier. Je retrouve donc la motivation pour partir ce matin.
Je quitte Makassar.
Je prends un bemo qui m’amene dans une mauvaise direction et qui me depose en face de cars qui n’ont absolument rien a voir avec ma prochaine destination.
Le bemo s’en va et je ne sais pas ou je suis dans la ville. Je connais le nom de ma compagnie de car et la ville que je veux rejoindre, c’est tout.
J’entre dans une sorte d’agence ; et apres quelques gestuelles et 2 ou 3 mots d’indonesien que j’ai eu le temps d’apprendre, on me met dans un taxi en direction de la station.

Apres 11h de car, j’arrive en pleine nuit dans la region du Tana Toraja.
On voit des illuminations de Noel un peu partout.

Quoi ? Des illuminations de Noel ?
Isolés dans leurs montagnes, les Toraja sont longtemps restés à l’écart de la religion musulmane dans l’archipel indonésien. Mais la progression des echanges maritimes a fini par permettre la diffusion de l’islam, notamment au Sud de Sulawesi. Pour contrer cette influence, dans les annees 1920, des missionnaires neerlandais entreprirent de convertir les Toraja des hautes terres au christanisme.

Meme si le mode vie des grandes villes du Toraja ne differe que tres peu du reste de l’Indonesie musulmane, on trouve pour autant des croix, des eglises (catholiques et protestantes) et quelques chapelles dans divers endroits de la ville de Rantepao ; la ou je decide de m’installer pendant quelques temps.

A peine descendu du bus, un indonesien me demande d’ou je viens et commence par la suite a me parler dans un francais plutot correct. Je suis tres etonne. C’est vrai ! Vous avez deja rencontre beaucoup de francais parler indonesien ? Je n’ai pas pris la peine de lui demander ou il l’avait appris, mais je compte bien le decouvrir.
Mon hotel s’appelle « Wisma Maria I » (meme le nom des hotels rappellent la chretiennete), et a part des biscuits degueulasses, je n’ai rien avale durant 11h. J’ai le temps d’aller manger dans le restaurant d’en face.
Apres m’etre installe, une personne s’approche de moi pour discuter. Il parle un bon anglais et ce n’est pas le seul ; une assez bonne proportion le parle plutot bien ici.
Ma premiere question est : « Je viens de rencontrer quelqu’un qui m’a parle francais, vous savez ou est-ce qu’il aurait pu l’apprendre ? »
Il me repond qu’il y a plusieurs ecoles a Rantepao ou on apprend l’anglais, le francais, l’italien et l’espagnol. Il me dit que c’est pour le tourisme ; mais je pense aussi que c’est a cause de leur religion qu’on pourrait qualifier « d’occidentale ». Et il me le confirme car meme dans les hauts lieux touristiques (bien plus qu’ici), je n’avais pas rencontre une aussi grande proportion de gens sachant parler anglais.

Je me rends compte que mon hotel est juste en face d’une eglise protestante.
Par contre, n’imaginez pas l’eglise traditionnelle avec ses absides, son chevet, ses contreforts, etc… Ici, pas de basilique ou de cathedrale. Ca ressemble plutot aux eglises evangeliques qu’on peut trouver en France, avec une architecture d’aspect « cubique ». Pour les eglises catholiques, certaines possedent la structure typique en forme de croix, avec sa nef centrale et son clocher. En revanche, elles sont tres recentes, au crepis blancs, comme celles qu’on trouve aux Etats-Unis.

Il est surprenant d’arriver a Rantepao, une des principales villes du Tana Toraja, en plein coeur de Sulawesi, et de voir toutes ses illuminations avec ce petit air frais (on est a 700m d’altitude) qui vous rappelle d’un coup l’imminence des fetes de fin d’annee.

27 Novembre 2010

Beau temps sur Rantepao.

Vue depuis l'hotel. L'eglise protestante est juste en face

Je loue un VTT a quelques pas de l’hotel.

Le passé trouble du Sulawesi Central
Les conflits ont eclate en 1998 et c’est parti d’une simple bagarre entre un musulman et un chretien dans une grande ville. 2 groupes paramilitaires de chaque religion virent le jour en 2000, et s’engagerent dans une lutte acharnee. Armes de machettes, d’arcs, de fleches, autant que de bombes artisanales et d’artillerie lourde, chacun tinrent sa position, Tentena pour les chretiens, et Poso et Palu pour les musulmans.
Meme si un traite de paix fut signe en 2002,  au total, 1000 personnes furent tuees jusqu’a la fin de l’annee 2006. Le conflit s’est relativement calme depuis 2007.
Aucun touriste ne fut pris pour cible, mais la meme chose s’est produite entre chretiens et musulmans dans les Moluques, l’archipel indonesien a l’Est de Sulawesi. Comme quoi, la paix ne tient qu’a un fil. Mais ils ont l’avantage de parler tous la meme langue. L’Indonesie, malgre ces centaines de dialectes differents possede une certaine unite linguistique. Le Bahasa Indonesia se parle dans toutes les iles, meme si pour la majorite, ce n’est pas leur langue maternelle. Une des cles de la reussite est la facilite deconcertante de cette langue : pas de grammaire ou de conjugaison et tres peu d’exception. C’est l’avantage majeur pour une unite dans l’ile de Sulawesi et dans toute l’Indonesie.

En parcourant les rues de Rantepao, je vois 2 eglises catholiques, l’eglise  protestante juste a cote et un seule mosquee. Du coup, on entend un peu moins fort le muezzin ; et moins souvent j’ai l’impression. Peut-etre une des conditions pour que puisse cohabiter durablement ces 2 fortes identites religieuses.

Je me rends a Bolu, au marche traditionnel. En gros, le marche « traditionnel », c’est la meme chose qu’une suite d’etalage comme on peut en trouver dans n’importe quelle rue d’Indonesie ; a part qu’on y ajoute la vente de cochons, de buffles, et qu’on se permet d’etaler le poisson en plein soleil. L’Inspection des Fraudes aurait du boulot ici.
C’est bruyant et les gens negocient fermemement. Je pense qu’il faudrait me payer pour que j’achete quelque chose ici.

L’apres-midi, je parcours, toujours a VTT, les environs de Rantepao ou je vois de nombreuses tongkonan (habitations traditionnelles des Toraja).

Le Tongkonan est le lieu de rassemblement familial

 

Il n'est pas rare de voir plusieurs Tongkonan alignes. Un pour chaque famille

On pense que l’incurvation du toit – aspect incontournable du Tongkonan – represente les cornes d’un buffle, l’animal-fetiche des Toraja, symbole de richesse et de pouvoir. Il occupe une place tres importante dans les ceremonies religieuses, quelle que soit la religion. On peut voir egalement sa tete sculptee a l’entree de certains Tongkonan, et partout, on retrouve statues et silhouette de l’animal.

 

Un village du Toraja

 

 

Un petit bout du Tana Toraja

Je pars ensuite en direction de Ke’te Kesu (non, je n’ai pas fait une faute de frappe), connu pour son ensemble d’habitats traditionnels.

Tongkonan de Ke'te Kesu

La particularite des Tongkonan est qu’ils ne peuvent etre ni achetes ni vendus. Un Tongkonan reste aux mains de la meme famille pour toujours. Mais le manque de confort de ces habitations a conduit peu a peu les familles a vivre dans des maisons toutes neuves construites juste a cote de leur Tongkonan.
Par le passé, Ke’te Kesu abritait une tradition funeraire assez particuliere : celle des tombeaux suspendus. En s’enfoncant un peu plus dans la foret, on trouve des caves a l’interieur desquelles le defunt reposait dans un tombeau.
J’entre d’ailleurs dans une de ces caves en compagnie d’une allemande et d’un groupe de jeunes filles accompagnant la dame. L’interieur de la grotte fait 80m de long et on trouve ca et la, de nombreux ossements.
En ressortant, je vois finalement ces tombeaux suspendus a la falaise :

Tombeaux suspendus de Ke'te Kesu

J’ai le temps de voir uniquement le Sud de Rantepao aujourd’hui.
La nuit tombe. Je rentre.

28 Novembre 2010

C’est dimanche, on entend les cloches sonner de l’eglise catholique. Dans beaucoup d’endroits (cafes, restaurants…), j’entends a la radio ou (de la bouche des gens d’ailleurs), des celebres chansons de Noel traduites en Indonesien tels que « Merry Christmas » ou « Jingle Bells ». Hier soir, un concert de rock, rythme par de nombreux « Halleluyah » se tenait dans l’eglise protestante.
L’air est frais le matin, rien a voir avec Makassar. Si la temperature grimpe un peu en journee, ce n’est pas une chaleur humide. On respire.
En prenant le petit dejeuner, j’entends « Douce Nuit » en indonesien, chanté en coeur.
Je baigne dans une atmosphere vraiment particuliere ; melange entre islam national, maisons traditionnelles, chretiennete, illuminations (dans tous les sens du terme) et chants de Noel.
La messe de l’eglise protestante m’intrigue : je les entends vraiment chanter avec ferveur.
J’enfile un pantalon et un tee-shirt a manche longue, histoire d’etre un peu presentable, et je traverse la rue.
Je reste devant la porte ouverte jusqu’a ce que l’assistant du fond m’invite a m’assoeir. L’interieur carrelé ressemble a n’importe quelle salle polyvalente de France, et le pasteur tient un discours vetu d’un costume-cravate, tantot calme, tantot elevant la voix. Les gens sont bien habilles. Robes a fleurs pour les femmes, chemise sous un pull sans manche pour les hommes. Tout est en indonesien (forcement) et la messe a debute depuis longtemps.
Chacun tient une bible entre les mains. Je me leve lorsque les gens se levent, mais je reste discret au fond de la salle, assis juste a cote de l’assistant. J’en profite quand meme pour lui poser quelques questions. Il s’appelle Jerry. Au passage, j’ai rencontre deja 2 John depuis mon arrivee, et ce ne sont pas franchement des noms couramment utilises dans le reste de l’Indonesie. Meme pour les prenoms, les missionnaires ont l’air d’avoir bien fait leur travail. Il est « apprenti pasteur » et me traduit quelques mots des psaumes retranscris en direct sur 2 ecrans geants. Le pasteur reste debout sur l’estrade, une main sur son pupitre, l’autre main tenant le micro.
La messe est rythmee par un orchestre de « rock classique » : batterie, guitare, clavier et de 5 chanteuses formant le choeur gospel.
La encore, n’imaginez pas une scene de « Sister Act » ou les gens se mettent a pivoter sur eux-memes tout en tapant des mains ou bien James Brown entammant une danse Soul comme dans les « Blues Brothers ». Les gens chantent debout, certes avec entrain, mais sans bouger.

Je m’eclipse avant la fin de la messe pour louer le meme velo que la veille.
Direction le nord de Rantepao.
Sincerement, je ne regrette pas d’avoir fait autant de kilometres. Cette richesse culturelle et religieuse vaut vraiment le detour.

 

Cette eglise est une illustration parfaite du Tana Toraja. Melange entre religion et tradition, avec son toit avancé en forme de corne. Elles ne sont pas toutes comme ca.
Vue de face. Le travail de gravure sur bois est propre a tous les Tongkonan

Les paysages sont vraiment superbes. On cultive le riz et le ble notamment. La plupart des cultivateurs sont coiffes d’un chapeau que nous appelons grossierement « chapeau chinois ».
Le fond de l’air est frais. C’est vraiment agreable de rouler avec un bon VTT dans ces contrees.

Un autre petit bout du Tana Toraja

Je continue a grimper.

C'est un vrai buffle qui se trempe dans la boue. On attache une boucle en fer dans son museau qu'on relie a une corde plantee au sol

Mon ascension est rythmee par de la foret et quelques rizieres de ce genre :

Rizieres

De 700m, je monte progressivement durant 3h jusqu’a plus de 1300m.

Un dernier petit bout du Tana Toraja a plus de 1300m d'altitude

J’ai passe 2 jours complets vraiment agreables dans le Tana Toraja. Les habitants de cette region sont vraiment aimables. Ils n’insistent pas pour te vendre quoique ce soit. Aucune agressivite commerciale.
Durant mon ascension, j’ai entendu je ne sais combien de « Hello Mister ». Ils ont le sourire aux levres, chantent et plaisantent facilement. Il n’y a pas de moqueries chez ce peuple des montagnes, comme j’ai pu en subir a Sumatra parfois et a Java ; exception faite, encore une fois, lorsque j’etais dans les hautes terres du volcan Bromo. Ca confirme bien la regle comme quoi l’humilite regne lorsqu’on monte en altitude et que travail, effort et esprit d’entraide forment le quotidien. Le Nepal en a ete le premier exemple pour ce voyage.

La route a ete longue, mais j’ai croise tellement de gens aimables, qu’on en oublie la difficulte.
Je redescends la montagne a bon rythme en evitant les quelques ornieres.
En bemo, ca aurait ete l’horreur. A velo, c’est du pur bonheur !

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

2 réflexions sur « Jours du Seigneur »

  1. salut! ça va toujours? je reprends des nouvelles de ton périple et j’avoue que qq trucs m’ont bien fait marrer, du genre :  » quelque argent.. »  » l’inspection des fraudes.. »bon tout ça n’est rien comparé a la jalousie qui m’envahit en suivant ton blog..héhé..mais ces petits clins d’oeil s’intégrent très bien dans ton récit..
    « ses absides, son chevet, ses contreforts, etc… »
    et je constate que le ballon sur la photo du vrai buffle qui se trempe dans la boue..est peu gonflé, aurais-tu enjambé une barrière et pris la photo en speed? as-tu eu peur alexandre..?? : )
    allez, je reprends la lecture, ( oui je lache mes com’s au fur et a mesure avant que j’oublie mes réflections..)
    et oui et sinon ben en france c la vague de froid, tout est enneigé ( quasiment ), ils ne parlent que de ça aux infos( plus que de la corée du nord qui à bombardé une ile de corée du sud et que des portes avions US sont arrivés aux cotes…)
    allez, je te laisse, moi je vais aller enfiler une 2ème paire de chaussettes et un 2ème pull…
    tchuss!

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