L’aventure dans l’Aventure

17 Octobre 2010

Namche Bazar (3440m)
13eme jour dans le Solu Khumbu

Je suis arrive a Namche hier en fin de matinee, la ou j’ai pu vous raconter tout ce qui s’etait passe depuis mon depart de Namche justement, 8 jours auparavant.

 

Humeur sherpas

L’humeur des sherpas
Et bien elle est plutot bonne l’humeur des sherpas, a 2 ou 3 choses pres. Certains nepalais qui tiennent un petit commerce dans les villages de montagnes ne sont pas vraiment « commercialement agressifs ». L’autre jour, je demandais des piles a un commercant ; il m’a repondu que ce qu’il vendait n’etait pas efficace et qu’il valait mieux les acheter chez l’autre commercant plus haut.
C’est une situation qui ne se serait jamais produite en Inde !
Les sherpas ont de grandes qualites physiques : force, resistance au froid et a la douleur, endurance…
La plupart des trekkers (et moi aussi) ajouterons volontiers : sensibilite, sens de l’humour, courtoisie, tolerance, gaiete…
Un sens collectif anime les sherpas et c’est du aux conditions de vie particulierement rigoureuses dans lesquelles ils vivent.
Cela va de la simple generosite (invitation a boire le the, participation aux travaux de l’autre famille) jusqu’au sauvetage de trekkers en detresse.
Lors de l’immigration tibetaine qui a suivi l’invasion chinoise, nombreux sherpas du Khumbu ont prete assistance aux refugies tibetains.
Pour autant, on ne peut pas dresser non plus un portrait trop idyllique du sherpa. Ici, l’homme reste le maitre de maison. La femme travaille toute la journee tandis que le mari s’accorde des haltes pour boire du raksi (alcool de riz traditionnel tibetain et nepalais) ou lire des prieres.
Les femmes que je voient ne sont pas malheureuses. La gaiete est presente a tout moment. On les entend souvent rire entre elles. Mais il n’empeche qu’ici, une fille n’allant pas a l’ecole n’a pas d’importance. En revanche, le fils doit recevoir une education et avoir ete souvent en contact avec les occidentaux.
On est loin de la deplorable condition feminine indienne, neanmoins, on reste dans une societe traditionnelle sherpa des hautes terres : education stricte des enfants, respect des traditions, superiorite de l’homme sur la femme.

Nous quittons Namche.
Desormais, nous sommes sur la meme route qu’a l’aller. Nous redescendons tranquillement.
Les touristes que je croise me demande d’ou je viens. Ils me posent plusieurs questions sur le Mont Gokyo. Je n’hesite pas a leur donner quelques conseils : boire de l’eau, manger de l’ail (ils font une drole de tete quand je leur dis ca), boire de la soupe, du the et ne pas negliger les 24h d’acclimatation a Namche Bazar.

Points de reperes
Lorsqu’on juge les montagnes nepalaises, on a tendance a vouloir les comparer trop facilement avec celles d’Europe.
Dans les montagnes europeennes, les forets s’arretent a 1800m. Dans le Solu Khumbu, elles peuvent atteindre 4200m. En Europe, les villages sont rares au-dessus de 2000m. Dans le Solu Khunbu, vous avez vu qu’elles sont perchees en moyenne a 4000m d’altitude. Dans les Alpes et les Pyrennes, les alpages sont entre 2000 et 2500m d’altitude. Dans le Solu Khumbu, ils atteignent 5500m par endroits.
De ce fait, de nombreux trekkers ne prennent aucune precautions et finissent par se faire rapatrier pour cause de graves problemes de sante allant jusqu’a l’oedeme pulmonaire ou cerebral.
Il est conseille de ne pas venir avec un adolescent, plus sujet que les adultes aux oedemes. Emmener des enfants en bas-ages ou des nourissons peut etre considere comme criminel.
La montagne est dangereuse, une trentaine de mort par an dans l’Himalaya (source : Vish).

Et pourtant, que la montagne est belle !…

Au moment d’une pause, je m’installe sur un banc en pierre, sac a dos en premier ; au meme moment qu’un porteur, sa cargaison en premier.
Expiration synchronisee.
Il est vieux et porte le double du poids de mon sac. Avec le sourire, on se fait un signe de tete. Objectifs differents, effort commun…

Nous arrivons a Phakding en debut d’apres-midi

18 Octobre 2010

Phakding (2610m)
14eme jour dans le Solu Khumbu.

Nous restons 24h de plus a Phakding. Nous avons 1 jour d’avance.

Temps grisatre a Phakding

Et il s’en passe des choses quand on s’attarde au meme endroit. Janga me presente a sa famille et ses amis. Ils m’invitent a prendre le the dans leur maison. Une partie est amenagee pour le commerce. On y trouve de tout. On discute du Nepal, de Bouddha, de Zidane qui viendra au Nepal, parait-il, dans quelques temps.
On a le temps de se battre avec la machine a carte bleue. On a convenu d’une combine pour que j’ai quelques billets sur place avant d’arriver a Kathmandu. La transaction dure une eternite (en meme temps, Phakding-Kathmandu-Clermont-Ferrand-Kathmandu-Phakding peut prendre un certain temps…).
A l’interieur de la maison, on trouve des casseroles, des soupieres, des theieres, le feu toujours allume, une grande table en bois pour accueillir toute la famille, une photo de divinites, une autre d’une star de la television nepalaise, un calendrier et un vieux poster des Beatles.
Un des amis de Janga me propose de rester pour manger, mais je refuse. Je n’ose pas. Je me sens redevable apres.
En retournant a mon lodge, je croise un autre ami de Janga, assis sur un banc, entamant un morceau de guitare : « Where did you sleep last night » de Nirvana ! Ca change des musiques nepalaises a l’eau de rose.

C’est vraiment un petit village ou tout le monde se connait. Janga m’avait laisse le choix entre rester 24h a Namche ou rester ici, a Phakding : j’allais pas lui priver de sa famille et de ses amis (la plupart vivent ici) sous pretexte qu’il y a plus de vie a Namche et que la ville est plus grande.
Ca m’a permis d’entrer dans des chaumieres, de voir a travers leurs fenetres les quelques touristes passant dehors.
Etrange impression que d’etre « de l’autre cote ».

19 Octobre 2010

Phakding (2610m)
15eme jour dans le Solu Khumbu

Nous faisons quelques metres dans le village pour que Janga dise au revoir une derniere fois a sa famille.
On entre dans le lodge familial. On m’offre un the.
Toute la famille sait que je fais un tour du monde.
Avant de partir, une de ses soeurs me tend une echarpe blanche.
Je me penche pour qu’elle la place autour de mon cou.
Je me redresse puis me repenche a nouveau, les mains jointes sous le menton.
C’est comme ca qu’on accepte un cadeau au Nepal…
Et c’etait un superbe instant.

Nous partons.

En chemin, Janga semble triste. Il me dit que peut-etre, il ne reviendra pas a Phakding pendant tres longtemps. S’il est guide en haute montagne, tous les groupe qu’il encadre n’ont pas forcement le Solu Khumbu pour destination.
En guise de compassion, je lui dis que moi non plus, je ne reverrais pas ma famille et mes amis pendant plusieurs mois.
Ca finit par passer en marchant (tout fini par passer quand on marche…).
Le soleil etait present ce matin mais il se met a pleuvoir a nouveau cet apres-midi.

Sur la route de Lukla

Nous arrivons a Lukla.

20 Octobre 2010
16eme (et dernier) jour dans le Solu Khumbu.

Et voila, apres un rhume, une toux, le mal des montagnes, 190 mouchoirs et 4 stick a levres, me voici de retour a Lukla, juste a cote de l’aeroport.
Les nepalais se bouchent les oreilles lorsqu’un avion approche.
Au pied de leur maison de pierre, c’est le monde moderne qui decolle et atterit sans cesse.
Le monde moderne : du bruit…
J’en avais perdu l’habitude ces 15 derniers jours.

L’avion a quelques heures de retard a cause d’un temps qui varie d’heures en heures.

Et finalement, me voici de retour a Kathmandu.

Comment supporter un tel choc ?! Tout ce que j’entendais dans le Solu Khumbu, c’etait les cloches des yaks, les voix des moines priant Buddha, et le son de la toute petite brise qui faisait voler cette longue echarpe blanche…
J’arrive a Kathmandu beaucoup trop couvert. Il y a du bruit partout ; les voitures, les taxis et tous ces klaxons. Il fait chaud.
Je n’ai qu’une envie, retourner dans les montagnes. Celles que j’avais pourtant deteste au debut, qui m’ont rendu tellement malade et que j’ai fini par aimer.
Un taxi me depose dans le quartier ou habitent Vish et Sophie. J’en profite pour manger quelque chose avant d’aller les voir.
Ils vont devoir me consoler car je vis la pire apres-midi depuis le debut de ce voyage.

Comment trouver le courage de continuer…

2 réflexions sur « L’aventure dans l’Aventure »

  1. mon Roger tu vas la trouver la force de continuer, tellement de belles choses t’attendent encore! ca n’est que le debut! courage mon pti, on est derriere toi chaque jour et on pense à toi… jtembrass fort..

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