Epanadiplose

9 Septembre 2011 (suite et fin)

Je pars faire quelques courses dans une épicerie de l’avenue Charras, puis je retourne à la gare pour obtenir l’information précieuse, à savoir : comment rejoindre le Puy-de-Dôme…
L’hôtesse de l’accueil SNCF me répond : « les navettes Puy-de-Dôme et Vulcania, c’était jusqu’au 4 septembre monsieur »

Je demande alors quel bus m’amènerait au plus près du volcan. Elle me conseille de prendre le « B » jusqu’à son terminus, au centre-ville de Royat. De là, je verrais bien… Ca me fait au moins sortir de Clermont, c’est déjà ça.

Je prends le ticket directement dans le bus. Je traverse la ville, mon ancien lycée, la Place de Jaude, la rue Blatin…

Arrivé au terminus, je demande au chauffeur s’il y a encore des navettes partant de Royat. Sait-on jamais :
– « Y doit y en avoir, mais aujourd’hui, j’en ai pas vu… »
– « Parce qu’à la gare, on m’a dit que c’était jusqu’au 4 septembre »
– « C’est vrai qu’on est déjà en septembre… si ça passe pas à la gare, ça passe pas ici. Tentez l’autostop sinon. Pour y être, il faut bien 10 kilomètres. Ca y monte bien un peu, surtout avec un gros sac comme le votre… »

Bon… et bien on va y monter un peu à pied, s’y pointer à la sortie de la ville et y commencer l’autostop…

A peine je marche sur 50m qu’un homme dans une camionnette à l’arrêt me propose de monter. Je lui demande s’il se rend vers le Puy-de-Dôme. C’est sur sa route.
Je suis un peu étonné et je lui fais savoir :
-« C’est bizarre, le 1er autostop que j’ai fait, c’était il y a 1 an, et dans ce même genre de camionnette »

C’est un véhicule utilitaire, et pendant un instant, j’ai presque cru que c’était justement la 1ere personne qui m’avait pris en autostop, le matin d’un certain 16 Août 2010…

Il se dirige vers l’Ouest, et me dit qu’il peut me déposer à Manson. C’est exactement là où je voulais aller !
Je lui raconte mon parcours. On discute de l’Inde où il est allé il y a une dizaine d’années.Quand routards rencontrent anciens routards…
Il a fait un bon détour sur sa route pour me déposer à l’entrée de Manson. Et je le remercie :
– « Votre prénom, c’est quoi ? »
– « Olivier »
En souriant, je lui réponds :
– « C’est bon, vous serez sur mon blog, je marque tout ! »
Surtout que c’est la toute dernière personne de ce tour du monde a m’avoir pris en stop… Le reste se fera à pied.

Je parcours 2kms à pied avant d’arriver sur un lieu connu : un champ valonné ; c’est ici que j’ai pris la photo de la page d’accueil de ce blog. Un ballon – bien gonflé à l’époque – et au fond, la chaîne des Puys.

Il est 15h, et nos retrouvailles sont prévues pour demain. J’ai tout le temps de filmer les alentours, me préparer quelques tasses de thé au camping-gaz, et aussi… méditer sur tout ce qui m’attend… J’essaye de garder l’esprit clair ; pour le moment, pas d’affolement, je suis juste en face du volcan, je n’ai plus à m’inquiéter pour demain. Je serais là-haut, c’est certain.

Aujourd’hui, j’arrive dans ce champ avec un sac rempli de souvenirs. L’idée, c’est de déballer ce que j’ai pu amasser durant mon voyage ; et même si je n’ai pas acheté de « souvenirs » à proprement parlé, j’ai beaucoup de pièces rapportées d’un peu partout dans le monde comme un sac en plastique de Slovénie, une carte des Balkans achetée en Albanie, un chargeur et un portable australien, des bas de laine de Bolivie, des bandes-genoux du Népal, un déodorant et une crème à raser de Milan, un manteau de San Francisco, une sacoche pour appareil photo d’Istanbul et une crème contre les allergies cutanées elle aussi de Turquie, un pass bus/métro de Saõ Paulo, un sac en tissu et un carnet de note de Panama, une crème anti-douleur de Ljubljana, un livre qu’on m’a offert à Jérusalem, un camescope et son mode d’emploi du Brésil auquel j’ai ajouté un microphone (de France), une crème et un spray anti-moustique d’Indonésie, la carte d’un kebab d’Amman en Jordanie, la carte d’un taxi à Sainte-Catherine dans le Sinaï, une crème solaire d’Athènes, un bracelet qu’une jeune colombienne m’avait offert à Bogota, du baume du tigre de Delhi, un cadenas du Cap, un trépied et un faux-portefeuille de Mexico, une carte de visite que m’a offert une brésileinne à Harlem, une carte téléphonique namibienne, un guide de poche de la banque australienne ANZ, une carte de membre du casino Emperor’s Palace de Johannesbourg, la carte de visite du Alice’s Secret d’Alice Springs, un chargeur de camescope du Caire, un bout de tissu de Tel-Aviv, un collier de Washington D.C, un shampoing de Katmandou, un labello de La Paz, des mouchoirs de Kalabaka en Grèce, un maillot de bain de Bali, un tee-shirt d’Adventure Tours Australia et enfin un embout de camping-gaz de Perth. Et encore, je n’ai pas tout sorti du sac…

Allez, on se ressert un peu pour la photo. Souriez !

Je mange une partie de ce que j’ai acheté à l’épicerie. Le reste sera pour demain matin et midi, histoire d’avoir quelquechose dans le ventre pour « l’assaut final ».

Le soleil se couche doucement. Je me déplace de quelques dizaines de mètres en contrebas pour lancer ma tente. Ici, j’aurais été trop exposé au vent.
La chaîne des Puys et ses alentours… ça n’a pas changé, c’est toujours aussi beau. Le ciel est clair, les étoiles scintillent ; ce soir, c’est ma toute dernière nuit…

10 Septembre 2011

Bonne nuit de sommeil, moins agitée que j’aurais pu le croire. Je me rappelle ma 1ère nuit ; c’était en Suisse et je me posais tellement de questions dont « pourquoi avoir pris la décision de partir aussi longtemps ? ». Et maintenant, d’autres questions apparaissent : comment les gens qui m’ont connus avant vont me voir à présent ? Et comment je vais me comporter face à eux ?

Je prends le petit déjeuner tranquille, j’attends jusqu’à midi puis j’empoigne enfin mon sac. C’est parti !
Je passe les prairies…

...puis j'attaque la forêt...

… avant d’en ressortir, de traverser la route, et d’arriver au pied du Puy-de-Dôme.

Il est déjà 15h, je n’ai plus d’eau, je dois entrer dans l’auberge des muletiers :
– « Bonjour, il m’aurait fallu une bouteille d’eau »
– « Petite ou grande ? »
– « Petite, ça devrait suffire pour monter le Puy-de-Dôme »
– « Mais vous venez d’où ? »
– « Euh…de là-b…d’ici… en fait je fais un tour du monde et j… »
– « Vous êtes Alex ? »
– « Oui »

C’est dans ce restaurant que nous sommes censé faire « l’après-sommet ».
Elle me demande si j’ai vu les petits ballons et la pancarte à l’entrée. Pour l’instant, je n’ai rien vu. J’ajoute :
– « Je suis en retard, on doit m’attendre là-haut »

Elle confirme en souriant.

Je ressors du restaurant, je vois la pancarte que vous m’avez écrit. Merci.

J’attaque le volcan…

Tout se mélange dans la tête. J’ai fais attention de revenir en douceur sur le continent européen, puis en France, mais rien ne me prépare vraiment au retour final… Ca fait tellement longtemps que je ne vous ai pas vu… Comment sera ma réaction… la votre…
Pendant ce tour du monde, j’ai refusé que ma famille m’envoie des photos d’eux, l’anniversaire des enfants, etc… c’était trop difficile pour le moral… Durant tout mon voyage – et particulièrement lorsqu’on voyage seul – on a l’esprit divisé en permanence : on a hâte de rentrer, revoir la famille, heureux d’imaginer les blagues qu’on se ferait entre amis. Et 5min plus tard, on voudrait que ce voyage ne se termine plus. De l’amour des siens, on bascule vers l’égoïsme, et inversement…Le voyage commence par de la crainte, de la réticence, pour finir dans la pleine acceptation de la culture dans laquelle on s’immerge. Le voyage, c’est avoir l’impression, avec le recul, qu’un autre soi avait pris le dessus. Ne plus se reconnaitre durant un temps. Beaucoup de choses de la France s’effacent temporairement. On culpabilise de cela après coup, mais c’est normal, car durant plus d’1 an, j’étais entièrement tourné vers l’Autre, son pays et son quotidien à lui. Il est alors facile d’être déconnecté de la vie française, de la voir comme un lointain souvenir. De mon côté, j’avais ce blog et tous les autres médias que l’on connait. Un cordon ombilical qui m’a permis de ne pas perdre pied, et c’est ce qui m’a fait conserver l’objectif du sommet, jusqu’au bout.

Epanadiplose, vous vous souvenez ? Cette histoire a commencé au sommet du Puy-de-Dôme, elle s’achève au même endroit.

Je vous vois.
On réalise alors toutes les personnes qui tiennent à vous, à peine la ligne d’arrivée franchie. En un instant, j’occulte complétement tout ce qui s’est passé durant plus d’un an pour enfin savourer l’instant. Rien n’est désormais plus important que maintenant… Je suis encore dans un état second, à vouloir profiter au maximum de ce moment de bonheur ; un moment comme ça qui n’arrive qu’une seule fois dans une vie…

J’ai traversé 42 pays en 390 jours et je remercie tout ceux qui m’ont suivi sur ce blog, qui m’ont soutenu moralement et ceux qui se dressent devant moi en ce moment, par cette belle journée d’été. A tout ceux-là, je leur fais des bises, des bises à tous…
On s’est retrouvé au sommet !

FIN

18 réflexions sur « Epanadiplose »

  1. bon ça y est tu m’as fait verser une larme!
    très heureuse d’avoir croisé ta route Alex! profite bien de ton retour, prends le temps de te réacclimater, puis à très vite pour me raconter tout ça en vrai!
    bisous

  2. eh oui, les petites larmes sont là aussi!!! ah ces femmes-mamans
    bravo bravo , encore milles mercis pour tous tes messages ,
    bizzzzzzzzzzzzzzzzzzzz josiane
    Aurélie se joint a moi pour te féciliter

    1. Merci beaucoup. C’est le retour à la réalité, mais quelle après-midi et quelle soirée fantastique ce 10 septembre 2011 ! Gros bisous et encore merci à toutes les 2 de m’avoir suivi pendant plus d’un an.

  3. Enfin de retour Alex. 390 jours à t’attendre, c’était long.. mais quelle joie à l’arrivée et que d’émotions! Je suis très fière de toi, de ce voyage que tu as réalisé et de la façon dont tu l’a partagé avec tous. Bise. Maman.

    1. Merci mon ptitou, et bon courage à toi en Bolivie et à la plupart de ses routes dans un état lamentable. Finalement, il n’y a qu’au Salar d’Uyuni que ça roule bien ! Envois des news. Bye

  4. BONJOUR ET BIENVENUE
    Merci de nous avoir embarqués dans cette superbe aventure.
    Entrer dans la peau du « voyageur immobile » c’était palpitant à chaque courriel
    ça va nous manquait…..mais bon retour ….et BRAVO
    Nous attendons le bouquin retraçant ce périple captivant .
    FELICITATIONS…il faut le faire !!!!! BRAVO

    1. Merci beaucoup pour vos messages (je me souviens que celui-ci n’était pas le 1er que vous m’avez envoyé). Je garde aussi encore ce réflexe de vouloir me rendre sur ce blog et d’y écrire quelques mots. C’est désormais bel et bien fini, et le retour au sommet était un journée tout simplement magique. Encore merci.

  5. Tu m’as manqué pendant 390jours et je suis enchanté par ton retour. Je me suis passionné pour ton aventure et mon réflexe reste encore la visite quotidienne de ton blog dans l’éventualité de découvrir une petite émotion supplémentaire. Ton récit coulait et captivait mon attention. Le prolongement par l’écriture d’un livre ou un film d’aventure est à ta portée. Est-ce possible?

    1. Merci beaucoup Ambre. Ce retour au sommet après 1 an de voyage était encore plus beau que ce que j’avais imaginé. Prends soin de toi aussi. Gros bisous

  6. Allez un dernier pour la route, cette journée était géniale, un grand merci aux aubergistes pour leur gentillesse, une grande ovation pour la famille Brun (maman, papa, soeur, neveux, nièces, cousins…et j’en oublie sûrement) et un grand bravo à leur fils, frère, tonton, cousin de voyageur fou!

  7. Bonjour alex,
    Je viens de découvrir ton site depuis peu. Et je suis très contente si tu me réponds car je vois que les coms datent d’un an.
    Je suis d’origine sloven et je suis allée deux fois à Bovec afin de connaître ma famille. Mais le temps m’a manqué afin de voir mes origines car je vis en Belgique. Je ne sais pas si tu as vu la ruche de Matija Komac, dans la vallée de Bavsica, qui a été rénovée, celle ci est vieille de 170 ans. Elle appartenait à mon grand grand père (Anton Komac) qui la détenait de sa maman Pepa. Mais on m’a dit que la ferme de Pepa Komac existe toujours dans la vallée de Bavsica mais je n’ai aucune foto… et je n’ai pas pû me rendre sur place car je l’ai appris la vielle de mon départ… sniff. Je pense que l’adresse est « la vallée de Bavsica, 12 ».
    Et comme tu étais chez Alison, et chez un vieux couple de sloven (Camela et je ne sais plus son nom, sorry) peut-être as tu des fotos du style de ferme afin que je puisse mettre une image sur le lieux de naissance de mon grand père Aloiz Komac vu que Pepa était sa grand-mère. Voilà quelques détails du comment et du pourquoi… j’ai des fotos anciennes de Bovec à Mala Vas là où il vivait…
    Bien à toi,
    Magali

Répondre à KTI Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *