La Dolce Vita

4 Septembre 2011

Alison me prépare le porridge de départ. Je fais mes bagages et la remercie pour ces 2 semaines en sa compagnie.

Je dois partir a pied comme prévu, suffisamment en avance, au cas ou je dois faire la route sans rencontrer de voiture.
Mais au bout de 20min de marche dans la vallée de Bavsica, un couple me récupere en voiture pour m’amener jusqu’a Bovec.
Je suis tres en avance. Mais en regardant les horaires de bus, je constate qu’ils ne corespondent pas avec ce qu’on m’avait indiqué il y a quelques jours a l’office de tourisme.
J’y retourne justement pour plus d’infos.
Mon bus est a 13h15, mais il va a Tolmin, a peine a mi-chemin de Nova Gorica, ma vraie destination.

De Tolmin, le responsable me dit qu’il faudra attendre jusqu’a 17h45 avant de partir a Nova Gorica…
On est dimanche, voila le probleme… J’aime pas les dimanches en voyage…

Je retourne a l’arret de bus, qui est proche du parking du supermarché. Le temps est mitigé. La meilleure solution pour aujourd’hui, c’est l’autostop.

Je cherche sur le parking les quelques voitures auyant une plaque d’immatriculation italienne. Elles sont trop peu nombreuses, sans parler de la faible possibilité qu’ils rentrent en Italie apres avoir fait leur course…

Je reprends mon sac, j’ai une autre idée : trouver un carton, marquer ma destination et me pointer a la sortie de la ville. Durant mes recherches, je tombe sur Matt et Tim. Ils étaient parti la veille de Bavsica pour une marche de 2 jours.
Je les trouve devant la boulangerie. Matt me conseille d’aller au supermarché pour récuperer un carton. Bonne idée.
Je pars ensuite a la sortie de la ville et je sors un gros feutre qui… ne marche plus depuis le temps… d’ou est-ce qu’il vient… d’Indonésie je crois… bon je prends un stylo et j’écris en gros caractere : NOVA GORICA.

Je suis a la sortie de Bovec. 1/4 d’heure d’attente avant que quelqu’un s’arrete.
Un slovene sportif (le kayak est sur le toit) m’arrete a un 1er patelin. De la, un autre slovene me dépose a Tolmin. Et de Tolmin, une caravane allemande me dépose a l’entrée de Nova Gorica.

Cette ville est contigue a Gorica, coté italien. 1 km de marche, 1 simple panneau aux 12 etoiles sur fond bleu, il est presque 14h, j’entre en Italie, ma petite préférée ! Pour avoir eu l’occasion de le pratiquer en Slovénie, l’italien revient finalement assez vite.

Les panneaux d’indications sont a nouveau compréhensible pour le commun des latins.
Je cherche la gare. J’interroge un riverain. Il me dit qu’elle est a 3 ou 4kms d’ici. Il me conseille de prendre le bus, a l’arret d’a coté. Il arrive 20min plus tard, pour me déposer devant la gare.

Je n’aurais pas pu faire mieux depuis Bovec. Et pas un euro de dépensé. Meme le chauffeur du bus m’a fait cadeau du ticket que je devais normalement acheter au préalable dans un bureau de tabac.

J’ai presque 1h pour casser la croute. Ce sera dans le snack de la gare, tout en lisant Il sole 24 ore, le journal.

Il est maintenant 15h40, j’embarque dans le train Trenitalia. Le ciel est gris. Une courte pluie passagere.

Que dire du paysage et des habitations, sinon qu’elles ressemblent fortement a la France. On s’en rapproche lentement…
On a quitté les Alpes pour une terre plus plate et un tout autre genre de population. En revanche, ce qui ne ressemble a aucun coin en France, c’est la ville ou je m’apprete a débarquer.

J’ai gardé contact avec Virginia que j’avais rencontré a Tel-Aviv. Elle m’a dit de ne pas hésiter a l’appeler si j’avais l’intention de passer par Venise. Il ne fallait pas me le dire 2 fois. Venise est au Nord de l’Italie, c’est une superbe destination avant de rentrer en France pour de bon.

J’arrive en gare de Venezia Mestre. Ce n’est pas la que je m’arrete : on est encore sur la terre ferme. Le vrai terminus, c’est Venezia Santa Lucia.. Et pour cela, il faut traverser un pont ferroviaire et routier avant d’atteindre l’ile.

Il est maintenant 17h40, et Venezia se présente a nos yeux des la sortie de la gare : les maisons, les gondoliers, un pont de pierre surplombant le Canale Principale a peine 50m en sortant de la station.

J’appelle Virginia d’une cabine. Elle passe me chercher avec un de ses potes de classe. Etudiante le design artistique a Londres, vivant a Milan, originaire des Puglia (le talon de la botte), elle est en vacance a Venezia, dans l’apaprtement familiale, en plein coeur de la ville. Elle m’emmene dans les dédales de ruelles et de canaux qui fait de Venise ses principales caractéristiques. Je dépose toutes mes affaires dans le spacieux appartement. Elle insiste pour me dire de faire comme chez moi.

Je pars a la douche avant qu’elle vienne me dire : « On a 10 minutes pour rejoindre le bateau pour Lido, pour la Mostra ».
Lido, c’est une ile, au sud de Venise, toute proche. Les parents de Virginia y sont déja et se sont débrouillés pour avoir des places pour nous : 2 films en avant-premiere au festival de cinéma de Venise.
C’est parti pour la course dans les rues du quartier San Polo. Les lignes de bateau a Venezia, c’est comme le métro pour Paris : il y a des lignes aux arrivées ponctuelles numerotées, des stations (quai) et des billets a composter. Elles sont devenues indispensables aux riverains. Avec les arrets, il faudra compter 35min avant d’arriver a Lido.
Toujours au pas de course, il faut prendre un taxi, puis courir encore jusqu’a atteindre le grand chapiteau de la Mostra.
Silence, on est dans le noir, on aura juste loupé 5min du 1er film. Je trouve une place, me voila enfin installé.
C’est maintenant que je peux enfin réaliser : ce matin je me levais au milieu des montagnes slovenes. Ce soir, je suis au festival de cinéma de Venise a regarder une projection, assis entre 2 italiens.

C’est l’entracte, je rencontre les parents de Virginia. On parle un peu, mais pas longtemps : la 2eme séance arrive.

Un film ennuyant, inintéressant, sans histoire. Je suis a 2 doigts de m’endormir. Vu la journée que j’ai passé, ca peut se comprendre…

5 Septembre 2011

La séance se termine a minuit.

Retour sur la meme ligne de bateau. Nous empruntons a nouveau le Canale Principale, celui qui longe la Piazza San Marco, et d’autres monuments de la Renaissance. Eclairés aux lumieres des réverberes qui viennent la nuit se réfleter sur l’eau du canal, la ville est tout simplement magique !
Dans les rues, c’est calme. On peut trouver encore un peu d’animation vers les points stratégiques et touristiques, comme la Piazza San Marco ou le Ponte di Rialto. A part ca, pour trouver quelquechose d’ouvert dans le quartier San Polo, c’est presque impossible. Juste un petit snack est ouvert. Nous prenons la pizza de 3h du matin avant de s’installer sur un canot amarré.

Il est 4h, j’aimerais bien etre en forme pour visiter Venise cet apres-midi…

Quelques heures de sommeil, il est 10h, c’est pas la grande forme mais tant pis.

Virginia n’est toujours pas levée. Je reste dans la cuisine a lire le journal national Corriere della sera. La mere de Virginia arrive. Nous commencons a discuter. Elle me parle tantot en francais (et tres bien), tantot en italien.
Elle me dit alors qu’elle doit faire un tour ; elle peut faire un crochet par la Piazza San Marco et me montrer le Palazzo Duccale. J’accepte, je n’ai pas beaucoup de temps devant moi. En fait, ca fait longtemps qu’il est plutot derriere moi, le temps…

Venise peut se parcourir a pied sans forcement passer par des gondoles ou des vaporetto (service de transport fluvial, qui, pour 55 centimes d’euros, te font traverser le Canale Principale). La balade est rythmée par de petits ponts que les gondoliers doivent faire face en se penchant constamment a cause de la marée haute.
Venise, c’est d’abord une ile, ou plutot, une multitude d’ilots reliées par des ponts, souvent de petite taille. Les larges ponts, eux, sont peu nombreux et traversent uniquement le Canale Principale. Le Ponte di Rialto est le plus connu.
Le quartier San Polo regroupe 7 iles, le quartier San Marco, plus d’une douzaine, le Dorsoduro, plus d’une quinzaine…
Ah oui, pour info, les gondoliers ne chantent pas ! En revanche, ils parlent souvent entre eux lorsqu’ils se croisent lentement dans ce labyrinthe de canaux. C’est tout un art de maitriser une gondole. Ils prennent souvent appui sur les murs avec le pied pour pousser a nouveau l’engin dans la bonne direction, et éviter de faire trop souvent forcer les bras.

Légere pluie en fin de matinée. Ca passe dans les minutes qui suivent.
On est en plein milieu de la période de la Mostra et de celle de la Biennale d’art contemporain. J’entre d’ailleurs dans une église ou l’on projette des videos, dans le cadre de cette biennale.
J’arrive a la Plaza San Marco, envahie par les touristes, et j’entre dans l’imposant Palazzo Duccale, siege du Doge (autrefois le gouverneur, chef de la République et de la magistrature de Venise). Le Palazzo abritait le commandement militaire, le tribunal et la salle du Conseil. Je visite a peu pres tout, et bien entendu, je traverse le fameux Ponte dei Sospiri (Pont des soupirs), que les futurs prisonniers empruntaient en sortant du tribunal pour etre emmené dans les cachots. Les condamnés, dans un dernier soupir, nostalgiques de leur liberté perdue, jettaient alors un dernier coup d’oeil par les fenetres de ce pont donnant sur la lagune de Venise.

Je me balade ensuite tranquillement dans les rues. Sur chaque ilot, il y a quelquechose d’authentique qu’on ne peut trouver ailleurs qu’ici. Chaque pont, chaque ruelle, chaque canal est un tableau. Pas d’itinéraire précis, je me balade simplement, si possible hors des coins ultra-touristiques.

Non loin du Giardino

Par contre la fatigue commence a s’installer en milieu d’apres-midi. Je m’installe sur un banc, a l’entrée du Giardino, dans le quartier du Castello, pour y finir ma nuit. Une petite heure…

Le Canale Principale en fin d'apres-midi

Il fait un temps dégagé. La nuit tombe.
Je n’ai toujours pas de téléphone pour appeler Virginia. Je la rapelle d’une cabine que je trouve par hasard. Elle est de nouveau a la Mostra, prete a enchainer 2 films consécutifs comme hier, sur Lido. C’est trop loin d’ici pour moi. J’arriverais la-bas beaucoup trop tard…

Je dois occuper la soirée.
J’avais vu un cinéma a ciel ouvert dans le quartier de San Polo. Ce coup-ci, c’est pour l’occasion de la Mostra, on en a installé quelques-uns dans la ville.
Alors ce soir, pour la 1ere fois, je regarde un film en plein-air, et c’est super agréable. Légere brise (on est en pleine mer, ne l’oublions pas !), il fait doux. Les étoiles sont la, a peine on leve les yeux au-dessus de l’écran géant.

6 Septembre 2011

Avec Virginia, on s’est fixé un rendez-vous vers 1h du matin, au Ponte di Rialto. Seul un bar est ouvert a cette heure.

J’en profite pour prendre quelques photos :

Le Ponte di Rialto...
 
...et la vue depuis le pont...
 
De l'autre coté du pont. On est toujours au-dessus du Canale Principale

Je la retrouve enfin. Nous rentrons.

Quelques heures de sommeil a peine, il est 9h, je pars a la Piazza San Marco. Le billet d’entrée pour le Palazzo Duccale était aussi valable pour le Museo Correr, le Museo Archeologico et la Biblioteca Marciana. Avant de m’y rendre, je fais quelques détours.
Lorsque quelquechose m’attire l’oeil, j’y vais, comme le marché aux fruits et légumes, proches de la hall en pierre ou se déroule encore et toujours aujourd’hui le marché aux poissons. Tout est tellement authentique, autant que le linge, suspendu au-dessus des ruelles, entre 2 batiments.

Dans les musées, des sculptures, de grandes peintures du vieux Venise, des outils et engins de guerre ; les vénitiens n’ont jamais eu de remparts autour de leur ville, et pour cause, ce sont leur redoutable galere qui assurait leur protection. Ils sont passes maitres dans l’art de la guerre maritime. Si bien que l’empire vénitien a finit par occuper, pour un temps, l’essentiel des terres de la cote Adriatique.

Je ressors des musées en début d’apres-midi. La Piazza San Marco est noire de monde, je la quitte vite, tres vite.

Je retourne chez les parents de Virginia avec un gateau pour le dessert. Sa mere nous a préparé la pasta.
Virginia souhaite partir a la Biennale d’art. De mon coté, je voulais plutot visiter le Nord de la ville. C’est mon dernier jour… On se verra ce soir.

Avant de me rendre au Nord, je dois passer a la gare – tour du monde oblige – pour préparer mon retour imminent sur le sol francais.
C’est bon, j’ai mon billet en main. Le quartier que j’ai decidé de visiter aujourd’hui n’est pas bien loin de la gare, c’est le Ghetto juif de Venise, dans le quartier Cannaregio.
A l’origine, le mot « gheto » signifie « fonderie », l’utilité premiere de ce quartier vénitien (c’est seulement par la suite que le mot « ghetto » a ete repris comme terme générique dont l’acceptation est aujourd’hui bien plus large). C’est ici que le gouvernement imposa et réserva ce quartier aux Juifs sous la République de Venise.
Dans l’impossibilité de construire de nouvelles habitations, elles se sont développées en vertical. C’est d’ailleurs ici qu’on trouve les immeubles les plus élevés de la ville. Un musée d’art hébraique, quelques synagogues, le ghetto de Venise reste conservé dans un pur style vénitien. Bien que ce quartier fut l’un des plus pauvres de la ville, il fait depuis une dizaine d’années, l’objet d’une réhabilitation.

Une ruelle, dans le Cannaregio. Au fond, l'église de la Madonna dell'Orto
 
A chaque coin de rue, des glaces, des boulangeries, des boutiques d’artisanat. Le tourisme a l’européenne : pas de rabatteurs, d’alpagueurs, de gens insistants, juste quelques vendeurs a la sauvette qui se font tres discrets.
 
Ce soir, j’arrive avec une bouteille de vin blanc a la maison, histoire de ne pas arriver les mains vides pour le repas du soir. C’est ma derniere nuit a Venise. Je dis au revoir ce soir a Virginia, qui a tendance a ne pas se lever le matin…
 
7 Septembre 2011
 
Je pars donc a la gare, en tentant de me retrouver le chemin. Les détours sont nombreux a cause des ilots. Il faut demander assistance aux habitants.
 
Direction Milan. Apres quelques heures de train, j’arrive en fin de matinée.
Je dois prendre un autre billet pour la France, en prévision. Longue file, 1h d’attente… Puis je me rends a la consigne, pour me débarasser de mon sac. La encore, longue file d’attente. On est dans une des plus grandes villes d’Italie, a l’heure de pointe…
Je pars enfin a la recherche d’un hotel. Je n’ai rien réservé, j’ai simplement décidé de lever les yeux, et de trouver un hotel bon marché pour tout simplement dormir : tres peu de sommeil ces 3 dernieres nuits… Trop fatigué pour faire quoique ce soit, je ne mets pas de réveil ce coup-la !
 
8 Septembre 2011
 
J’ai encore quelques heures avant de prendre le train qui me ramenera sur le sol francais. Je me rends dans un café-internet pour vous compter ces derniers jours a l’étranger…
 
Ne me demandez pas dans quel état d’esprit je me trouve, ca change toutes les 5 minutes.
Les yeux souvent dans le vide, perdu dans des pensées et des réflexions qui n’aboutissent pas ; tout ca parce que je ne connais pas la fin de l’histoire, ni la portée et encore moins l’impact qu’aura ce voyage…
Je suis encore « dedans » sans vraiment l’etre.
La 1ere vitesse a été enclenché en arrivant a Tel-Aviv, une ville plus européenne qu’orientale. La 2nde vitesse a été mon retour en Grece, sur le vrai continent européen, ou j’ai commencé a réaliser pour la 1ere fois.
La 3eme vitesse a été passée hier, lorsque j’ai quitté Venise. A partir de la, je n’ai plus de destination précise.
 
La toute derniere vitesse sera passée lorsque je rentrerais en France. Et c’est dans quelques heures…

6 réflexions sur « La Dolce Vita »

  1. Ne t’inquiète pas pour le retour Alex, ça se passera bien- Tout le monde t’aime et t’attend.
    Ce voyage est une formidable expérience qui participera à ton devenir.
    Bises mon fils.

  2. Je suis vraiment contente que Venise t’ait plu… on ne me croit pas quand je dis que c’est tout simplement magnifique. Et la question qui revient toujours c’est « c’est sale et ça sent mauvais non ? »… et bien non, c’est juste beau.

  3. Bon retour à toi, en espérant que la réadaptation ne soit pas trop difficile… Il faut le voir comme le début d’une nouvelle aventure, différente mais toute aussi riche:-)
    Ambre

    1. C’est vrai, c’est le début d’autre chose pour moi. Pour l’instant, j’en suis encore à m’en remettre. C’est tout frais, il faut du temps. On passe de l’euphorie du retour, comme si on avait quitté les gens il y a 1 semaine ; et puis 2 jours après, tout retombe. Je te fais des gros bisous. Heureux d’avoir croisé ta route. Toujours en Thailande ? Gros bisous

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