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Terre Rouge (1ere partie)

5 Janvier 2011

Je me leve a 3h ce matin. Dur…
Je prends le taxi jusqu’a l’autre bout de la ville en direction de l’agence « Adventure Tours ».
Je rencontre le personnel et tres vite je suis mis dans le bain. Pour l’instant, ce sont des « Training Days » (jours d’entrainement) juste pour voir si t’as pas 2 mains gauche (ca fonctionne cette expression lorsqu’on est gaucher ?)…
Je serais en binome avec une allemande de mon age. Pour elle aussi, premier jour.
On prepare le mini-bus et tout ce qu’il faut pour 4 jours d’autonomie dans l’outback. On fait la tournee des hotels pour recuperer les 12 touristes.
Et c’est parti pour 4 jours.
La 1ere destination est assez particuliere. J’en avais entendu parler mais il faut quand meme le voir pour le croire :

Outback Camel Farm

Et oui, les australiens ont importes le chameau sur leur terre depuis plusieurs decennies. 38 degres aujourd’hui, tu m’etonnes que les chameaux se sentent bien…
Et l’arret suivant, il n’est pas pour nous : on aprecois de loin Ayers Rock avant d’arriver a Yulara, un complexe de tentes assez confortables, a quelques kilometres du site.
On nous depose pour preparer le repas de midi dans une grande tente faisant office de cuisine-salle a manger.
Et effectivement, il n’y a pas besoin d’etre un Grand Chef pour preparer ce genre de plat : salade composee, poulet au barbecue…a gaz !

Yulara

En fin d’apres-midi, ils partent en direction d’Ayers Rock, pour admirer le coucher de soleil sur Ayers Rock. Snif…

On a tout le temps pour nettoyer, faire la vaisselle et preparer pour le soir : salade, boeuf, kangourou et chameau !
Du coup, ca y est, j’ai enfin goute le kangourou. Un gout bizarre…
Par contre, le chameau est excellent.
Il a fait une chaleur etouffante sous cette tente. Et durant l’apres-midi ou les touristes sont en excursion, on a plusieurs heures ou rien ne se passe.

Ils reviennent comblé d’Ayers Rock.
1er jour pas aussi difficile que je l’imaginais. Et pour le moment, aucune indigestion a declarer.

6 Janvier 2011

Toujours a Yulara. On se leve a 3h15. Re-dur…
Ca me rappelle le temps ou j’etais animateur de colo : levé avant les enfants, couché apres eux. On fait les lits, on balaye.
Et pour les touristes, lever de soleil a Ayers Rock.
Nous sommes finalement « assigné a residence » a Yulara pour accueillir un autre groupe de la meme agence. Pour eux, c’est leur 1er jour de tour.
Donc on refait la meme chose que la veille et le temps commence a etre long a Yulara.
D’un autre cote, ca fera un jour de salaire supplementaire. Je suis ici pour bosser de toute facon, et ce boulot et pas mal puisqu’il m’economise des nuits au backpacker et des allers-retours au supermarche.

Mais quelle frustration de savoir que je ne suis qu’a quelques kilometres d’Ayers Rock, sans pouvoir m’y rendre.

Il fait entre 35 et 37 degres encore aujourd’hui. Je me souviens avoir demandé a un australien rencontré dans un train en Inde :
– « Il fait chaud dans le Red Centre en Janvier ?  »
Il m’avait repondu « Fuck Yeah ! ». Ce qu’on peut traduire par… euh… pour rester poli… « Oh bah oui ca chauffe drolement ! »

Et puis finalement, MIRACLE ! Apres le repas du soir terminé, nous partons avec les touristes, quelques dizaines de minutes avant le coucher de soleil.

Il pleut, mais ca rend le site encore plus magique :

Ayers Rock

C’est superbe. L’eau degringole du rocher par de multiples cascades.

 

uluru

Uluru
Uluru, c’est le nom aborigene d’Ayers Rock. D’ailleurs, depuis une recente politique de double denomination, on devrait dire « Uluru-Ayers Rock ». Bref, c’etait un lieu de culte pour les Aborigenes depuis deja plusieurs millenaires. C’est un rocher qui s’eleve a plus de 300m d’altitude. Il est tellement sacré, que les Aborigenes eux-memes ne l’escaladent pas, a l’inverse de milliers de touristes chaque annee. Les lois ancestrales des Aborigenes sont d’ailleurs si severes, qu’en cas de profanations ou d’accidents, ils en arrivent a se punir eux-memes (automutilations, scarifications…). Il est donc conseille de ne pas l’escalader afin de respecter leur culture.
L’agence pour laquelle je travaille propose d’en faire simplement le tour. Et c’est tant mieux.

A quelques kilometres en retrait, on sort les tables, le champagne et quelques accompagnements.

Et qui c’est qui se fait payer pour admirer le symbole de l’Australie ?

C’est bibi !

Nous retournons e a Yulara pour une derniere nuit.

7 Janvier 2011

Reveil a 3h30. Re-re dur…
Apres un dejeuner oeufs et bacon au barbecue (et oui, c’est un pays anglo-saxon), un lever de soleil pour les touristes a Ayers Rock (une vaisselle pour moi dans la cuisine), nous quittons enfin Yulara pour King’s Canyon.
Aurais-je l’opportunite de voir ce site egalement ?

King’s Canyon – Seulement de loin…

Tant pis. Logiquement, j’ai la possibilite de voir la meme chose qu’eux uniquement lorsqu’on fait des arrets pour rejoindre le prochain campement, ou soit le soir, apres le repas. C’est deja pas mal…

Les distances sont longues entre les sites et c’est deja la fin de la journee.
Le campement ou nous arrivons est approximativement le meme qu’a Yulara : meme style de tente, meme « refectoire » et situé a quelques kilometre du site principal pour la visite du lendemain.

En terre rouge… Le campement est jute derriere

Grosse averse pendant plus d’une heure. Le groupe patiente pendant une heure autour de plusieurs verres de vin avant de rejoindre les tentes.
La regle est stricte pour les employes : Alcool interdit.
Et quand un suisse te dis : « Il est vraiment bon votre vin rouge, frais et vraiment fruitté en plus de ca. Vous l’avez goutté ? »… je me dis que ces « Training Days » sont de reelles mises a l’epreuve…

8 Janvier 2011

Apres le petit dej’, les touristes partent en direction de King’s Canyon.
Nous, on balaye, on nettoie, on patiente, puis vient le « rush » de midi avant de tout remballer. Apres plusieurs arrets, nous arrivons le soir au Glen Helen Gorge.

Glen Helen Gorge

7 touristes au depart, 5 au 3eme jour, il ne reste plus que 2 touristes ce soir. Non, ce n’est pas a cause de nos repas ! Simplement, 2 personnes seulement ont choisi le tour de 4 jours.

Glen Helen Gorge. Et ca se couvre…

Ca se couvre tellement qu’une enorme averse eclate sur le secteur durant la nuit, pendant plusieurs heures.

9 Janvier 2011

Il etait prevu pour ce dernier jour de partir en direction de Palm Valley. Mais la pluie en a decide tout autrement. Le site est fermé. Nous sommes contraints de rentrer a Alice Springs.

Avec quelques detours pour le retour. Plusieurs routes sont inondees…

Ca n’a pas l’air, mais nous avons parcouru quelques 1500 kilometres en 4 jours.

Mes « Training Days » ont l’air d’avoir ete approuve puisque je repars pour la meme excursion mardi. C’etait finalement bien sympas et les touristes etaient ravis.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Terre Rouge (2eme partie)

10 Janvier 2011
 
Tres bonne grasse mat’ pour mon day-off (jour de repos).
Lavage des vetements, rasage et un petit tour en ville.
 
Violence moderee sur Alice Springs
Statistiquement, Alice Springs est la ville la plus violente d’Australie. Dans les journaux, on peut lire que la vitre du Rock Bar (la ou travaille Clara) a ete brisee, et que les individus en ont profite pour voler des bouteilles d’alcool. Ce genre de choses arrive souvent ici.
Tout le monde sait qui sont les fautifs, mais jamais le mot « aborigene » n’est stipule sur le papier. On parle toujours « d’individus facilement reconnaissables » ou bien « sont alles se refugier dans le parc d’en face » (la ou ils dorment la plupart du temps). Ce soir, j’interroge Julien, un francais du backpacker qui travaille comme agent d’entretien dans un centre commercial d’Alice Springs :
– « Est-ce que les problemes viennent essentiellement des aborigenes ? »
– « Franchement oui ; je ne voulais pas l’accepter au depart, mais tous les vols et les degradations sont commis par les aborigenes »
Il ajoute :
– « Le pire, c’est qu’aucun agent du centre commercial n’a le droit d’intervenir ; lorsque la police arrive, le mal est deja fait ».
Il en faut beaucoup pour que le coupable soit place en garde-a-vue.
Generalement, la police ecrit un rapport, et c’est tout…
La vitre du Rock Bar a ete remplace et des le lendemain, il etait a nouveau ouvert, comme si de rien n’etait.
Le fatalisme se lit sur les visages des gens. Un peu de flegme anglais doit subsister dans le sang de chaque australiens blancs.
11 Janvier 2011

Levé a 3h30. J’embarque avec Bob, le guide et un groupe de 14 personnes que l’on doit recuperer dans 2 hotels differents d’Alice Springs.
On charge les provisions pour 3 jours. Le soleil se leve doucement.
 
Non, sans facon
A l’office d’Adventure Tours, juste avant de partir, une note nous ait donné a chacun, disant : Adventure Tours d’Alice Springs a ete specifiquement mentionnee a la derniere conference sur le Tourisme en Australie Centrale comme etant une compagnie responsable, professionnelle et tres presentable. Ceci est du en partie a notre nouvelle reputation : « la compagnie qui ne boit pas pendant le tour ».
C’etait pas des bobards. Si je suis surpris a boire une seule goutte de vin avec les touristes, je suis viré…
 
Allez, cette fois-ci, finis les Training Days ; maintenant c’est tout seul comme un grand. Le travail n’est pas forcement plus complique, mais il est beaucoup plus long.
Le midi, c’est le grand rush puisque tu debarques a Yulara en meme temps que les touristes.
L’apres-midi, ils partent en excursion, ce qui me laisse du temps pour bien preparer les choses. Et pour une 1ere en solo, je dirais que mon boeuf, mon kangourou et mon chameau etAit a point ; mes salades composees appreciees, mes pommes-de-terre-frites, mon pain a l’ail-beurre-herbe suffisamment toasté et mon crumble-creme anglaise juste craquant comme il faut. Et j’ai eu quelques felicitations.
Une dame m’a demande si j’ai fait une ecole de cuisine : la consecration !
J’ai detourne la chose pour ne pas avoir a dire : « j;ai appris ca il y 3 jours, exactement au meme endroit… »
 
12 Janvier 2011
La, c’etait complique.
Levé a 3h du matin pour les oeufs-bacon au barbecue, laver les plats, balayer l’interieur de la piece commune et du coin barbecue, changer les draps des 14 lits, nettoyer les tentes, prendre une douche, remettre la table et enfin, preparer le repas de midi.
Mais j’ai oublie un truc important : remettre tout dans les glacieres pour etre pret a decoller juste apres manger. Ca fait perdre un peu de temps puisqu’on ajoute a cela : debarasser, laver les couverts, gratter le barbecue et nettoyer le frigo vide. Tout doit etre impeccable.
Puis, nous repartons direction King’s Creek.

Le Mont Conner, situe non loin d'Uluru/Ayers Rock et que les touristes confondent souvent avec ce dernier

L’avantage de bosser pour une grande compagnie, c’est que chaque arret dans une station essence te donne le privilege de choisir ce que tu veux parmi les sandwichs et les milk-shakes (bah oui, on leur amene un paquet de touristes tous les jours dans leur station…).
 
Cette apres-midi, nous sommes soi-disant en avance. 3h avant le repas, Bob depose les touristes dans une station, maisj’insiste pour qu’il m’amene seul directement au campement. Il me dit qu’1h avant suffirait largement pour tout preparer. Et moi, je suis persuadé que non. Finalement, j’avais raison, il m’a fallu 2h30 pour tout faire. Et tout s’est bien passe, sans se presser.
Mon poulet-petit pois-poivron-oignons a eu du succes.
 
13 Janvier 2011
Dernier jour. Levé a 4h15. Pas de levée de soleil pour les touristes, c’est pas prevu a King’s Canyon ; ca me donne droit a 1h de sommeil en plus.
Je dois faire la meme chose que la veille au matin, mais dans un delai encore plus court. Autant s’en occuper au maximum pendant qu’il fait encore nuit ; ensuite, la chaleur arrive.
C’est quand meme etrange de se retrouver tout seul au campement, en plein milieu du bush, pendant que les touristes sont en excursion. On entend les insectes, qui grouillent autour du campement, et c’est tout !
Le soleil se leve tres vite, et entre changer les coussins, les draps, preparer pour midi, tu ne vois pas le temps passer.
Les touristes reviennent et c’est le rush de midi. C’est dommage, mais j’ai a peine le temps de discuter avec les gens. Trop de boulot… Je suis meme oblige de manger debout, c’est dire.
Mais j’ai des compliments sur le repas pour rattraper.
Le rush de midi fait place au rush du retour a Alice Springs.
Il faut faire la vaisselle, tout nettoyer. Et pas question de prendre son temps car les touristes chargent leur bagage dans le bus, et ca prend beaucoup moins de temps que ta masse de boulot a toi. Ca me rappelle l’armee : faire vite et faire bien.
Je suis autant trempé que la serpillere qu’il faut passer dans la piece avant de rentrer.
Mais ca annonce une chose : la fin du boulot !
Tu te fais reconduire dans le bus par le guide et TU DORS DURANT TOUT LE TRAJET !
 
Retour a Alice Springs. Bob est sympa, il me depose a mon backpacker apres que les touristes aient rejoint leur hotel.
Il y a les habitués et quelques nouvelles tetes, comme toujours.
14 Janvier 2011
1er jour de day-off. Au backpacker, detente et seance photos. Je compte rester encore un certain temps, donc autant que vous sachiez dans quel decor original et « friendly » j’atteris a la fin de chaque excursion :

Le coin piscine

 

Le coin barbecue

 

Le jardin

 

La cuisine (avec Clara et Julien)

 

Et la salle tele, indispensable a ma survie si je reste dans un endroit durant plusieurs semaines

 

Ca fait bien plaisir a chaque fois de retrouver les residents de longues dates. Tout le monde travaille : vendeur, serveuse, agent d’entretien, prof de francais… On se croise souvent mais on trouve le temps d’apprendre a se connaitre.
Julien et Clara, des habitues, font l’entretien du backpacker 2h par jour en echange de l’hebergement gratuit. C’est une bonne pratique souvent utilisee par les gerants, ou tout le monde y trouve son compte.
 
En France, Julien etait pigiste pour un journal du groupe La Montagne. Ca ne l’empeche pas de rediger quelques lignes de temps en temps ici, en Australie ; et ce soir, Julien a quelque chose a me proposer :
– « Je voudrais faire un article sur toi et melanger l’histoire de ton voyage et ta passion pour le cinema. Je te laisse reflechir un peu quand meme… »
– « C’est tout reflechi, c’est oui et ca me fait super plaisir »
– « Ca pourrait faire un bon article. Il faudra que tu m’en dises un peu plus »
– « Houla… ca risque d’etre long… »
– « C’est mon boulot d’ecouter »
– « Bah… je suis parti du sommet du Puy-de-Dome et je compte revenir exactement au meme endroit 1 an plus tard. J’aime bien quand la symbolique »
– « C’est bon, c’est deja publié, c’est sur !  »
 
On aura tout le temps par la suite de faire une interview. On verra ca plus tard. Pour le moment, on sort avec Rossco, le gerant, pour boire une biere au rock-bar.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les gens ont le sang chaud dans le Red Centre (et l’alcool mauvais aussi). Une bagarre eclate juste devant le pub. Au bar suivant, c’est l’agent de securite d’origine maori (un sacre bebe) qui derouille un « individu-en-etat-d’ebriete-insistant-pour-entrer ». Il est a terre.
 
Mais que fait la police ?
Inexistante encore une fois, comme dans les centres commerciaux, et comme partout dans Alice Springs d’ailleurs.
Jamais presente, si bien qu’il y a quelques annees, c’est carrement l’armee australienne qui arrive en renfort a Alice Springs pour des arrestations massives. Une petition a meme ete signee pour voir les flics devant chaque bar d’Alice Springs. Et il n’y a que 4 bars…
 
15 Janvier 2011
 
Il est minuit passé. Rien a declarer au « Saloon », la seule boite d’Alice Springs, ou blancs, afro-australiens et aborigenes respectables se cotoient.
 
N’empeche, cette nuit, ce sont les australiens blancs qui etaient impliques a chaque fois.
En rentrant, Rossco me dit que c’est tous les soirs comme ca. La journee, il ne se passe jamais rien. Je lui dis qu’a Paris ou Marseille, c’est bien pire que ca… Alice Springs, la ville la plus violente d’Australie… mmmouai… c’est quand meme pas si terrible que ca si on compare a certaines villes d’Europe… et c’est dire comme l’Australie est calme…
 
2eme et dernier jour de day-off. Grand retour de l’hopital de Sebastien, un allemand que je n’avais encore jamais rencontré. Il a connu l’une des pires chose qu’on puisse avoir lorsqu’on est loin de son pays. C’est simple, en Australie (ou ailleurs), il y a 2 choses qui puissent gacher ton voyage : probleme d’argent ou probleme de sante. Le probleme d’argent, ce sont par exemple les polonais qui devaient nous amener a Sydney pour le Nouvel An, vous vous souvenez ? Et bien a cause de l’accident de voiture le 30 decembre au soir, les 3000 dollars de caution ont ete retiré et conservé par l’agence. Ils n’ont plus qu’a travailler ou a rentrer.
 
Pour Sebastien, ce sont les 2 scenarios en meme temps : lors d’un trek, il tombe et se fracture la jambe a plusieurs endroits. Et, oh! folie de sa part, il n’a pris aucune assurance. Du coup, multiples operations a l’hopital d’Alice Springs. Il y reste plusieurs semaines. De retour au backpacker, il est sur des bequilles et doit trouver un avion pour rentrer en Allemagne, et en 1ere classe pour pouvoir etendre sa jambe. Et meme en 1ere classe, l’avion sera un cout derisoire par rapport au 30000 dollars que les frais d’hopitaux ont couté ! Je voudrais pas etre a sa place…

Un conseil ou que vous partiez : prenez une assurance !

Je profite des dernieres heures qui me reste pour vous ecrire ces quelques lignes avant de repartir au boulot.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Terre Rouge (3eme partie)

16 Janvier 2011

Pour ce 3eme tour, j’embarque cette fois-ci avec Jason, le guide. Cool, toujours le sourire et des dreadlocks jusqu’aux epaules. Il n’y a que 6 personnes au depart d’Alice Springs. Les autres nous rejoindrons a Yulara apres manger. Et ca, ca veut dire 6 personnes pour le repas de midi : un demi-rush. Tant mieux. Apres les avoir recupere aux 4 coins d’Alice Springs, nous partons en direction de Yulara, avec les arrets habituels : station essence (mon sandwich gratuit…), la ferme des chameaux. Et entre chaque arret, pendant qu’on roule, je m’endors systematiquement.
Je rattrape a peu pres mes heures de sommeil manquants au moment d’arriver a Yulara. Le reste du groupe nous rejoint comme prevu.
J’ai quand meme un peu de boulot apres le repas. Je dois tout nettoyer et tout ranger comme d’habitude.
Ils repartent pour l’apres-midi.

Je suis seul. Il fait 40 degres. En sueur, dans ce silence soudain et les mains dans l’evier a laver les plats, je m’arrete et reflechis…
Hum… si j’attends trop longtemps, je n’aurais peut-etre plus l’occasion de… et si les touristes reviennent, ce sera carrement fichu pour aujourd’hui… surtout qu’aujourd’hui, je suis pas tres loin de…

Allez, c’est parti ! Je laisse tout en plan, je m’essuie les mains, je pars mettre de la creme solaire, ma casquette, mes lunettes de soleil ; je prends 1 litre d’eau et je quitte le campement, pour un bon emplacement, a plus d’un kilometre. Il est 15h et une chaleur torride s’abat en ce moment dans le Red Centre.
On ne la voit pas depuis le campement. Mais au bout d’un moment, on l’apercoit.
Je sors des sentiers battus pour grimper une petite colline. Les traces laissees par les serpents rampants sur le sable sont partout dans cette vegetation aride.
Je tape du pied a chaque pas. J’ai deja vide plus de la moitie de ma gourde et je n’ai plus beaucoup de temps ; il me faudra songer a un retour rapide.
Pour le moment, je continue ma lente ascension pour enfin arriver au sommet de la colline.

La terre rouge me brule les jambes : je suis a genou et elle est juste en face de moi : la montagne Uluru ! Non, je ne suis pas en trsain de la venerer ! Quoique…
Mais qu’est-ce que je peux bien faire a genou, au milieu du bush sous 40 degres ? La reponse :

5 mois !

Meme les bougies se tordent sous cette chaleur. J’aurais regrette de ne pas l’avoir fait alors que la montagne n’etait qu’a quelques kilometres seulement du campement.
Je dois quand meme vous avouer quelque chose…
Quand j’etais encore a Perth, vous vous souvenez, je tenais un billet de train entre les mains. Il devait me conduire a l’Est, pas bien loin d’ailleurs ; mais je devais etre a Uluru/Ayers Rock le mois dernier avant d’atteindre Sydney pour le Nouvel An.
Finalement, si j’avais pris cette option, je suis persuade que je n’aurais jamais rejoint Sydney a temps…
Il y avait une chance sur combien pour que je trouve un job qui m’offre Uluru/Ayers Rock sur un plateau le mois suivant, et un 16 du mois ? Un jour de moins, j’etais encore a Alice Springs. Un jour de plus, j’aurais ete a King’s Canyon…
Toutes ces bonnes augures me donne de l’entrain pour le chemin du retour.
Arrive au campement, ma bouteille d’eau est vide, toute la vaisselle est en plan, et je n’ai toujours pas attaque le repas du soir.

Je m’active, je m’active, et tout compte fait, je termine plus d’une heure avant le retour des touristes. Le metier qui rentre…

Il est 23h, je suis creve par cette journee. Personne ne saura a propos de mon echapee dans le bush. Je ferme la porte de la piece commune, et soudain, un serpent passe a moins d’1m de mes pieds pour repartir dans les profondeurs du bush australien !
Bonne augure, bonne augure… il faudra tout de meme rester vigilant ; comme pour me dire : « on t’as laisse tranquille au milieu du bush cet apres-midi, mais n’oublie pas qu’on est jamais tres loin… »

17 Janvier 2011

Je me leve a 3h15 dans la nuit noire et pas si fraiche que ca…
Lampe torche a la main, histoire de savoir ou je marche (et sur quoi…), je prepare les oeufs-bacon avant que les touristes n’aillent voir le leve du soleil sur Uluru.
Il reviennent pour midi.
Nettoyage des plats, on astique la piece commune et c’est parti pour King’s Canyon.
Pour certain, c’est deja le dernier soir. L’ambiance est meilleure que le tour precedent. Comme quoi, ca ne depend pas de mes repas qui sont les meme a chaque tour ; mais les gens sont plutot bavards entre eux et rient plus ouvertement. Va savoir pourquoi….

Ceux qui marchent, ceux qui volent et ceux qui rampent
A vrai dire, je ne suis pas vraiment tout seul durant la journee.
Certains reptiles de tailles imposantes, de mouches, de sauterelles, de volatiles et de scarabees s’invitent parfois dans la piece commune. Dans les toilettes, on peut trouver des gecko : de petits lezards inoffensifs, il y en avait partout en Asie. A cela, on peut ajouter les colonies de fourmis, si malencontreusement, on oublie de refermer un pot de confiture. Et si la nourriture n’est pas placee dans un container metallique durant la nuit, les souris rongent l’emballage.
Au lendemain matin, les pains de mie risquent d’avoir l’air de vrais gruyeres…
Promis, je ne presente jamais ca aux clients…

18 Janvier 2011

J’ouvre les portes de la piece commune a 4h30. Je les entends, toutes ces bestioles, cachees derriere le micro-onde, le frigo. J’entends les reptiles sur pattes escaladant les murs, ou faisant un vacarme sur le toit en tole.
Les touristes partent en rando, et je m’affaire aux taches matinales que sont le changement des draps et la preparation du repas de midi. Dernier coup de serpillere en debut d’apres-midi et c’est officiellement la fin de mon boulot.
Nous partons pour Glen Helen Gorge. L’effectif sera tellement reduit pour le 4eme jour que la compagnie m’emploie pour 3 jours seulement. Le 4eme jour, c’est le guide qui prendra ma place.

Un jolie vue sur l'outback

Nous roulons desormais sur une route non-goudronnee, defoncee par les intemperies.

Le bus et les touristes

Sur cette route, nous rencontrons un couple qui viennent de passer les dernieres 24h dans leur berlines avec 2 pneus eclates.
C’est ecrit partout : la route n’est pratiquable qu’en 4X4 et ou en gros bus a suspension comme le notre.
Ils ont pousse la voiture sous un arbre mais nous sommes les 1ers a les avoir trouve. On est au milieu de rien. Avoir un probleme avec un vehicule peut s’averer tres dangereux dans le Red Centre. Comme dans le Nullarbour Plain, pas de point d’eau a des kilometres et pas de reception telephonique. Ils avaient des reserves d’eau, mais pas de quoi tenir eternellement.
Partir a pied ? Du suicide…
Jason utilise le telephone satellite de secours. Les Rangers arriveront dans quelques heures…

Nous poursuivons notre route.

Vue sur le West MacDonnell Range

Nous arrivons a Glen Helen Gorge, juste le temps de prendre un bus en compagnie des touristes ayant choisi le 3 day tour.

De retour a Alice Springs, il fait nuit et je recupere mon sac dans la cabane du jardin du backpacker. J’ai bien fait d’allumer ma lampe torche car devant moi se tient une araignee red-back, tissant tranquillement sa toile, juste a l’entree. Elle ne mesure que 2 ou 3 centimetres, mais c’est l’espece d’araignee la plus dangereuse d’Australie. Son venin est neurotoxique et sa morsure, tres douloureuse entrainent vomissement, abdomen rigide, probleme respiratoire et perte des reflexes (rien que ca…). Dans ces cas-la, ne jouez pas « l’ami des betes »…
Celle-ci finira ecrasee sous ma belle grosse chaussure de randonnee pointure 47.

19 Janvier 2011

1er jour de day-off. Repos et parcours de la ville a velo. Il fait environ 40 degres. Comme hier…

Se loger a Alice Springs
Alice Springs, c’est aussi une ville ou il est difficile de se loger. Depuis une recente politique de retrocession des terres aux aborigenes, ces derniers font louer leur terrain ou decident de les conserver sans y toucher. Pour exemple, juste en face du backpacker, impossible de construire quoique ce soit : propriete des aborigenes. Ils se sont d’ailleurs installes dans des tentes au milieu du champ… Peut-on leur reprocher de vouloir garder leurs terres ancestrales en l’etat ? Alors on s’observe, de temps en temps ; on passe devant eux a chaque fois qu’on sort ou qu’on rentre. C’est ca Alice Springs : une etrange cohabitation.

20 Janvier 2011

Cette cohabitation, je la retrouve aujourd’hui en me rendant a la bibliotheque d’Alice Springs. C’est d’ailleurs un des rares endroits ou les aborigenes ne crient pas. On les voit regarder un film a plusieurs, lire des magazines, jouer a de petits jeux simplifies sur Internet et meme faire du coloriage d’enfants, le casque audio sans fil sur les oreilles. Cette ville m’etonnera toujours !
Il faudra que je m’interesse par la suite a l’art aborigene ; autre que les coloriages…

21 Janvier 2011

Interessons-nous aujourd’hui, si vous le voulez bien, et pour mon 3eme et dernier jour de day-off, aux reptiles ; et si possible, a ceux qui m’entoure quotidiennement lorsque je travaille.
Je me rend au Reptile Centre d’Alice Springs.
Je tiens a savoir quel serpent j’ai vu passer pres de moi a Yulara ; et pourquoi pas, avoir plus d’infos sur les gentils (pas nombreux) et les mechants serpents (en surnombre).

Reptile Centre - Rien a craindre, ils sont sous vitrine
A part un : un Spencer's Goanna, totalement inoffensif, la replique exacte de ceux qui trainent autour du campement de Yulara et qui rentrent parfois dans la piece commune
Calmes et inderangeables
Le Blue Tongue Skink

Les varans d’Australie sont communement appeles les « goannas ». Je retrouve les memes autour de mon barbecue ou rampant sur les murs et le toit. Ils ne sont pas dangereux, ils s’approchent de toi timidement. Le moindre geste brusque les font detaler de quelques metres. Puis ils reviennent quelques secondes apres. Courageux mais pas temeraire.

Le Perentie - Imposant mais pas mechant

Passons maintenant aux serpents. J’apprends que les pythons d’Australie ne sont pas venimeux et que la majorite sont sans defense face a l’homme. Ils attaquent les crapeaux, les lezards, les petits mammiferes, et toujours de la meme facon : par constriction.

Le Stimson's Python - Relativement petit pour un python

Central Carpet Python

J’en suis certain, ce n’est pas un python que j’ai croise a Yulara…
J’interroge une responsable et je decris son signalement. Je ne tiens pas a ecrire n’importe quoi sur ce blog. Meme si ca doit prendre du temps, je veux connaitre l’espece exacte :

– « Je travaille a Yulara, lui dis-je. Un soir, j’ai croise un serpent long, clair, plutot fin et de couleur unie »

Nous faisons quelques recherches sur les especes presentes dans le centre en fonction de leur lieu de vie habituel. Meme si les pythons sont quelquefois de couleur unie, ils sont trop gros ou bien trop fin par rapport a celui que j’ai vu.
Ce n’est pas :

Le Mulga Snake ou King Brown, present partout en Australie. Il est trop large

Ce n’est pas non plus le Taipan, le plus venimeux au monde: il vit dans la region de Darwin ou au Nord-Est, dans le Queensland (au passage, il baigne en ce moment entre les maisons du Queensland, englouties par les eaux, en compagnie des crocodiles).

J’approche du but. Ca y est, il est la :

C'etait un Brown Snake, le 2eme plus dangereux au monde apres le Taipan !

Mais j’apprends qu’il mord rarement, ou seulement lorsqu’il est provoque.
J’ai neanmoins entendu parler d’attaques sans raisons, et d’une histoire ou la personne mordue n’a pas eu le temps d’atteindre l’hopital, meme en courant… surtout en courant devrait-on dire… Et oui, lorsqu’on court, le venin circule plus vite dans le sang.
La solution ? Se faire porter ou transporter en voiture. Ca s’est deja produit par le passe, et la personne a pu etre sauvee.
En revanche, au milieu du bush, si vous n’etes pas un medecin transportant un kit anti-venin, peu de solutions s’offre a vous…

Ne cedons pas non plus a la parano, mais (conseils du jour) n’oubliez pas une lampe-torche lors de vos deplacements et virees nocturnes dans l’outback ; secouez votre sac de couchage avant de dormir a la belle etoile et enfin, TAPEZ DU PIED !!!

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Terre Rouge (4eme partie)

22 Janvier 2011

Clara, dans un dernier elan de courage et avec une toute petite voix, me souhaite bon courage avant de ressombrer dans un profond sommeil : il est 3h25 du matin et je m’apprete a quitter le backpacker pour 3 jours de tour dans le Red Centre.
Ce matin, c’est encore un chauffeur de taxi d’origine indienne qui passe me recuperer. La fois d’avant, c’etait meme un sick (souvenirs, souvenirs…)
J’embarque encore une fois avec Jason.
Pour la 1ere fois, parmi les 13 touristes, il y a des francais dans le groupe.
Mon tour est plutot haut de gamme puisque la clientele n’a plus qu’a mettre les pieds sous la table au moment du repas ; ils dorment dans des lits confortables au lieu des petites tentes traditionnelles et des sacs de couchage, a la belle etoile.
Les francais ayant un pouvoir d’achat quelque peu moins elevé par rapport a certains pays d’Europe, j’ai plutot affaire generalement a des suisses, des scandinaves, des allemands mais aussi a des coreens et des japonais.

J’adore les francais !
Apres les allemands, les francais sont ceux qui viennent les plus nombreux en Australie pour voyager ou pour travailler. La plupart parle un anglais tres approximatif comparés a ceux des allemands, souvent bilingues ou de passage en Australie pour perfectionner leur anglais ; nous, c’est plutot pour apprendre l’anglais, depuis la base…
Et c’est ca que je trouve beau : remplis de courage et prets a affronter la terrible langue anglaise, nous arrivons de plus en plus nombreux en terre australienne. Meme pas peur…

Et voici l’une des premieres phrases que me disent les francais originaires de Martigues, avec un accent du midi des plus resonnants : « Nous, on parle pas anglais, mais on s’en fout, on voyage quand meme ! »
Ca, c’est dit !
Bon, il ne faut pas categoriser non plus car la plupart des quincagenaires des autres pays d’europe que je rencontre ont egalement un niveau tres moyen en anglais. L’ecart le plus visible entre europeens se ressent surtout chez les moins de 30 ans.
Il fait 42 degres aujourd’hui a Yulara. C’est un chaleur seche et meme si on transpire, il ne fait pas lourd ; bizarrement, ca reste plus supportable que l’Inde et sa chaleur moite.
Je finis de preparer le repas 2h avant que les touristes ne reviennent, ce qui me laisse tout le temps pour prendre quelques photos de l’endroit ou j’atteris et ou on me laisse seul, a chaque debut de tour. Quelques photos-souvenirs de mon 1er job remunere hors de France :

L’interieur de la piece commune
Le barbecue de competition !
Le campement
Les lits

Les prix s’envolent : 800 dollars pour 3 jours (600 euros) ; plus de 1000 dollars pour 4 jours (plus de 700 euros).
23 Janvier 2011

Il est 5h30. Lever du soleil. Dans le bush, on entend les dingos pousser des cris de loups.
Il va faire chaud aujourd’hui ; autant faire les taches habituelles le plus tot possible. A partir de 8h, ca cogne dur !
L’apres-midi, c’est parti pour King’s Canyon. Les arrets sont courts, on ne peut rester tres longtemps au soleil.
Nous arrivons a Canyon Creek, au Bush Camp, le second campement de ce tour.
Jason me fait savoir qu’un serpent se cache generalement sous le micro-onde, dans la piece commune :
– « Et quel genre de serpent ? »
– « Python »
C’est bon, c’est un gentil…
24 Janvier 2011

Au cours de ce tour, je trouve plusieurs techniques pour etre plus productif. Ce matin encore, je termine largement plus tot que d’habitude.
Fatigué, mais desormais, plus debordé.
Il est midi. Fin de mon boulot.
Encore 1500 kms d’avalé en 3 jours. L’equivalent d’Alice Springs-Adelaide ; ou si vous preferez, Clermont-Ferrand-Budapest a chaque tour !
25 Janvier 2011

1 jour de repos. 1 seul petit jour de repos avant de repartir pour un tour.
J’en profite pour faire une chose importante avant d’oublier : filmer la ville.
C’est souvent le lieu dans lequel on reside le plus longtemps qu’on oublie de garder des images.
Je prends un velo pour capturer les « preuves » de cette ville improbable.
Le soir venu, Rossco m’amene bien sympathiquement jusqu’en haut de l’Anzac Hill, qui surplombe Alice Springs :

Anzac Hill – Anzac signifiant Australian and New Zeland Army Corps

C’est en fait un monument commemoratif de tous les combats menés par les australiens et les neo-zelandais depuis la 1ere Guerre Mondiale : Turquie, Coree, Papouasie… mais aussi la Bataille de la Somme, en France.

Sommet de l’Anzac Hill

Demain, c’est l’Australia Day, un evenement plus important que Noel aux yeux des australiens.

 

australia

L’Australia Day
Cette fete commémore la création de la première colonie britannique sur le sol australien en 1788. A l’epoque, elle a reuni 11 bateaux charges de vivres, d’armes et de materiels de construction ; 250 soldats avec leur femme ainsi que 751 convicts (forcats). Un seul but : construire l’Australie (vaste chantier…).
Et 1ere fondation : le bagne construit dans une crique qui deviendra la baie de Sydney…
La « Premiere Flotte »
Cette Premiere Flotte connu les pires conditions une fois debarquee sur le continent australien : le blé apporté d’Angleterre avait moisi durant le trajet, le betail etait mort ou alors perdu dans l’outback. La plupart des forcats sortaient des taudis londoniens et ne connaissaient rien a la peche ni au travail de la terre. Ce n’etaient en fait pour la plupart que de petits delinquants. Apres 8 mois passes en mer, les convicts aspiraient a la liberté. Il n’en fut rien car les conditions de vie furent encore plus deplorables une fois debarqués : chatiments corporels, durete des travaux ; les forcats allaient parfois jusqu’a commettre un meurtre pour etre executes, et enfin etre delivres de leur calvaire. S’enfuir ? Pour aller ou ? Ceux qui l’ont tentés sont morts d’insolation, de faim ou tomberent sous les lances des aborigenes.
Apres avoir purgés leur peine, leur seule issue etaient de s’acheter une ferme ou un petit commerce ; ce qui etait dans l’interet du gouvernement britannique qui preferait montrer l’Australie aux yeux du monde comme une terre de libre-entreprise et non pas seulement une immense contrée penitentiaire.
Neanmoins, a l’exception de l’Australie-Meridionale, tous les Etats Australiens se sont construits sur le travail des convicts.

Autrefois une honte, descendre d’un membre de la Premiere Flotte – simple soldat ou meme forcat – est aujourd’hui une veritable fierté pour un australien.

Alice Springs vue depuis l’Anzac Hill

Il fait quasiment nuit. Rossco souhaite se rendre a l’ancien poste telegraphique d’Alice Springs : 3 maisonnettes perdues dans la pampa, tenue a l’origine, par un certain Charles Todd (d’ou le nom de la Todd Street et de la Todd River) et sa femme, une certaine Alice…
Effectivement, Charles Todd nomma ce lieu en hommage a sa femme. Autrefois simple station de relais telegraphique, la ville grandit et parvint a se developper grace a la presence d’un trou d’eau.

Et « Springs », ca vient d’ou ?
« Springs » signifie « jaillir », « s’elancer » et c’est justement la raison pour laquelle cette ville, situee en plein milieu du Red Centre, existe : l’eau provenant de son sous-sol.
26 Janvier 2011

Je prends le taxi, et encore une fois, c’est un indien qui m’amene a Adventure Tours sur Power Street, a l’autre bout de la ville. C’est la ou les rickshaws manquent pour  ce genre de petits trajets : ici, il faut compter environ 17 dollars de taxi (12 euros) !
26 Janvier… 223 ans jour pour jour depuis l’arrivee de la premiere flotte australienne. Et il s’en est passé des choses en 223 ans lorsque tu vois Luke, le guide : barbe de 8 jours, grassouillet, piercings au nez et aux 2 oreilles. En chemin, pour aller recuperer les 1ers touristes a l’hotel, il teste le micro du bus en criant : « Mother f***** » et le soleil se leve sur une musique ragga qu’il vient de mettre « plein pot » dans le vehicule. Sans ca, il est sympas. Un « Aussie » pur et dur (surnom des australiens).

Les drapeaux australiens flottent sur tous les bus de la compagnie. La plupart des employes sont deguisés et tatoués de decalcomanies pour l’occasion.

Mais pendant que certains s’amusent peut-etre a Alice Springs, je suis a Yulara, comme d’habitude, seul, a preparer les quelques plats avec le son de la radio et le bruit des ventilateurs de la piece commune.
Journee des plus normales dans le Red Centre : une quarantaine de degres encore…

27 Janvier 2011

En ce qui concerne les touristes, la bonne ou la mauvaise ambiance ne tient a rien : il suffit d’un seul extraverti et ca change toute l’humeur d’un groupe ; ils prennent alors plaisir a marcher ensemble sous 40 degres dans l’outback ; en revanche, et pour exactement la meme virée, ca devient un calvaire lorsque l’entente n’est pas au rendez-vous…
Pour la penibilite du travail, c’est a peu pres pareil. Ca depend vraiment des mentalites et des touts premiers gestes de depart. Si ils prennent l’habitude de laisser la moitie des choses sur la table, ils le feront pendant les 3 jours.
Pour ce tour, non seulement il n’y a que 10 personnes (plus simple pour tout) mais en plus, ils ramenent absolument tout jusqu’a l’evier ; et se proposent meme d’essuyer les plats et les couverts avec toi. C’est moins laborieux et j’ai toujours autant de compliment, ca fait plaisir.

Nous partons en direction de Canyon Creek.

Je m’endors comme d’habitude durant tout le trajet. 5eme fois que je passe devant mais pour la 1ere fois, et meme si je suis »dans le paté » comme d’habitude, je prends le courage de faire une petite photo du :

Lake Amadeus – Un grand lac salé du Red Centre

Nous arrivons a Canyon Creek, au Bush Camp :

Le Bush Camp – Meme principe qu’a Yulara

Il a fait 43 degres aujourd’hui…

28 Janvier 2011

Il est 3h50 du matin, j’ouvre a nouveau la porte de la piece commune pour faire le petit dejeuner, que je referme immediatement pour ne pas faire entrer d’autres insectes attirés par la lumiere.
Les souris, deja presentes, s’enfuient.
Les sauterelles, elles, restent et s’amusent a se coller a toi.
Suicide collectif des fourmis dans l’urne d’eau chaude destinée au café. Toujours un torchon a la main, je repousse les libellules et les autres insectes volants qui se mettent sur les plats empilés et les couverts du buffet.
Je prepare les oeufs brouillés.
Nouvelle colonie de fourmis. Repérage du foyer de resistance et pulverisation au liquide vaisselle (j’ai trouvé que ca).
Le petit dejeuner commence. Je continue de repousser les insectes sur le buffet. Moins les touristes en voient, mieux c’est…
Ils partent ensuite pour King’s Canyon.
Je reste, comme d’habitude au Bush Camp pour changer les draps.
Il fait encore nuit. Pour le moment, c’est par terre qu’il faut regarder.
Puis, le jour se leve.
Un pied hors des tentes et c’est le debut des combats contre les mouches (combat perdu d’avance, va sans dire…).
Dans les tentes, je balaye les sauterelles, les araignees et les papillons de nuit ecrasés par les touristes durant la nuit. Le reste se fait a coup de balai ou de chaussures.
C’est fini, je mets la table pour midi et je prepare le repas.
Les fourmis rejaillissent d’un peu partout.
Re-pulverisation.
C’est au tour du gros lezard. Il rampe sur une poutre horizontale avec une envie tres pressante : « l’excédent » tombe a un metre de mes pieds (et du repas de midi surtout).
Nettoyage du sol souillé.
Le seul animal abonné absent de la journee a ete le python sous le micro-onde…

Voila ce que c’est d’etre en plein milieu du bush australien…
Tu ne vis pas dans la nature, tu vis avec elle !

Fin de mes 3 jours de mission. Suite a un probleme de transmission, la voiture devant ramener quelques passagers et moi-meme a Alice Springs a 3h de retard.
Elle finit par arriver.
Nous sommes maintenant a quelques dizaines de kilometres encore d’Alice Springs, et il fait nuit.

Soudain, nous apercevons un feu de bush de chaque cote de la route !

Brulage dirigé
Le chauffeur d’Adventure Tours nous explique qu’une fois par an, les autorités declenchent des feux a plusieurs endroits du bush.
C’est une technique – devenue une priorite pour l’Australie – permettant la préservation de la biodiversité et une meilleure régénération du sol. Elle vise aussi à réduire l’accumulation d’amas combustibles dans le bush et donc, d’éviter les incendies de plus grande ampleur.

Ce n’est pas une grande fournaise puisque la vegetation est basse, mais ca reste impressionnant.

Retour au backpacker. Julien me fait savoir que je n’ai absolument rien raté pour l’Australia Day.
Tant mieux.
Les feux d’artifice et les grands shows se deroulent dans les metropoles, pas dans la « toute tranquille » Alice Springs.

29 Janvier 2011

Je passe l’apres-midi au backpacker a me décrasser de ces 3 derniers jours brulants passés dans le Red Centre, a vous ecrire ces quelques lignes a propos de petites, de grosses bebetes,de fete nationale, de chaleur et de bushfire

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Terre Rouge (5eme partie)

30 Janvier 2011

Journee detente et piscine avec les habitues du backpacker.
Le manque de sommeil et les douleurs et courbatures dues au boulot commencaient a s’accumuler.
Je decide quand meme de prendre le velo pour faire un petit tour en ville.
Sur le chemin du retour, je m’arrete devant cette pancarte ; je passais devant elle sans vraiment m’y attarder : Ankerre Ankerre. C’est le nom du terrain vague en face du backpacker, propriete et lieu sacre pour les aborigenes. Je m’interroge. Je me dis qu’il est impensable de quitter Alice Springs et l’Australie sans avoir tous les tenants et aboutissants sur la question aborigene.

C’est décidé, demain, je pars en savoir plus.

31 Janvier 2011

Je me rends au Araluen Cultural Precinct pour decouvrir la culture Arrernte (le peuple aborigene d’Alice Springs et des ses alentours) et l’histoire de Mparntwe (le nom aborigene d’Alice Springs).

 

aborigene

Generation(s) volée(s)
A l’arrivee de la Premiere Flotte, 300000 aborigenes vivaient sur le sol australien.
A l’epoque, les soldats anglais etaient loin d’avoir le dessus tellement l’endroit etait inhospitalier : insolation, faim, les forcats reconvertis en colons etaient demoralises par l’exil.
Les aborigenes, quant a eux, connaissaient leur ile sur le bout des doigts. Plusieurs tribus locales s’associerent meme pour faire face a l’envahisseur durant une bonne dizaine d’annees.
Mais les tribus s’etendaient sur tout le territoire, et leur multitude de langages differents les empecherent de former un front uni contre les anglais.
Des fusils contre des lances, les lois de la guerre sont indiscutables : victoire finalement ecrasante des colons.
Certains aborigenes survecurent grace aux missions locales. D’autres furent embauches dans les fermes et devinrent, contre toute attente, d’excellents cavaliers et gardiens de betail, habilles comme les anglais et coiffes de l’Akubra – le chapeau typique, qu’on appelle vulgairement « chapeau de cow-boy » – .
Les aborigenes permirent aussi aux pionniers de traverser, a dos de chameaux, les immenses deserts, en devenant des guides hors pair.
Manque de main-d’oeuvre, inhospitalite du territoire, les aborigenes devinrent indispensables au developpement et a la prosperite economique de l’ile.
Pour autant, le chemin fut long avant que le mot « egalite » soit sur toutes les levres.
Durant 30 ans jusque dans les annees 60, une politique consista a enlever les bebes a leur mere pour le placer dans des familles blanches ; en esperant que la generation suivante ait tout oublié de ses origines. C’est ce qu’on a appelé la « generation volée ».
Mais depuis plus de 40 ans, les lois s’accumulent en leur faveur : retrocession des terres revendiquees, nationalite australienne pleine et entiere, creation d’un drapeau aborigene : les australiens ne nient plus leur passé et finissent par accepter le fait que les terres, a leur arrivee, n’etaient pas vierges.
C’est ainsi que depuis 1998, le National Sorry Day (Journee Nationale du pardon) fut institué pour faire connaitre la Generation Volée ainsi que les mauvais traitements infligés aux aborigenes durant 200 ans.

Dans ce musee, je ne constate pas forcement une culture propre a l’Arrernte.
Par le passé, et encore aujourd’hui, des australiens blancs ont oeuvrés pour que la culture et l’art aborigene ne s’eteignent pas : traditions, cultes, peinture, quelque soit la region geographique.
La peinture aborigene est facilement reconnaissable : c’est essentiellement du dot-painting (peinture par points).

Dot-painting

Il s’agissait aussi de mettre au gout du jour d’autres formes de peintures : le wood-painting (peinture sur bois) ; sand-painting (peinture sur sable) ; body-painting (peinture sur le corps) a l’occasion de fetes et rituels sacrés.

Certains « non-natifs » s’amusent aussi a utiliser cette technique de dot-painting : subtile melange entre art contemporain et art tribal.

Et l’habitat ?
En toute honneteté, je n’ai trouvé aucune information la-dessus dans ce musee, ni ailleurs.
D’apres mes propres recherches, il est tres precaire ; parfois en pierre, mais tres souvent en bois. Il n’en subsiste plus grand chose. Ils vivaient essentiellement comme des semi-nomades dans leurs propres terres ; et meme si aujourd’hui, la grande majorite des indigenes se sont sedentarisés, ils reproduisent plus ou moins cette facon de vivre en habitant dehors ou sous les ponts, comme a Alice Springs.
Je precise tout de meme que les aborigenes reellement integres dans la societe (a Alice Springs comme dans les grandes villes) possedent une villa comme n’importe quel autre australien.

Je rentre au backpacker.

1er Fevrier 2011

Mon billet pour le musee est valable 2 jours. J’en profite.

Je reprends le velo pour m’y rendre a nouveau. Sur le chemin, je vois un nombre impressionnant d’aborigenes regroupés autour du centre d’indemnités. C’est le 1er jour du mois et les aborigenes touchent leurs allocations mensuelles (les « dommages et interets » versés par les non-natifs). La somme est plutot importante, mais la boisson alcoolisée reste la source principale de dépense…

L’Australie d’aujourd’hui
Le fait que l’Australie ait ouvert ses portes aux autres nationalités (asiatiques, africains…) a-t-elle favorisé l’integration des aborigenes en tant que minorités ?
Pas vraiment. Il y aura toujours une difference entre natifs et non-natifs. La population blanche se sent tantot redevable et compatissante ; tantot elle se prend a les detester au plus haut point, en sachant notamment que les taxes prelevées servent a payer leur alcool (consequence des vols et des degradations dans la ville), veritable fléau.

On peut aussi percevoir de la rancoeur de la part des aborigenes envers les non-natifs.
Julien, qui travaille au centre commercial, m’explique qu’un aborigene s’est fait arreté par un agent de la securité apres avoir volé un produit. Pour se justifier, l’aborigene ne cessait de repeter : « Tu n’as rien a me dire, tu es sur ma terre ».

Les initiatives d’integration se multiplient, la cohabitation reste la seule et unique alternative.

A gauche, le drapeau australien ; au mileu, le drapeau du Northern Territory ; a droite, le drapeau aborigene (le rouge pour la terre ; le noir pour le peuple aborigene ; le disque jaune, le soleil, source de vie)

L’Araluen Cultural Precinct se compose egalement d’un musee dedie a l’Aviation.
Le Central Australian Museum met en lumiere les pionniers de l’outback et la creation du 1er aeroport d’Alice Springs.
Des 1921, a Alice Springs, 2 contrats sont signés : le 1er est un contrat de service postal :

Connellan Airways – La 1ere compagnie d’aviation du Northern Territory
Un des tout premiers avions postaux

Le 2eme contrat fut signes avec le Royal Flying Doctor Service :

Un des 1ers avions du Royal Flying Doctor Service

Ce qui me donne une idee pour une partie de l’apres-midi de demain.

Nous passons la soiree a la pizzeria. Tous les aborigenes qu’on croise sur la route sentent l’alcool. On les entend crier

2 Fevrier 2011

Il a legerement plu hier mais aujourd’hui, des trombes d’eau se sont abattues sur la region d’Alice Springs. Le ciel est gris, on entre dans la flood season (la saison des inondations).
Fevrier est toujours le pire des mois dans le Red Centre. Entre 2 averses, je prends le velo pour me rendre au Royal Flying Doctor Service.

L’idee est venue d’un reverend, John Flynn : pouvoir apporter un secours medical n’importe ou dans l’outback dans un rayon de plusieurs centaines de kilometres. La meilleure facon de couvrir autant de distance : l’avion.

Aujourd’hui, et pour la majorite des gens isolés, le Royal Flying Doctor Service est devenu leur medecin de famille. Les consultations sont faites dans l’avion, au sol.

« Lorsque vous demarrez une idee, rien ne peut l’arreter » – A qui le dis-tu…

3 Fevrier 2011

1 jour. 1 musee.
Je me rends aujourd’hui au Alice Springs School of the Air : l’Ecole de l’Air d’Alice Springs.
L’isolement dans l’outback a genere un autre besoin : l’education.
C’est un organisme d’enseignement specialement cree pour les enfants de l’outback.
Au depart, c’etait la radio qui assurait les cours. Desormais, avec le developpement d’Internet et de la webcam peu de temps apres, les enfants assistent aux cours crees a Alice Springs et retransmis en direct dans une bonne partie de l’outback ; couvrant une superficie de 1300000 kilometres carres ( 2 fois 1/2 la superfie de la France).
Le seul critere pour integrer l’Ecole est d’habiter a plus de 50 kilometres d’une ecole municipale. Je vois la carte du territoire australien : ce qu’ils aiment appeler « la plus grande salle de classe au monde » regroupent 140 eleves ages de 4 ans 1/2 a 14 ans. Fermes isolées (il n’est pas rare qu’un fermier soit proprietaire d’une terre aussi vaste qu’un petit pays d’Europe), installations touristiques, communautés aborigenes, parcs nationaux… les enfants sont eparpillés dans tout l’outback.
Le plus eloignée est une fillette habitant a 1225 kilometres d’Alice Springs !
L’ecole fournit tout le materiel : satellite, informatique, programme scolaire. Tout doit etre restitué en fin d’etude, au moment ou l’enfant est en age de partir du foyer pour un internat, dans une grande ville.

Toutes mes visites dans ces differents endroits de la ville mettent en avant une chose :  la determination des australiens a vouloir vivre (ou survivre) dans l’outback, loin de tout ; et ils y sont parvenus.

De retour au backpacker, le ciel se couvre, puis se decouvre, puis se couvre a nouveau.
Les restes de l’ouragan Yasi, ayant touché le Nord du Queensland avant-hier approche du Red Centre. Tempete Force 1 prevue pour bientot.

Ciel menacant sur Alice Springs

4 Fevrier 2011

Je me leve a 3h50. 6 day-off et aujourd’hui, c’est parti pour un nouveau tour. La pluie entraine inevitablement un declin de l’activite touristique et ca ne m’est plus vraiment rentable de continuer a travailler durant ce mois pluvieux de fevrier. Qu’importe, je quitte l’Australie dans quelques jours, quoiqu’il arrive.

J’embarque avec Sheldon. Blond, les cheveux longs attachés en queue de cheval, quelque peu excentrique : il crie souvent sans raison. Sympas quand meme. Par contre, c’est le pire accent que j’ai rencontre jusque la : INCOMPREHENSIBLE !!! Un veritable « aussie » (argot pour definir les australiens) !

La journee est plutot chaude : 39 degres sur Yulara.
Je suis dans une autre salle commune. Sur le mur est affiché une carte de repartition des tribus aborigenes en Australie.
Je prends la peine de la photographier pour que vous jugiez par vous-memes :

Une couleur par tribus. Plus de 250 peuples et 400 dialectes differents…

On comprend a present pourquoi les aborigenes ne sont pas parvenus a s’unir pour repousser l’envahisseur.

 

reve

Le Temps du Reve
Pour les Aborigenes, ce sont leurs ancetres qui creerent le monde et toute forme de vie sur Terre : hommes, animaux, montagnes, vallees…
Puis les ancetres retomberent dans le sommeil, ne subsistant que leur esprit telle une force eternelle, influencant les phenomenes naturels, les naissances…
A leurs yeux, chaque personne, animal ou plante possede 2 ames ; l’une immortelle, l’autre mortelle. Cette derniere tombe dans l’oubli pour laisser place a l’ame immortelle, qui retourne au site sacré.
Chaque aborigene a le devoir de proteger son site – et donc ses ancetres – en suivant des rituels tels que la musique, le chant, la danse et la peinture.
Voila pourquoi les aborigenes responsables du site d’Uluru (pour n’en citer qu’un), en viennent a se faire du mal envers eux-memes lorsque survient un incident ou une degradation causée par les touristes osant encore (pour certains) gravir ce rocher : leur rituel n’ont pas ete suffisamment entendu pour eviter l’incident et leur devoir de protection n’a pas ete accompli.

Sur Yulara, le ciel continue a se couvrir, puis se decouvrir a nouveau. Ca reste tres instable. J’apprends par la radio qu’Alice Springs est sous la pluie en cette fin d’apres-midi.
Je suis a 500 kms au sud-ouest. C’est pour cette nuit…

5 Fevrier 2011

Finalement, une pluie pas si abondante que ca ; mais neanmoins, un gros coup de vent, suffisamment important pour m’improviser paysagiste et balayer toutes les feuilles accumulees autour des tentes.

Les touristes sont au nombre de 10 et pour la 1ere fois, les enfants sont de la partie. 2 petits danois bien elevés, et ca change toute l’atmosphere d’un groupe.

Pour autant, une fois arrivé a Kings Canyon, quelque chose s’installe, une chose qui s’immisce dans tous les boulots, en France comme en Australie. Ou qu’on aille, finalement, on la trouve ; c’est vicieux parce que ca s’approche de vous lentement puis ca s’agrippe pour s’installer durablement. J’ai nommé : la routine !
Effectivement, meme si je fais de l’itinerant durant ces 3 jours, j’ai deja acquis en 1 mois tous les automatismes. On s’arrete aux memes endroits, et je fais exactement la meme chose. Ce n’est plus possible. Avant que ca n’agisse sur mon comportement, je dois mettre un terme a ce travail. Officiellement, parce que ce n’est plus rentable de travailler avec autant de jours de repos entre 2 tours ; officieusement, parce que le mauvais temps s’installe dans le Red Centre, que mon vol est booké depuis longtemps, que les comptes sont au vert, et surtout, parce que je dois poursuivre mon voyage, evidemment ! Je verrais pour une « demission a l’amiable ».

La pluie reprend de plus belle sur Kings Canyon.

6 Fevrier 2011

Il continue de pleuvoir.
Je me leve vers 4h50 pour le petit dejeuner. Je trouve un petit scorpion dans l’evier.
Je crois que c’est le dernier animal qu’il manquait dans ma collection. Il partira pour un long voyage dans les canalisations…

Les touristes partent en excursion, finalement ecourtée de plusieurs heures.
On est passé de 33 degres hier, a 24 degres aujourd’hui. Je n’avais encore jamais rencontré une temperature aussi basse dans le Red Centre.

Les touristes apprennent que le 4eme jour de tour est annulé a cause de la pluie, deja bien installée.
Dans tous les cas, aujourd’hui etait mon dernier jour de tour et mon dernier jour de travail chez Adventure Tours. Je rends bientot mon tablier. C’est le cas de le dire.

Je rentre au backpacker. Il pleut encore des cordes.

7 Fevrier 2011

Pluie. Accalmie. Pluie. Accalmie.
Je passe cette fin de matinee et une bonne partie de l’apres-midi a vous ecrire ces quelques lignes.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Terre Rouge (6eme partie)

8 Fevrier 2011

« Salut c’est Alex,
Travailler pour votre compagnie ce dernier mois etait tres interessant mais pour des raisons financieres, je dois arreter de travailler pour vous.
Depuis 2 semaines, j’ai beaucoup trop de jours de repos et ce n’est financierement pas sufissant pour continuer mon voyage.
J’espere que vous pouvez comprendre ma situation.
Merci« 
Lettre de demission de Adventure Tours Australia envoyee par la poste aujourd’hui. En anglais, ca rend mieux quand meme…
C’est pas de la belle prose, mais au moins, je ne pars pas sans prevenir.
Le probleme, c’est que pour avoir un job, il faut souvent mentir sur le temps que l’on compte rester sur place. Si j’avais dit que je restais seulement 1 mois et demi, je n’aurais pas eu ce travail. C’est bien triste mais tout le monde fait comme ca, et il n’y a pas franchement d’autres solutions. Par contre, certains partent en courant du jour au lendemain, sans laisser de trace.
La journee n’est pas tres excitante sinon qu’il fait a nouveau beau et que les pluies successives ont bien rafraichit l’air.
Il faudra attendre le soir pour qu’on trouve un peu d’amusement en tuant une araignee red-back a coup de serviette, que j’acheve a coup de shampoing-douche (j’avais que ca sous la main).
9 Fevrier 2011
Je poursuis mes preparatifs de depart. Je file a la banque en fin de matinee pour un virement de la quasi-totalite de mes deniers dument gagnés dans le Red Centre jusqu’a mon compte francais.
Le soucis de la journee (qui, en soi, n’est pas une affaire d’etat), le voici :
Voila ce que donne 5 mois de voyage…
NON, je ne le jetterai pas ! Avant ce tour du monde, il a fait le tour de la Corse en 2008 et la Sicile en 2009. Il a meme monté l’Etna. Impossible de m’en separer… Il est sacré comme Uluru peut l’etre pour les Aborigenes. C’est dire…
Une seule solution : le rafistoler. Je pars au centre commercial acheter une bobine de ficelle. Clara me donne tous les accessoires de couture.
J’ai trouvé il y a quelque jours un jean oublié par quelqu’un. Je m’en sers pour rafistoler mon bermuda. Il me faudra pas moins de 3 films dans la salle tele (environ 7h), pour parvenir a quelquechose de convenable :
Vous en pensez quoi ?
10 Fevrier 2011
Lettre de demission, virement, rafistolage, cloture de mon compte DVD aujourd’hui. Il y a comme un petit air de depart…
J’ai encore quelque temps pour faire le tour de la ville. Une ville dont on a neamoins du mal a se separer.
Australian Dream
Autant j’ai pu parler du passé de l’Australie, autant je ne me suis pas vraiment attardé sur les Australiens d’aujourd’hui.
On a vu la maniere dont ils sont parvenus a « apprivoiser » cet immense territoire.
Mais maintenant, dans la vie de tous les jours, ca donne quoi ?
Meme si l’Australie conserve ses liens administratifs avec la Grande-Bretagne, les liens politiques avec les USA se font ressentir, et par dela, des similarités dans le mode de vie, la culture, les valeurs. Et du fait de leur isolement geographique, ils se refugient d’autant plus dans ces valeurs sures que sont le travail, la famille, les amis…
Un Australien travaille en moyenne 41h par semaine, mais lorsqu’arrive 17h, on les retrouve tous en tenue de travail, entre amis, autour d’une biere, sur les terrasses des bars. Tout couple australien a generalement 2 enfants, et possede une grande maison de plain-pied avec garage sur un terrain d’environ 1000m2. Ils vouent d’ailleurs un culte particulier a la decoration interieure de leur maison, ainsi qu’a l’entretien de leur jardin.
En ce qui concerne la religion, ils ne l’affichent pas vraiment et la considerent comme une affaire personnelle. Le catholiscisme arrive en 1er, suivi par l’anglicanisme, presente principalement dans les anciennes colonies britanniques.
Eglise anglicane d’Alice Springs
En revanche, ce qui rassemble tous les australiens (a tres peu d’exceptions pres), c’est le sport.
Plutot du genre a regarder a la tele qu’a le pratiquer, l »Australian Rules Football ou Footy, est le sport australien par excellence. C’est une forme de rugby qui se joue sur un terrain oval, avec dans chaque equipe… 18 joueurs !
Le cricket et le tennis occupent aussi une place importante dans le coeur des australiens.
Et n’oublions pas bien sur le rugby. Alice Springs a egalement son equipe.
Le terrain de rugby d’Alice Springs – En plein coeur de la ville
Cinéma, shopping, sorties culturelles, la consommation va bon train en Australie : salle de restauration et de souvenirs dans chaque musee ; la videotheque vendent toutes sortes de boissons, barres chocolatees et pop-corn avant de partir visionner ton film ; distributeur de billets a l’interieur meme de petits commerces et superette… Les meilleures techniques de marketing sont presentes et c’est notamment grace a cela que l’economie tourne bien en Australie. Le pays consomme.
Ce soir, j’achete un pack de biere. Pour des raisons de disponibilite de chacun, on fete mon depart un jour plus tot. Barbecue dans le jardin.
Depuis 1 semaine, je supplie Rossco, le gerant kiwi (surnom des néo-zelandais) de me faire le Haka. Mais si, vous savez, c’est la danse traditionnelle que font notamment les All Blacks au rugby avant de debuter un match.
Il nous dit qu’il y a une forte symbolique dans cette danse et qu’il ne peut pas la faire sur commande. Ce que je comprends tout a fait.

La soiree se passe jusque tard dans la nuit.

 

11 Fevrier 2011
Nous nous retrouvons tous les 4 : Clara, Julien, Rossco et moi. On va dans l’arriere-cours, un peu en retrait par rapport aux chambres, et on continue la soiree en « petit commité » autour de bieres et de vins australiens.
Rossco s’en va quelques secondes. On se remet a parler francais un court instant avant qu’il ne surgisse a nouveau, torse nu, l’air fier. Il fait d’abord quelques pas avant d’adopter une position d’attaque : mouvement brusque des bras, jambes legerement pliées, froncant les sourcils, serrant les dents, nous regardant fixement tel un combattant pret a bondir. On a l’impression qu’il entre en transe : Le Haka vient de commencer…
Son chant resonne. Inderangeable, il reste concentre sur ses cris et ses gestes : une danse melee d’un chant guerrier profond, qui nous donne la chaire de poule a tous.
Ca ne dure pas longtemps, peut-etre un peu plus d’une minute. Puis il repars comme il est arrive. On mettra plusieurs secondes avant de comprendre que la danse et terminée et on finit par applaudir.
Il revient ensuite tout normalement. Une longue accolade s’en suit pour le remercier de ce cadeau. Et c’etait bien mieux de l’avoir recu dans cette arriere-cours plutot que devant tout le monde.
Je me retrouve avec Julien, qui, finalement, m’aura interviewé un peu tous les jours. Une petite question par-ci, une autre par-la. Sans vraiment que je m’en rende compte, il m’a soutiré pas mal d’infos.
Il est temps de dormir.
Mon dernier jour. Dernier jour entier dans le Red Centre.
Je passe ma journee aux quelques preparatifs d’avant-depart. Envoie d’un colis en France, nettoyage des vetements, Clara, telle une infirmiere soigne depuis 2 jours une infection que j’ai au pied.
Je recouds mon sac a dos, je recharge mon portable. Et je distribue toute la journee les bieres restantes a travers le backpacker – membres permanents autant que les gens de passage – : ecossais, anglais, allemande, autrichienne, hong-kongaise et Julien, qui continue, le soir, a me poser quelques questions sur mon voyage.
Je profite de ces derniers moments jusque dans la nuit. Ca sera dur demain, je le sais.
1 mois et demi passé au meme endroit. Je ne referais jamais ca durant ce voyage.
12 Fevrier 2011
Jusqu’a l’aeroport, j’ai le chant du Haka qui resonne dans ma tete et les vaines imitations des cris aborigenes que l’on s’amusait a reproduire pour se saluer dans le backpacker. C’etait vraiment une super ambiance. J’ai quitté mon boulot, cette petite « maison-backpacker » et les gens qui y residaient… Ca fait beaucoup d’un seul coup. Et je quitte en meme temps cette terre rouge. On s’attache vraiment a Alice Springs.
J’en avais presque oublié la maniere dont je voyageais : seul.
J’ai pas franchement le sourire jusqu’a l’atterissage de l’avion a Sydney.
Il pleut. On ne peut pas dire que la ville soit extremement bruyante, mais la transition est rude entre la chaleur du Red Centre et ici.
Je prends le train de Sydney qui m’amene jusqu’en centre-ville.
Au 1er backpacker que je trouve pour vouloir y dormir seulement une nuit, il me dit que c’est complet, ainsi que tous les autres backpackers qu’il a telephoné dans le quartier.
Je lui demande pourquoi. Il me repond qu’il y a un festival musical important ce week-end a Sydney et que tous les backpackers ont ete pris d’assaut.
Croyez-moi ou pas, c’est une fois sorti bredouille de ce backpacker, a nouveau sous la pluie, que je retrouve le sourire : j’ai retrouve « la galere » !
La bonne vieille galere, celle dont il sera encore une fois difficile de s’en extraire.
Effectivement, trouver une chambre releve du defi aujourd’hui. Et c’est deja la fin d’apres-midi ; dormir dans l’aeroport pour mon prochain vol est impossible car ils le ferment durant la nuit et dormir dans un espace vert non plus puisqu’il pleut des cordes. Que faire ?
On me dit de tenter ma chance a King’s Cross, un quartier de Sydney. Je reprends le train. Arrivé sur place, les 4 ou 5 premiers backpackers affichent complet.
En me rendant dans le suivant, il m’explique qu’il faut y rester au minimum 3 nuits. Je repars encore sous la pluie. Au bout d’un moment, je ne trouve plus rien du tout.
Pas le choix, je retourne au dernier backpacker. Je lui demande 3 nuits, pour n’y rester qu’une seule.
Il me dit que finalement, il en a une de libre pour seulement une nuit. Les australiens sont honnetes. Dans certains pays que j’ai traversé auparavant, ils ne m’auraient pas fait un si beau cadeau.
Je loge ce soir au Blue Parrots, ou je pose mes affaires rapidemment avant de filer dans une salle Internet pour vous raconter mes jours et – ce soir – mes dernieres heures en Australie.
Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Au reveil

20 Septembre 2010

Je quitte la Lire turque, la part d’Europe qu’i restait ; je quitte le muezzin de 5h30 du matin (et ses rappels durant la journee), je quitte le dolmus, les PTT, l’oeil bleu et le « Sorry, I don’t speak turkish » et la main sur ton epaule qui s’en suit, comme pour te dire : »c’est pas grave, je t’en veux pas »…
Et comme il est mauvais, dans les voyages comme dans la vie de tous les jours, de trop regarder derriere soi, je me focalise sur ce qui m’attend : l’Inde.

Je prends l’avion de Kayseri pour New Delhi. Escale de quelques heures a Istanbul, je survole la ville que j’ai quittee une dizaine de jours plus tot. Grand aeroport et hasard des compagnies aeriennes, la salle ou j’embarque se divise en 2 destinations : New Delhi et Roissy Charles-de-Gaulle.
Le sourire en coin, j’entends les francais se rememorer quelques souvenirs de leur voyage organise a Istanbul. Quelques coups de soleil pour certains et les bras charges de bibelots. Si je devais emporter un souvenir de chaque pays que je traverse…

21 Septembre 2010

J’arrive a 3h30 du matin (heure locale) a New Delhi. Je prends le premier taxi pour l’hotel que j’ai selectionne.
Je monte dans un rickshaw (vehicule a 3 roues motorise tres repandu en Inde). Le chauffeur m’assaille de questions et fait mine de ne pas comprendre ma destination dans le but de me diriger vers un hotel ou il toucher sa commission. Dans ces cas-la, fermete absolue : tu dis le nom de l’hotel, le nom de la rue et pour le reste, tu le laisses parler tout seul.

Il fait encore nuit, je vois un peu flou. J’ai pas beaucoup dormi. Le trafic routier pour le centre-ville est incessant. Il pleut et ca klaxonne tout le temps. Je ne suis pas sur qu’il m’emmene dans la bonne direction.
Le chauffeur me pose la question qui determinera si je me laisserait arnaquer facilement, ou conduire vers une adresse bidon : « It’s your first time in India ? ». Je lui reponds que c’est la 4eme fois que je viens ; que j’ai deja visite le Rajasthan, le Bengale, et que j’ai des amis qui vivent a New Delhi et a Madras. J’ai bien appris a mentir au fil de ce voyage…
J’ai de la chance, il me depose pile-poil devant l’hotel. Il ne font pas cet effort d’habitude, parait-il.

J’arrive a l’hotel. La chambre n’a pas de fenetres et on ferme la porte avec un cadenas. En fait, quand on voit l’etat des sanitaires, ca ressemble plus a une cellule de degrisement qu’a une chambre d’hotel. Ca fera l’affaire, je suis creve. Je reserve meme pour 2 nuits de plus. L’hotel est vraiment bien place dans New Delhi, par rapport a la gare ; et de plus, le receptionniste est vraiment sympa.

En Inde les trains sont tellement prises qu’il vaut mieux reserver a l’avance ses destinations. Une chose que je n’ai encore jamais faite jusque la. Le receptionniste se charge des reservations depuis l’hotel sans que je passe par une combine vereuse a l’exterieur.

Il me montre son livre d’or. Nombreux commentaires sur le serieux de cet homme. D’ailleurs, un suisse a ecrit (dans un francais impeccable – c’est pour ca que je n’ai plus de doute) que le receptionniste etait digne de confiance et qu’il ne touchait aucune commission sur les reservations. Dans une ville ou l’on se mefie de tout le monde, c’est agreable d’avoir quelqu’un de vraiment fiable. D’autant que je n’ai pas un seul contact en Inde.

Au petit matin, je n’avais rien vu. Au reveil, j’ai vu.

J’ai vu le New Delhi pauvre. La misere a chaque coin de rue. La police omnipresente (les attentats de Bombay sont encore recents) qui cotoie les milliers de gens qui dorment dans la rue, sur les bancs ou a meme le sol et a moitie dans la boue. Il pleut un peu en ce moment, mais qu’est-ce que ca doit etre durant la mousson…
Face a cette pauvrete emerge pourtant une classe moyenne, pour bon nombre equipes de petites voitures citadines. Ils sont propres sur eux, respirent la sante et la joie de vivre. Ils ne se preoccupent pas de ceux qui sont a terre. L’habitude… comme si ils faisaient partie du decor. On marche, c’est tout… Le contraste entre ces deux mondes est vraiment saisissant.

Je passe encore la journee de demain a New Delhi, le temps de « comprendre » cette ville.

Les visages de Delhi

21 Septembre 2010 (suite et fin)

Difficile de surmonter le nombre de pauvres assis sur les trottoirs ou contre un mur ; et difficile de penser que l’Inde est en phase de devenir une grande puissance mondiale.
Je n’avais jamais vu autant de vieillards et d’estropies au bord de la route. Parfois, tu marches dans leur sens, tu les depasses ou tu les croises. Je les vois rarement te reclamer de l’argent. Mais ils sont bien la.

J’ai affaire a mon 1er cas de conscience depuis le depart. Quoi penser ? Quelle attitude adopter ?
Je pense que je vais faire ce que j’ai toujours fait depuis mon depart, je vais allier voyage et tourisme : rencontrer, avec curiosite et empathie ; comprendre le pays, voir sa beaute la ou elle se trouve et ne pas chercher a occulter ses laideurs, ses injustices, ses aberrations…
Pas de bonne ou de mauvaise attitude a avoir donc. Simplement etre en accord avec soi-meme.

Vous m’excuserez de ne mettre aucune photo pour tout ce qui concerne Delhi. Ce sera uniquement du texte brut ; a l’image de ce que j’ai vu : une ville brute, qui ne dissimule rien.

Apres une longue hesitation dans ma minuscule chambre d’hotel, et sans faire abstraction de ce que j’ai vu, je decide de reserver pour un tour en bus dans le Delhi historique et culturel.
Passer de voyageur a touriste est assez difficile pour le coup ; mais Delhi a plusieurs visages et je tiens a les voir tous.

22 Septembre 2010

Les distances sont enormes a Delhi. Le taxi ou le rikshaw est trop cher pour une personne voyageant seule. Impossible de tout faire a pied.
A 9h du matin, le guide vient me chercher a pied jusqu’au point de rendez-vous pour le tour en bus.

J’apprehendais d’etre le touriste dans un spacieux bus climatise flambant neuf, confortablement installe, a prendre des cliches de la misere que je vois desormais d’en haut…
ET BIEN PAS DU TOUT !
Je n’ai pas pris mon appareil photo, le bus etait des plus vetustes, les commentaires etait entierement en hindie car la totalite des touristes etaient indiens sauf moi et une autre francaise que je rencontre dans le bus. Si tu leur demande quelque chose, il te repondent gentillement, sinon ils ne prennent meme pas la peine de traduire. Leur anglais est tres difficile a capter. J’ai du mal a suivre quand on me parle et je demande souvent de repeter.

Journee tres folklorique. Et comme la veille, ca grouille de monde. Difficile de se garer devant les monuments. Tes oreilles ne sont epargnees a aucun moment par les klaxons. L’absence de passage cloute t’oblige a eviter les taxis, les rickshaws, les scooters, les velos tout en evitant la foule de gens bien entendu. Et tout ca sous une pluie battante tout en transpirant a pleines gouttes. Il fait lourd.
Moite, bruyante et ettouffante Delhi…

On a le temps de faire a peine la moitie des sites prevus. Mais j’ai quand meme eu le temps de voir des belles choses : des batiments administratifs, militaires autant que des temples. Tout prend un temps incroyable pour te deplacer dans Delhi. Personne n’est presse. Tu voudrais voir le maximum de choses, mais c’est impossible.
La nuit tombe a une vitesse…

J’ai pu constater les differents cotes de Delhi. La pauvrete comme cette volonte de tirer la ville vers le haut : elle accueille cette annee les jeux multi-sports des pays du Commonwealth. Toute la ville est en travaux et rien n’est pret. La mousson a dure particulierement longtemps cette annee. On patauge dans la boue.

Apres une journee epuisante a sillonner Delhi, je rentre a pied depuis le point de rendez-vous de ce matin jusqu’a mon hotel, dans le quartier du Pahar Ganj, le quartier des routards parait-il. Je n’en vois pas plus que ca. Mais j’ai trouve mes reperes plutot rapidemment dans ce quartier ; et bien qu’en marchant la nuit sous cette pluie qui n’en finit plus de tomber, je vois cette « ville dans la ville » deja autrement. Je commence a l’apprecier. Je ne trouve plus ce quartier bruyant mais vivant. Ca ne m’effraie plus autant qu’a l’arivee. Les lumieres des enseignes auxquelles il manque toujours une lettre ou un des neons qui ne s’allume plus, des senteurs d’epices et d’encens, des klaxons (toujours), les fils electriques qui pendent quasiment jusqu’au sol, le bruit de la pluie contre les toits de tole.
Ce soir, le temps qu’il fallait pour s’adapter a l’Inde vient de s’ecouler.

Je viens de « comprendre » cette ville.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Nouvelles brulantes

23 Septembre 2010

Je prends le train de 6h15 pour Agra, plus au sud. Je suis a la gare depuis 5h30 du matin et deja en sueur.
J’ai apprecie le quartier de Pahar Ganj, que je quitte comme je suis arrive : au petit matin.

Menaces et retard dans le Delhi
Dans le train, le journal et offert. L’un est en hindie, l’autre en anglais. La francaise que j’avais rencontre la veille m’en avait parle : je lis que les moudjahidines indiens ont ouvert le feu sur un bus de taiwanais, proche d’une grande mosquee de Delhi, samedi dernier.
Les autorites pensent qu’il s’agit d’une action contre les Jeux du Commonwealth, prevu dans quelques jours.
Du coup, la police a double ses effectifs dans toute la ville, a chaque coin de rue ; et impossible desormais d’entrer dans un musee sans se faire fouiller ni passer au detecteur.

Et parlons-en de ces Jeux. Rien n’est pret, toute la ville est en travaux.
Le gouvernement avait promis une organisation digne des JO de Pekin.
Resultat, on travaille de jour comme de nuit, accroupis a poser des paves, dans la boue, et la plupart du temps, sous la pluie.
Un pont, construit pour l’occasion, vient meme de s’ecrouler sur plusieurs dizaines d’ouvriers, et le « village » destine a l’accueil des sportifs est devenu insalubre a cause de la pluie qui s’est invite dans les locaux inacheves.
La police se dit incapable d’escorter avec securite tous les sportifs depuis leur « hotel de remplacement » jusqu’au site des Jeux.
Et tour a tour, les sportifs des etats du Commonwealth (australiens, neo-zelandais, ecossais..) decommandent, soit pour des raisons sanitaires, soit pour des raisons de Securite Interieure.

L’Inde n’etait pas prete pour accueillir des Jeux d’une si grande ampleur.

Consequences a court terme, bouchons interminables a cause des travaux et indignation du pays tout entier sur le cout exorbitant de cette organisation, alors que l’argent aurait pu servir a tellement d’autres choses (cf : 21 Septembre 2010…).
Consequences a long terme, l’image de l’Inde qui est ternie.

Je quitte la « jungle » de Delhi pour Agra. Je prends un hotel relativement correct pour deposer mon pactage.

Si le nom d’Agra ne vous dit strictement rien, les photos ci-dessous peuvent vous aider…

Taj Mahal
Loin des klaxons et des rabatteurs en tout genre

Combat quotidien
Avant d’entrer dans le site, plusieurs personnes te demandent si tu as bien achete ton ticket… Ouai, ouai, ouai…je les sens venir les cocos. J’aimerais bien voir a quoi ressemble leurs tickets.

Autant en Turquie, je me plaignais des rabatteurs qui t’interpellaient depuis leur boutique, autant la, ils viennent directement jusqu’a toi.
Et ca commence des que tu sors de ton hotel. Avis aux agoraphobes, evitez de partir en Inde : en moyenne, on t’accoste une vingtaine de fois tous les 500m.
Quand tu vas retirer de l’argent, quelqu’un te suit, juste pour te dire :  » tu vas retirer de l’argent ? c’est ici ». Je sais bien que c’est la, c’est juste devant mes yeux.
Le probleme, c’est qu’il reste devant la porte. Il t’attend.
Il y a presque toujours un flic dans chaque cabine de retrait. C’est dissuasif, on ne sait jamais.

Perdre des batailles
Je pars d’Agra seulement quelques heures pour Fatehpur Sikri, voir un monument, dit-on, incontournable.
Arrive sur place, j’ai eu le malheur d’hesiter a trouver mon chemin jusqu’au site de Fatehpur depuis la station de bus.
Ca n’a pas echappe au regard d’un type qui m’a colle du debut a la fin de ma visite, m’affirmant qu’il n’etait pas guide et qu’il ne reclamerait pas d’argent. Sur le site, il me propose de visiter la boutique de sa famille. Je refuse.
Il continue a m’incendier de questions, ce que je compte faire apres, ou je vais… Il restait a cote de moi constamment
Comme si ca ne suffisait pas, un autre s’amene. Je leur dis de me foutre la paix, je suis ici pour ne pas etre derange.
Le type fait mine d’etre comprehensif et me serre la main. Quelques secondes plus tard, il me propose tout de meme de visiter sa boutique.
Des idees morbides me traversent l’esprit… Je sers les dents, je prends une bonne inspiration et je quitte les lieux pour eviter de les mettre en pratique.

Les gens que tu accostes par toi-meme sont adorables. Ils ont le sourire lorsqu’ils te repondent. Les autres deviennent insupportables. Dans la rue, je ne leur prete plus aucune attention.
Je ne suis pas certain de vouloir trainer dans les hauts lieux touristiques. Mes prochaines destinations sont moins connues. Tant mieux.

Le prix de la victoire
Je peux comprendre les voyageurs qui deviennent vite parano en Inde.

Mais relativisons.

Lorsque tu sors du distributeur de billets ils ne te sautent pas au cou, simplement ils continuent a te parler parce qu’ils savent a present que tu peux payer, et des fortes sommes.
Tu as du mal a faire confiance aux gens et aux chauffeurs de taxi quant a ta destination : ils peuvent t’amener n’importe ou, tu ne le remarquera a peine, tellement la ville s’apparente a un dedale.

Mais la encore, relativisons.

Il faut etre ferme, et cette fermete passe par la negociation des prix avant meme d’embarquer. La destination doit etre clairement enoncee une bonne fois pour toute. C’est eprouvant, mais quasiment tout est negociable en Inde. La course en rickshaw, la nuit d’hotel jusqu’au moindre petit bibelot (meme si j’en achete jamais).
Une bonne technique est d’annoncer clairement ta destination et ton prix (et pas d’hesitation, sinon c’est fichu) ; s’il refuse, tu lui dis « Bye, bye ». Il revient toujours a la charge a peine 10 secondes apres, et accepte ton prix.
A la fin de la course, ils sont alors toujours honnetes. Ils te rendent ta monnaie sans chipoter. A ce niveau, rien a dire, si le prix est ennonce (voire rabbache), ils n’ont qu’une parole, autant pour le prix que pour ta destination.
Pas la peine de te dissimuler derriere des longs cheveux et une barbe fournie, c’est ecrit sur ton visage : tu es occidental.
Les touristes sont et restent une aubaine pour le pays. Pas encore autant respecte qu’une vache sacree, mais au final, quasiment.
Et ton insecurite n’arrange pas leur commerce. Donc ne songeons pas au risque d’etre malchanceux (qui peut autant survenir en France que la ou je suis en ce moment), ceci n’est pas une raison suffisante pour ne pas partir a la decouverte de l’Inde et des ses tresors.

En parlant de vaches sacrees…

24 Septembre 2010

J’ai un peu de temps libre avant de prendre mon train pour Jaipur.
Ca me laisse un moment pour regler 2 ou 3 trucs et faire quelques petits calculs interessants et representatifs :

Ordre de prix
A mon arrivee en Inde, j’ai passe 3 nuits au Major’s Den a New Delhi. Le cout de ces 3 nuits en plein coeur de la capitale equivaut a 1 nuit dans un camping suisse…

Le cout total de mes trajets en train pour 12 jours en Inde du Nord s’eleve a… 41 euros…

Un menu indien, une creme glacee, une bouteille d’eau minerale et un the indien m’a vallu 185 roupies. Soit 2 euros et 85 centimes…

Hier, un conducteur de rickshaw a traverse la ville de Fatehpur Sikri pour me deposer a l’arret de bus pour rentrer a Agra. Prix de la course : 20 roupies. Il s’en ai vente aupres des autres chauffeurs. Je me suis dit que peut-etre, je lui avait donne trop. Il est possible que 10 roupies suffisaient…
Le calcul fait, je venais de lui donner l’equivalent de 31 centimes d’euros. 15 centimes suffisaient…

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Conscience et tiraillement

24 Septembre 2010 (suite et fin)

Je pars de mon hotel pour la gare d’Agra. J’ai 2 bonnes heures devant moi.
Un velo-rickshaw (meme chose que le rickshaw mais le chauffeur doit pedaler) me propose la gare pour 40 roupies. J’accepte.
C’est plus long mais j’ai tout mon temps et je veux tester un peu tout.
Mais en voulant tout tester, forcement, dans un sens, on cautionne certaines choses : c’est seulement sur le chemin de la gare que je me rend compte de l’age du conducteur. Il est assez vieux pour faire ce metier.
Le pauvre, avec mon sac a dos, je fais plus de 100kg ! La moindre montee le fait se mettre debout.

40 roupies… 80 centimes d’euros pour traverser la moitie de la ville.

Si je lui demande de s’arreter, il ne gagnera pas sa course. Si je lui donne plus, je cautionne encore davantage, surtout en tant que touriste occidental… Que faire ?

Arrive a la gare, je lui donne ses 40 roupies.

Heureusement, j’avais pas negocie le prix avant de partir. Je m’en serais voulu.
En sueur mais avec un grand sourire, il me remercie.
Je lui laisse 10 roupies de plus. Tant mieux et tant pis.

Au bout de quelques jours en Inde, on perd le sens du discernement ; ce qui est bien, ce qui est mal ; et surtout trouver la limite entre les deux. Les cas de conscience s’accumulent.
Ton corps en Inde et ton esprit occidental : un cerveau pour deux cultures….

Les indiens, eux, ne se posent pas autant de questions. Lui, tant qu’il a ses  jambes, ses bras et la force pour pousser son vehicule, il continuera.

La religion comme explication
L’hindouisme est fonde sur le fait que le corps est perissable, que la vie n’est que souffrance et que l’ame se reincarne d’un corps a un autre, eternellement.
Quand il faut gagner sa vie tant qu’on a la sante, et que la religion tend a pousser dans le meme sens, on travaille.

Trouver l’equilibre
Desormais, toute la monnaie qu’on me rend en piece, je la mets dans ma poche.
Il serait lache de ne donner a personne, mais je pense qu’il n’est pas bon non plus que les touristes occidentaux soient les « poules aux oeufs d’or ». Alors, je donne autant que les indiens : 1, 2 ou 5 roupies.
J’avais besoin de trouver un equilibre a ma conscience. C’est fait.

J’arrive a Jaipur, capitale du Rajasthan. Je passe la nuit dans un bon hotel, a l’ecart du bruit. J’en avais besoin.

25 Septembre 2010

Je rencontre un couple d’anglais. Eux aussi, on vu New Delhi de pres ; et comme moi, ils ont pris cet hotel loin du centre « to be relax ».

Question d’education
Partout, les rues sont sales, pas entretenues.
Les gens jettent leur emballage par terre juste apres avoir consomme. Les poubelles, il y en a quelques unes, mais c’est pour faire beau. C’est comme les feux tricolores, la ceinture de securite, le clignotant…c’est pour faire joli.
J’ai vu un type en scooter sans casque, qui tenait son enfant dans une main et de l’autre le guidon, tout en esquivant les autres scooters, les velos, les rickshaws, les chiens errants…

Je vois les gens racler leur gorge et cracher tout le temps. Rien n’est parfaitement propre.
Les bouteilles d’eau vendues sont fraiches, epurees, mais boueuses sur l’exterieur. Les tables des restaurants ne sont pas systematiquement nettoyees. Coupures d’electricite a repetition dans les grandes villes (donc le refrigerateur aussi…).
Le gerant d’un « self a ciel ouvert » a meme gratte avec son pouce une cuillere avant de me la donner. Je ne fais pas le difficile, je constate simplement ; mais parfois, c’est vraiment aberrant.

Mais ce qui m’a le plus choque, et pour avoir ete sensibilise au patrimoine durant mes etudes de Tourisme, c’etait le nombre impressionnant  de detritus presents sur le site de Fatehpur Sikri classe au patrimoine mondial de l’UNESCO…

Je me rappelle subitement ce que la francaise, rencontree 3 jours plus tot, m’a raconte : en passant par la Turquie (elle aussi), un turc lui disait que compare a l’Inde, elle aura l’impression par la suite que la Turquie, c’etait la Suisse.
Je pourrais presque comprendre…

Question d’education, question de sensibilisation a l’hygiene, a la securite.
1 milliard d’indiens ; et moi, et moi et moi… je constate (parfois avec indignation) le chemin qui leur reste a parcourir…

Je passe l’apres-midi a visiter Jaipur.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !