Première grasse matinée depuis très longtemps avant de partir pour un petit tour dans le secteur de Pucon (s’il vous plait, prononcez-le a l’espagnol, sinon ca fait vieux village de Bourgogne… PS : je n’ai rien contre la Bourgogne !). Nous sommes un groupe composé d’un argentin, de 2 allemandes et d’un espagnol. L’expédition est menée par un local, amoureux de son pays, a la fois guide et chauffeur du minibus.
Il pleut un peu et nous partons a la visite des bois avoisinants la ville. Le paysage ressemble… a l’Auvergne au mois de Novembre… Le lac Caburgua qui se trouve en face de moi pourrait ressembler a celui d’Aydat.
Le guide nous fais savoir qu’au bout de ce lac se trouve la maison secondaire du chef de l’Etat chilien…
…Sebastian Piñera : Le Chili a su se remettre de son passé douloureux et aller de l’avant en élisant Michelle Bachelet, la 1ère femme présidente du Chili (2006-2010) , détenue et torturée sous le régime de Pinochet.
Divisions au sein de son parti, scandale de corruption, manifestations étudiantes, la gauche ne s’est pas relevé de ces multiples affaires pour les dernières élections de 2010. Un second mandat de Bachelet aurait été de toute manière anticonstitutionnellement (ca y est, je l’ai placé !) reconductible. Le Chili a donc voté pour élire un candidat de l’autre bord : Piñera, un milliardaire. Ce pays entend bien devenir un « tigre » d’Amérique latine : 8 pour cent de croissance annuelle, le double de celle des autres pays d’Amérique du Sud ! Une référence donc.
Peut-etre alors que la population chilienne, en se présentant aux urnes, a vu Piñera comme le gardien de cette bonne croissance.
Capital investi dans de nombreux secteurs économiques : immobilier, médias, minerie… sa carrière d’homme d’affaires et de président conjugué est toutefois loin de le mettre, lui non plus, a l’abri des scandales. Cela lui vaudra d’ailleurs l’appelation de : « Berlusconi chilien ». Tout est dit !
Nous quittons le lac Caburgua.
La dernière visite de la journée, ce sera les eaux thermales extérieurs Termas Los Pozones. La température extérieure est bien supérieure a celle des thermes du sud de la Bolivie. Ce coup-ci, c’est décidé, je me jette a l’eau.
D’ailleurs, toutes mes excuses, je n’ai pas pris la peine de prendre une photo, trop pressé de faire trempette.
Les thermes sont situés le long de la rivière (gelée). On passe de l’un a l’autre, certaines plus ou moins chaude que d’autres. Superbe sensation d’etre dans des eaux a 35 degres en moyenne alors que tombe la pluie sur tes épaules.
A la nuit tombée, on y est toujours. En sortir n’est finalement pas si dure, mais mieux vaut s’habiller vite ! Après ca, muscles totalement décontracté. Et une grosse fatigue.
Retour au backpacker qui s’est un peu rempli. Mais on est encore loin de la cohue habituelle dans ce secteur très touristique en temps normal. Tant mieux.
20 Juin 2011
Ce matin, nous partons a 1h environ de Pucon, au Parque Nacional Huerquehue. Un groupe d’espagnol du backpacker partent de leur coté. Moi je pars avec Sophie, une allemande, elle aussi dans le meme hostel, pour cette journée de trekking.
Le parc national est superbe : canyons, cascades, foret de bambous, lacs. Le parcours que nous empruntons donne un bon apercu de la région des lacs dans laquelle nous nous trouvons :
Le lac Tinquilco, encore un peu dans la brume
Quelques moutons sur la route
Petit marécage en foret
Ca commence a monter sérieusement. Mais ca en vaut la peine :
Le mirador donnant sur le lac Tinquilco. On peut voir au fond le volcan actif Villarica
Une belle cascade durant l’ascension
Ca fait déja plusieurs heures que l’on marche. Sophie commence a faiblir et préfère faire demi-tour pour rejoindre le bus de 14h10. Le prochain n’arrivera qu’a 17h.
Je tiens a aller voir les autres lacs, a quelques kilomètres.
Et me voici au superbe lac Chico
Ca continue de grimper ; et ca grimpe tellement…
… que voila la neige
Je poursuis ma route sur sentier enneigé. C’est officiel, mes chaussures ne sont plus imperméables…
Impossible de se rapprocher plus a cause de la neige (et surtout a cause de mes souliers défaillants pour ce genre d’expédition). Au loin, le lac El Toro
Et enfin, coté soleil, le Lago Verde
J’ai beaucoup de temps devant moi avant d’attendre le bus de 17h. Ca me ferait poireauter presque 2h a l’entrée du parc.
Ou alors… j’attrape celui de 14h10 en me dépechant.
Allez, on rentre au pas de course a travers bois.
Je parviens au parc a 14h06, en sueur et les pieds trempés, et je vois le bus arriver. Gagné !
Sophie attend tranquillement et me demande comment étaient les autres lacs…
Pas un nuage de la journée et ca change par rapport a hier et a avant-hier, brumeux.
Je peux enfin voir le volcan Villarica. D’ailleurs, je ne l’imaginais pas aussi proche de la ville :
Le volcan actif Villarica
Je voulais rentrer a l’hostel suffisamment tot pour admirer également le lac Villarica, a quelques rues du backpacker et que je n’est pourtant pas eu le temps de voir.
Je prends quand meme le temps de faire sécher un peu les pompes et de prendre une douche.
Et nous voici au lac Villarica, pour le coucher de soleil
A la tombée de la nuit, on apercoit encore très distinctement le volcan Villarica. Il est considéré comme moins dangereux que certains autres puisqu’il fume en permanence, ce qui le libère de manière régulière de son « trop-plein ».
Et il est pour demain…
21 Juin 2011
Jour de l’ascension du Volcan Villarica. On ne peut pas dire que je me sois beaucoup ménagé la veille avec le trekking. Cela me portera-t-il préjudice…
On est en hiver (le 1er jour d’ailleurs), il faudra affronter la neige depuis sa base jusqu’a son sommet.
Le backpacker fait aussi office d’agence pour un tour sur le volcan : a partir d’une certaine altitude, il est obligatoire de monter avec un guide.
Il faut s’équiper de la tete au pied.
On me donne des chaussures de neige. La pointure 47 ne me va pas, et n’ont pas plus haut a part 2 énormes paquebots pointure 50 ! Il faudra mettre 2 paires de chaussettes. On nous donne ensuite un pantalon et une veste imperméable fluorescente ainsi qu’un sac a dos contenant crampons (au cas ou l’on doit franchir de la glace), casque, bonnet, gant et gants imperméables fluorescents.
Attaché au sac, une grande pelle en plastique pour redescendre en glissant ! Pas mal, non ?
Et ce matin vers 8h30, nous sommes 9, de l’hostel ou d’autres hostels dans Pucon – venant s’ajouter 2 guides – a débuter l’ascension du volcan Villarica.
Au début, ca monte très gentillement. 1h de montée, 10 min de pause.
Un des versants du volcan
Puis 1h autre heure de montée, et encore 10 min de pause.
Non ce n’est pas le sommet. On en est encore très loin !
Nous prenons du retard puisque certaines filles, dont Sophie, n’arrivent pas a suivre.
Le second guide leur annonce qu’elles doivent rester la ou elles se sont arretées en attendant notre retour du cratère. Elles ont du mal a l’accepter mais si elles refusent, c’est tout le groupe qui risque de ne pas arriver au sommet a temps : les guides doivent conserver 2h de marge pour évacuer un des grimpeurs en cas d’accident. Règle de sécurité…
Un des 2 guides reste avec elles.
Il faut de plus en plus forcer sur les jambes. Je ressens dans les muscles la course d’hier, dans les bois du parc national.
Désormais, au lieu d’1h, c’est 30min de marche, 10 min de pause et ainsi de suite…
Comme je vous l’ai dit, il y a eu quelques intempéries avant que j’arrive a Pucon, et ca a duré plusieurs jours. Impossible alors de monter depuis tout ce temps. Hier, c’est un québecois qui a ouvert la voie en traçant seul le chemin dans la neige fraichement tombée.
C’est très physique d’ouvrir une voie, il y a une grosse quantité de neige a déblayer avec ses pieds, et tout en avancant. Tellement physique qu’il n’a pas atteint le sommet, si bien qu’aujourd’hui, c’est notre guide qui creuse les pas dans la partie la plus difficile du volcan : une pente a 45 degrés sur les dernières centaines de mètres qui nous sépare du sommet. On avance lentement, en serpent, les uns derrière les autres.
L’ascension n’en finit plus. On croit arriver, mais l’impression des distances est faussée lorsqu’on regarde une montagne depuis son contrebas.
Une couche de glace arrive parfois a l’improviste et la neige n’est pas a profondeur égale selon les endroits. Peu compacte, on peut tomber en une demi-seconde dans un trou de 50cm voire plus d’un mètre. Ca nous est arrivé a chacun plus d’une vingtaine de fois, et ca coupe l’élan. En ressortir pour repartir requiert beaucoup d’énergie sur une pente aussi raide.
C’est pour cette raison qu’un piolet nous a été fourni avant le départ. Et ca nous est très utile. J’arrive a le coincer dans une lanière du sac a dos dans le but d’avoir mes 2 mains pour filmer. Par contre, je suis tout sauf stable. Prendre le camescope est un effort supplémentaire mais je garde toujours cette phrase dans un coin de ma tete : « filme, filme, tu vas en rire dans pas longtemps! »
Au bout de 6h d’ascension et 1650m de dénivelé, nous parvenons enfin au sommet du volcan Villarica, culminant a 2847m d’altitude.
9 au départ, 7 a l’arrivée. J’apprends aussi que nous sommes le seul groupe de la journée a avoir atteint le sommet. Les autres groupes ont été trop lents et n’auraient pas pu redescendre avant la tombée de la nuit.
Nous voici donc au sommet…
… avec le cratère du volcan Villarica qui projette une fumée bizzarrement peu visible lorsqu’on est a coté, mais qui irrite la gorge quand le vent la dirige vers nous
En été, l’ascension est accessible a tous. En revanche en hiver, comme vous venez de le constater, mieux vaut etre en bonne condition physique.
Je classe l’ascension du volcan Villarica comme l’une des épreuves les plus difficiles de ce tour du monde. Peut-etre parce que je ne me suis pas beaucoup ménagé la veille et peut-etre aussi pour ces chaussures pointure 50 bien trop grande qui ont commencé a me faire mal vers la moitié de l’ascension ; douleur que j’ai du dissimuler face aux guides pour pouvoir gagner le sommet du volcan sans qu’ils m’ordonnent d’arreter (oui, j’ai pas franchement pour habitude de stopper en plein milieu…).
La vue de la haut ? Et bien pas grand chose :
Jugez par vous meme…
La faute a qui ? La faute au volcan Puyehue et a ses cendres volcaniques qui ont eu le temps de faire un tour du monde et de s’éparpiller aujourd’hui au dessus de la région des lacs. Les retombées sont infimes mais la vue est gachée. Hier, ca aurait été parfait, mais on aurait tracé la voie quasiment depuis la base, et donc peu de chance d’atteindre le sommet dans les temps.
Le sommet ou la vue, le beurre ou l’argent du beurre !
Quant a la redescente, c’est en pelle a neige (Made in France, au passage). Et que du bonheur. Ce n’est pas la 1ère fois que je grimpe un volcan actif ; mais en descendre en pelle a neige, c’est inédit ! Plus rapide et bien moins dangereux que de redescendre a pied.
Lorsque les pieds ne suffisent pas, le piolet, placé d’une certaine manière, sert aussi a freiner.
Nous regagnons la base du volcan en 2h. La pauvre Sophie, hier je lui montrais les photos des lacs qu’elle n’a pas découvert ; et aujourd’hui du cratère qu’elle n’a pas atteint. Mais elle garde le sourire.
C’est une fumeuse aussi ; ceci explique cela…
22 Juin 2011
C’est fini pour le Chili et sa superbe région des lacs. Je prends le bus ce matin pour passer la frontière en traversant pour la toute derniere fois la Cordillère des Andes.
Après les formalités des 2 postes-frontières, il est 12h10… et non… changement d’heure… il est 13h10, j’entre sur le territoire argentin, en Patagonie du Nord.
La Patagonie compte 1 habitant au km carré. Elle est plus grande que la France en superficie et elle fait encore partie de ces régions les moins peuplées au monde.
Du fait de cet isolement, les prix sont nettement plus élevés. C’est la raison pour laquelle j’ai opté pour la visite de la région des lacs au Chili, bien moins cher, et qui ressemble beaucoup aux paysages intérieurs de la Patagonie argentine (excepté les glaciers du sud).
J’arrive en milieu d’après-midi a San Martin de Los Andes pour un arret d’1h ou 2, le temps de partir en ville changer mes pesos chiliens contre des pesos argentins.
Il est 17h05, je reprends un car, en direction de Buenos Aires.
En quittant San Martin, c’est un paysage grisatre qui s’offre a moi :
Non, ce n’est pas de la terre, ce sont bien des cendres
Les cendres du volcan Puyehue se sont abattus sur cette région durant plusieurs jours
San Martin de Los Andes fait partie des 1eres zones touchées directement par l’éruption
On le voit mal sur la photo mais la population exposée quotidiennement aux lentes retombées, porte encore un masque au visage
Et des milliers de tetes de bétails mortent par asphyxie
Bilan humain : aucun mort cette fois-ci car les mesures de sécurité ont été prises rapidemment. Le phénomène est récurrent dans cette zone au volcanisme très actif. Le volcan Puyehue ne s’était pas reveillé depuis 50 ans. Sa dernière éruption avait fait 5700 morts au Chili.
Avant de quitter Pucon, j’ai d’ailleurs appris que quelques débuts de signes d’agitation viendraient de la part d’un autre volcan de la région…
Et oui, ici, ce n’est pas la tranquille chaine des Puys !
23 Juin 2011
Durant la nuit, j’ai traversé la partie nord de la Patagonie, ainsi que La Pampa, la région a l’ouest de Buenos Aires, connue pour ces grandes plaines ou évoluent un bétail a la viande tendre. Les argentins sont de gros mangeurs de viande.
Il est environ 14h, j’arrive a Buenos Aires.
Je franchis a pied 2 pathés de maison jusqu’a la station de métro. Trop d’attente a la billeterie, je pars a pied a la recherhce de mon hostel. De toute facon, je n’apprécie pas prendre ce type de transport en commun lorsque j’ai mon sac a dos sur moi. Trop encombrant.
J’ai gardé trop de couches de vetements sur moi : il ne fait pas froid. Un peu humide mais sans plus.
La 1ere impression que j’ai de Buenos Aires, en tout cas pour le Centro que j’ai traversé a pied, c’est qu’elle ressemble certains beaux quartiers de Paris ou circulent des hommes et des femmes typés espagnols ou italiens, et bien vetus de surcroit. C’est la classe !
J’entre dans l’hostel que j’ai choisis : salon, TV, dortoir et cuisine a disposition que l’on va exploiter pour faire quelques économies. L’Argentine, c’est pas le Pérou ! (ou la Bolivie, c’est comme on veut). Les prix sont plus élevés, moins qu’en Patagonie, mais on est quand meme dans la capitale d’un des plus riche pays d’Amérique latine.
Je ressors pour faire quelques courses au Carrefour Express (je me demande comment ils le prononcent…), puis je rentre a nouveau au backpacker pour m’installer devant un des postes Internet et vous écrire ces quelques lignes.
J’ai laissé derriere moi les volcans gronder, la neige et les cendres.
On se tourne maintenant vers la capitale.
Buenos Aires, Buenos Aires… et si on allait voir du tango ?!
J’avais l’intention dans un premier temps de me rendre au Theatro Colon, un splendide théatre. Manque de bol, il y a un évènement aujourd’hui a l’intérieur, les visites sont suspendues pour la journée.
Je poursuis ma visite dans les rues de Buenos Aires.
La marque d’affection entre les porteños (« ceux du port » : habitants de Buenos Aires), c’est la bise ; entre les femmes, entre les hommes, entre les femmes et les hommes ; bref, pour tout le monde, c’est une bise et une seule.
Ch ch ch : L’accent argentin ne ressemble a aucun autre en Amérique latine. Quelques exemples : ayer (hier – qui se prononce « ayère » – et on roule le « r ») devient « achère » ; la llave (la clé – qui se prononce « yavé ») devient la « chavé », et la « calle » ( la rue – qui se prononce « cayé ») devient la « caché ». Du coup, on entend souvent des ch ch ch dans les phrases. C’est pas vilain, c’est meme plutot joli. Il me faut juste un temps supplémentaire pour comprendre ce genre de mots (que j’utilise quasi-quotidiennement) lorsqu’ils sortent de la bouche d’un porteño.
La 1ere impression que j’avais sur la ville était la bonne. Il y a de nombreuses rues ressemblantes a Paris :
L’entrée de l’ Avenidad Viamonte
Le seul problème, c’est l’architecture des années 70 de certains batiments qui viennent s’immiscer entre les beaux édifices. Leur construction date de la dictature militaire. En un rien de temps, ca défigure toute une rue :
Un exemple sur l’Avenidad Libertad, entre le tribunal et une école supérieure
Un autre exemple sur l’Avenidad Lavalle…
A droite de la photo, vous pouvez voir le genre de facades sculptées : de nombreux batiments ont ce style francais avec ces toits assez étroits, gris et tombants quasiment a pic. C’est une des raisons pour lesquelles on la surnomme « la ville-lumière de l’Amérique latine ».
Multiculturelle, elle se place a la meme hauteur que les plus grandes capitales. Dans les années 1920, Buenos Aires est d’ailleurs la 1ère ville de destination pour les immigrés européens.
Des héritages, il y en a. Pour preuve, je pars a El Ateneo, une librairie. Sa particularité ? Elle considérée comme l’une des 5 plus belles librairies au monde :
Cet ancien théatre des années 20 conserve sa scène et ses rideaux rouges d’époque. On peut circuler librement a l’étage inférieur, au sous-sol et sur les balcons
En revanche, je suis décu par le peu de livres en anglais qu’ils proposent… Mais cette librairie vaut vraiment le détour.
Dernière visite de la journée : la Plaza de Mayo.
Je remonte d’abord l’Avenidad de Mayo :
Mais que se passe-t-il ?
Et bien encore une manifestation (comme a Valparaiso) contre une réforme du gouvernement sur l’Education (c’est ce que j’ai compris en tout cas…).
Avec les batiments en arrière-plan, on a vraiment l’impression d’etre dans une manif’ a Lyon ou Paris. Reste les drapeaux argentins omniprésents…
Sur les banderoles écrits « a bas la répression » qu’étudiants, syndicats brandissent (pas grand rapport avec les réformes sur l’éducation mais bon…) apparaissent l’effigie du Che (qui était ni chilien, ni cubain mais bel et bien argentin).
Ils ont remonté l’Avenidad de Mayo…
…jusqu’a la Plaza de Mayo. Au fond, la Casa de Gobierno (Maison du Gouvernement) connue sous le nom de Casa Rosada a cause de sa couleur
Pour la petite histoire, au mileu du XIXème siècle, 2 partis politiques s’affrontaient : les Unitaires (en bleu pale) et les fédéralistes (en rouge). Pour mettre tout le monde d’accord, le président de l’époque décida de mixer les 2 couleurs pour la facade de la Casa de Gobierno. Et on obtient… une sorte de rose saumon.
Une autre photo, celle de La Cabildo, un des rares batiments de l’époque coloniale a avoir survécu. La Plaza de Mayo est a gauche, l’Avenidad de Mayo a droite
Je peux d’ailleurs désormais prendre une photo de l’Avenidad de Mayo, épargnée par la folie des nouveaux batiments sans gout
Restée figée dans le temps, elle conserve de nombreux bars, hotels et restaurants typiquement espagnols.
Et pour se changer les idées, ce soir, c’est tango !
Je pars au Piazolla Tango, un ancien cabaret reconverti en salle de théatre.
Par respect pour les danseurs, aucune photo ne peut etre prise. Bien entendu, la salle n’était de toute facon pas éclairée durant le spectacle.
Je n’ai que la brochure pour vous consoler :
Le Piazolla Tango, considérée comme l’un des plus beaux théatres de Buenos Aires
Astor Piazzolla
Il était le musicien le plus réputé de la 2nde moitié du XXème siècle pour le tango. Avant-gardiste, ses compositions – formées de violons, piano, guitare électrique, contrebasse et d’un bandonéon (lui) – sont pour l’époque, l’affirmation d’un tango nouveau.
Il se démarqua du tango populaire notamment avec des créations purement musicales et non destinées a la danse.
Il n’hésita pas a aller encore plus loin dans la créativité en y ajoutant de la basse électrique, de la flute et de la batterie.
Mais il dut se battre jusqu’au bout contre ses détracteurs jugeant son tango nuevo comme n’étant pas du vrai tango.
Quoiqu’il en soit, ces créations furent les plus écoutées et les plus interprétées a partir des années 60 et durant les décennies suivantes.
La ou vous avez peut-etre pu l’entendre (sans savoir que c’était de Piazolla) est l’Introduccion de la Suite Punta del Este qui a été utilisée comme leitmotiv musical dans le film « L’armée des 12 singes », durant le générique et les intrigues du film.
Et maintenant, place au tango ! Le show commence vers 22h. Je suis placé au balcon, sur l’aile gauche.
Ce sont de véritables professionnels sur la scène. Le spectacle est entrecoupé de chants portés la encore sur la nostalgie mais aussi la pauvreté, les amours impossibles, la fatalité, la révolte… La musique, lente, devient énergique en a peine une demi-seconde avant de ralentir a nouveau, tout en douceur. C’est une danse triste, ca se sent a la mélodie : violons, bandonéon, piano, contrebasse. C’est une musique « belle de morosité » qu’on dansait au départ entre hommes ; ces hommes qui avaient tout abandonnés de leur Espagne, de leur Pologne, de leur Allemagne ou de leur Italie natale, vivant dans les quartiers pauvres de Buenos Aires, épris du mal de vivre car ne sachant communiquer les uns avec les autres et constamment a la recherche du bonheur qu’ils avaient au pays. Le tango, c’est donc une danse de nostalgie, et d’un reve, celui de trouver « sa belle » dans ces quartiers pauvres essentiellement masculins.
On voit dans chaque pas l’habileté et l’agilité de l’homme ; la légéreté des mouvements et le jeu de jambes fabuleux de la femme.
La danse la plus sensuelle qui soit ou les pieds s’enlacent, les tetes se frolent, les corps s’emmelent.
Il est impossible de quitter des yeux un tango avant que la danse ne soit terminée !
On est comme envouté, car on a l’impression d’y voir une hitoire, parfois une sorte de « Je t’aime, moi non plus ».
Lorsqu’on ressort de la salle une fois le spectacle fini, on a l’impression d’etre a nouveau livré a soi-meme dans les rues sombres de Buenos Aires, plus calmes que pendant la journée, un vent frais, les lumières des taxis, le bruit de sa respiration, la bouche enfouie le plus profond possible a l’intérieur du manteau, et du violon, du piano, du bandonéon et encore un de ses airs mélancoliques dans un coin de sa tete.
Voila ce qu’est un tango : quelque chose qui vous emporte puis qui vous délaisse a la dernière note.
On comprend alors un peu, au travers de cette musique, l’histoire de Buenos Aires et de ces habitants…
25 Juin 2011
Le ciel est triste aussi aujourd’hui.
L’Avenidad Viamonte pris depuis l’hostel
Un temps grisatre pour ce dernier jour a Buenos Aires ou je pars en direction de Puerto Madeiro.
Je me suis rendu auparavant au Theatro Colon. Il est a peine 14h et pourtant, on me dit a la billetterie que les visites sont bouclées pour la journée.
Un magazine, rien qu’un magazine trouvé au backpacker pour se consoler ensemble :
Ca avait l’air joli. Dommage…
Je me suis quand meme bei nrattrapé hier avec la librairie et le Piazzolla Tango.
Constitué d’anciens docks, Puerto Madeiro, l’ancien port de Buenos Aires a fait place a des lofts, des banques, des hotels.
Je longe durant quelques heures l’ancien port :
Puerto Madeiro et plusieurs millions de pesos plus tard, ca donne des anciens docks complètement réhabilités
Le nouveau pont que l’on peut apercevoir est le flambant Puente de la Mujer. Sur l’autre rive, derrière les buildings, beaucoup de verdures : un parc naturel et une réserve écologique avant d’arriver au Rio Plata qui donne sur l’Atlantique. Ca fait beaucoup de route a pied donc ce sera pour demain, lorsque je quitterais Buenos Aires.
Je me dirige ensuite dans le quartier de la Boca, très excentré et pourtant, il est l’emplacement de la première ville de Buenos Aires, le long du port et autour des usines a l’époque en pleine expansion. Le quartier est assez pauvre. Les crues récurrentes du fleuve Riachuelo ont entrainé la création de logements précaires en bois ou en toles ondulées.
Et pourtant, le quartier de la Boca abrite de la gaieté et l’une des plus célèbres rues de Buenos Aires : le Caminito.
Les maisons, peintes de toutes les couleurs viennent de l’idée originale d’un célèbre peintre argentin. Après avoir fait construire une école dans ce quartier défavorisé, il demanda aux habitants de venir peindre les murs de l’établissement. Chacun, munis d’un fond de pot, trouvèrent le résultat amusant et s’empressèrent de faire la meme chose sur leur maison de bois et de tole.
Résultat : « une salle d’exposition » a ciel ouvert aux couleurs bariolées.
Ainsi nait (et renait)…
… le Caminito
Inspirant le nom d’un tango dans les années 20, théatre de rue dans les années 50, le quartier conserva sa mentalité d’artiste ; si bien que depuis les années 70, le Caminito expose ses oeuvres dans la rue :
Le quartier désormais animé, a su conserver son architecture « populaire »
Au retour, je passe a coté du stade de Boca Juniors, surnommé Bombonera (bonbonnière) a cause de sa forme très massive. Stade mythique tout en bleu et or – les couleurs du club – ou un certain Diego Maradona remporta avec cette équipe le championnat d’Argentine en 1981. Tout autour du stade, des peintures le représentant, sans parler des bars et des magasins d’équipements aux couleurs du Boca. Les jours de matchs, la vie a la Boca s’arrete et l’on entend plus que des hurlements venant du stade ainsi que le sacro-saint GOOOOOOOAL ! En Argentine, le football n’est pas un sport, c’est une religion !
Le soleil se couche bientot et je suis loin de l’hostel.
Retour en taxi.
Je ne serais pas resté très longtemps en Argentine. Les lieux intéressants (hormis Buenos Aires) se trouvaient soit au Nord, soit au sud du pays. J’avais le choix entre attaquer le Chili dans sa longueur ou l’Argentine… Faire les 2 a la fois aurait signifíé d’énormes détours.
Mais j’ai bien l’intention de revenir un jour et d’attaquer l’Amérique latine dans sa diagonale, du Nord-Est au Sud. Ce sera pour un autre voyage (c’est dit !).
Parce que la, j’ai vraiment l’impression d’etre resté en Argentine… le temps d’un tango !
… Je voudrais l’Uruguay ! On ne peut pas dire que ce soit une grande destination touristique ! C’en est une pour les porteños, du moins, la ville ou je me dirige.
Au lieu de contourner le Rio Plata – qui sépare l’Argentine de l’Uruguay – ce qui prendrait des heures en bus, je me rends ce matin au port d’embarquement pour franchir le fleuve en ferry. Le fleuve, le fleuve… je ne suis pas sur qu’il y ait une frontière précise entre la fin du Rio Plata et le début de l’Atlantique…
Le bateau est flambant neuf : le sous-sol est prévu pour les voitures, le niveau supérieur pour les passagers avec sièges comfortables, niveau supérieur VIP, boutiques duty-free de grandes marques… un vrai terminal d’aéroport international, et tout ca pour 1h de trajet !
Ma destination est Colonia del Sacramento, en Uruguay. Cette ville, c’est l’échappatoire pour des milliers de porteños qui cherchent a quitter, le temps d’un week-end, la capitale argentine pour un décor bien plus reposant.
Pour avoir pris le bateau, j’ai l’impression d’etre sur une ile car Colonia, c’est un univers totalement différent de Buenos Aires. A vrai dire, elle ne ressemble a aucune autre vieille-ville que j’ai pu voir auparavant en Amérique latine. Elle ferait penser a un hameau du sud de la France : maisons basses, ruelles pavées, murs colorés envahis par les fleurs et ombragés par les platanes :
La Plaza MayorQuelques maisons typiquesBon effectivement, pour les platanes ombrageant les rues, il faudra attendre l’été…… En revanche, ca me gache rien au charme des maisonsPlaza de Armas
Le peu de touristes qu’il y a se sont réfugiés dans les cafés a cause du froid et c’est pas plus mal. Ca rend la ville…
…tranquille…
Classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO, la vieille-ville de Colonia del Sacramento est une destination incontournable lorsqu’on se rend en Uruguay ; et encore plus incontournable lorsqu’on arrive de Buenos Aires. Elle occupe une presqu’ile a l’écart de la ville moderne.
Comme son nom l’indique, c’est une ancienne ville coloniale fondée au départ par les portuguais. Mais les porteños n’appréciaient guère la concurrence et la contrebande qui s’y développent au détriment de Buenos Aires.
Plusieurs batailles furent livrées avant que la ville ne tombe définitivement aux mains des espagnols, qui purent désormais commercer pleinement avec l’Europe.
Colonia finit par tomber dans l’oubli, d’ou son très bon état de préservation.
Beaucoup de vieilles demeures, formidablement bien conservées et dépaysement garanti (si on ne vit pas dans le midi de la France), avec en prime :
Le port de plaisance
On peut ajouter a cela que de nombreux particuliers sont propriétaires de vieilles voitures datant pour certaines du milieu du XXème siècle :
Presque a chaque coin de rue on peut en trouver une
Ca accentue beaucoup le caractère ¨figé dans le temps¨de la ville.
J’ai trouvé un hostel juste en arrivant. Ca fait maison de campagne. En été, ca doit etre un coin super agréable. En hiver, tu remarques surtout les aérations sur les murs et au toit : c’est truffé de courant d’air ! On se caille, obligé de diner en blouson.
Heureusement il y a un bon chauffage d’appoint pour les dortoirs. Mais c’est bien tout…
27 Juin 2011
Je prends le bus ce matin pour Montevideo, la capitale, a l’Est de Colonia.
Je vais pouvoir regarder, durant le trajet de jour, a quoi ressemble le paysage uruguayen.
Et pendant ces 2h30, je ne sens pas vraiment dépaysé ! Ca ressemble a ces paysages de bocage des prairies berrichonnes un jour de novembre. A part la population typée espagnole ou italienne… Ici se trouve la différence avec les berrichons !
Les Uruguayens ? A 1ère vue (et aux 1ers sons), pas de grandes différences avec les argentins : beaucoup de ch ch ch dans les phrases, une bise et une seule, on est toujours dans le Cone Sud (et qui dit Cone Sud dit une grande majorité de la population d’origine européenne), le qué tal (ca va) juste après le Hola est assez fréquent (comme le How are you ? australien) et sans oublier…
La culture du Mate
Prononcé ¨Maté¨ (sinon ca veut dire ¨pote¨ en anglais et c’est ce que disent aussi les australiens a chaque fin de phrase).
C’est une plante originaire du Paraguay qu’on sert en infusion dans une sorte de coupe ronde surmontée d’une pipette métallique. Sa culture et sa consommation s’étend a toute l’Argentine et a l’Uruguay.
Le mate réveille, chasse les migraine, supprime la sensation de faim, et élimine le mauvais cholestérol pour permettre d’en produire du bon. En gros, le mate a tout pour plaire. Si bien qu’on le déguste partout : dans les bus, durant les repas, en marchant… Ca n’a pas l’air d’encombrer les uruguyens qui, pour certains, se balladent constamment avec leur coupe et leur thermos d’eau chaude sous le bras.
La capitale n’échappe pas a cette tradition. J’arrive a Montevideo en milieu d’après-midi. Le mate est partout, les coupes exposées derrière les vitrines ou présents sur les stands de rue.
La journée est déja bien entammée, la visite de la ville sera pour demain. Pour le moment, quelques courses pour le backpacker équipé d’une cuisine, recherche (infructueuse) de livres de voyage en anglais et surtout COIFFEUR !
Vraiment désolé, je n’en peux plus. Déja lorsque j’étais a vélo en Amérique centrale, je devais garder mon chapeau (meme sans soleil) sinon je ne voyais rien a cause des cheveux. Et c’était il y a 2 mois !
De retour a l’hostel, je ne me reconnais plus devant le miroir ! Rasé la barbe de près en plus, j’ai l’impression d’avoir 5 ans de moins.
Hum…Non… seulement un an en fait… la meme tete que sur la page d’accueil de ce blog. Promis, c’est la dernière fois que je les coupe. Vous verrez bien encore le changement quand je rentrerais dans 2 ou 3 mois.
A Montevideo, meme température qu’a Colonia del Sacramento. Pas un nuage mais froid quand meme.
28 Juin 2011
Je pars a la visite de Montevideo. Pas grand… vraiment pas grand. On en fait vite le tour.
Tout s’articule autour…
… de l’Avenidad 18 de Julio…… et de la Plaza Independencia
Les rues sont assez tranquille et les urugayens sont plutot calme par nature. J’ai rarement entendu un coup de klaxon.
Parti a 10h30, je regarde ma montre : 13h30 ! Et j’ai fais le tour des places principales et longé les docks. Je m’étais attardé plus de temps dans les ruelles de Colonia. Que faire… Pour le coup, je n’ai pas d’idées. Pour les festivités, ce n’est pas la bonne saison.
Bon allez, je rentre au backpacker avant de ressortir en fin d’après-midi pour une chose : j’avais oublié de filmer !
Les cars pour le Brésil ne partent que demain soir. J’ai peur de perdre mon temps presque 24h de plus a Montevideo. La ville est jolie mais c’est vraiment tout petit !…
29 Juin 2011
Je décide de rajouter une destination dans mon programme. Quitte a rester une journée de plus en Uruguay, autant partir vers un autre endroit, plus a l’Est, loin des grandes villes.
Je me lève ce matin a 5h30 pour me rendre a la station de cars en taxi. Je pars pour Chuy, une ville-frontière, 5h de route a l’Est de Montevideo. Le paysage est toujours le meme et pour prouver que je n’est rien contre le berry, je compte bien m’y ballader un peu.
Il est midi, le chauffeur du bus m’indique l’office de tourisme.
Une dame m’accueille bien gentillement. Je lui demande comment rejoindre Fuerte San Miguel, un vieux fort récemment rénové.
Mon dilemme, c’est que j’aimerais poser mon sac a dos dans une consigne.
Mon autre dilemme, c’est de savoir exactement de combien de temps je dispose avant qu’un bus parte pour Porto Alegre, au Brésil.
Elle me dit qu’elle ne sait pas et que je dois aller me renseigner dans une compagnie d’autobus. La ville de Chuy est traversée en ce milieu par une route nationale qui sert de frontière.
Je lui demande alors ou se trouve la compagnie de bus coté uruguay pour me renseigner. Elle me dit qu’aucun bus ne part d’Uruguay, que je dois me rendre coté Brésil. Oui, mais du coup, ma question est :
– ¨Est-ce que je peux revenir ensuite coté Uruguay pour aller visiter le fort ?¨
Elle me bredouille quelquechose d’incompréhensible.
Je lui dit :
– ¨Vous ne pouvez pas savoir les horaires depuis ici ?¨
Elle me rebredouille quelquechose d’incompréhensible. Je comprends rien a son système. On tourne en rond…
Et enfin elle me dit :
– ¨Attendez je vais me renseigner par téléphone¨
C’est bon, elle a compris toute seule.
En raccrochant le téléphone, elle me dit qu’elle ne peut pas accéder aux compagnies de bus puisque le numéro est brésilien…
– ¨…¨
Elle appelle une compagnie uruguayenne, puis après avoir de nouveau raccroché, elle me dit :
– ¨Il y a un bus qui part d’Uruguay pour Porto Alegre¨
Si on peut forcer les choses…
Autre dilemme, je lui demande :
– ¨Et pour le tampon d’entrée et de sortie ?¨
– ¨Voyez avec l’agence¨
Je ressors.
Elle m’a indiqué la consigne, une compagnie de car. Je pars ensuite vers l’autre compagnie, celle qui me fera passer la frontière. Ils m’expliquent qu’ils s’occuperont des formalités en passant devant le poste de migration. C’est bon, j’ai résolu tous mes dilemmes.
Je peux désormais partir a pied en direction du Fuerte San Miguel. Je traverse Chuy par l’Avenue centrale. Je comprends maintenant ce que me disait la dame de l’office, on peut accèder sans problème au Brésil : trottoir de gauche c’est l’Uruguay, trottoir de droite, le Brésil.
Et c’est parti pour 8kms a pied en direction de l’Ouest.
Et me voici :
Au Fuerte San Miguel
Une forteresse batie par les portuguais au début du XVIIIème siècle pour stopper l’invasion espagnole.
A l’intérieur, ce n’est pas grand. De la place pour une garnison d’une centaine d’homme…
Mais suffisamment conséquente pour servir de frontière entre les 2 pays, a quelques kilomètres près. Au loin (a peine 10kms), le Brésil…
Cette ballade au Fuerte San Miguel est assez symbolique pour moi aussi, puisqu’elle conclut la fin de 14 pays traversés ayant l’espagnol pour langue officielle. 14… depuis le Mexique jusqu’ici en Uruguay, 14…C’est pas rien quand meme… Des mois que je l’utilise, ca va faire bizarre de la quitter dans quelques heures… J’ai entendu plusieurs fois les gens me dire que je la parlais bien. Moi je ne trouve pas, c’est surtout parce qu’on me pose toujours les memes questions, alors j’ai toujours les memes réponses auxquelles je réponds assez rapidemment et, a présent, sans aucune hésitation.
De mon coté aussi, j’ai toujours les memes questions a poser, mais il est clair que je suis passé d’un niveau zéro a un niveau moyen. Des progrès, c’est sur, il y en a eu depuis mes immenses difficultés a me faire comprendre pour acheter tout l’équipement nécessaire a mon départ en vélo depuis Mexico…Dites-donc ca fait loin tout ca… et c’était toujours la meme langue…
Mais a ce que j’ai compris, les brésiliens parlent mieux l’espagnol que l’anglais, donc je risque encore de l’utiliser au Brésil. D’ailleurs, les hispanophones surnomment leur parler espagnol : ¨Portugnol¨. Moi c’était (et c’est toujours) l’Itagnol qui ressurgit de temps en temps…
En faisant un mix des 3 langues, on finira bien par se comprendre…
Au Fort, je demande si un bus se rend a Chuy ; refaire 8kms a pied, je ne suis pas d’attaque. Il me dit de me placer a l’entrée du fort, au bord de la route. Un bus passe toutes les 30 minutes, normalement…
Je n’aurais attendu qu’un quart d’heure lorsqu’une camionette s’arrete devant moi, et me propose de grimper.
2 gars sympas qui doivent travailler dans l’artisanat. Tout deux ont le mate et le thermos d’eau chaude a portée. Ca me fait sourire, car j’ai plutot l’image de 2 manutentionnaires en fourgonnette tournant a la bière ; mais ici, avec le mate, ca fait beaucoup plus distingué.
Ils me déposent a l’entrée de la ville.
Je récuère mon sac a dos en consigne. J’ai désormais tout le temps pour me rendre dans un cyber et vous écrire ces quelques lignes.
Mon car part a minuit vers des températures plus élevées.
Direction Porto Alegre. On embarque pour le Brésil !
Je suis a la douane uruguayenne. C’est ici que j’attends le bus.
Il est 00h45, et le voila enfin. C’est pas trop tot, je vais pouvoir dormir quelques heures.
Je passe la frontiere brésilienne au bout de quelques minutes.
Il est 6h50, l’hotesse me réveille : « café ou thé ? »
Je n’ai pas pu me rendormir jusqu’a 8h, l’heure a laquelle j’entre au terminal des cars de Porto Alegre.
Pas tres réveillé, j’entre dans un cyber pour chercher une auberge de jeunesse. C’est bon, ce sera l’hostel Porto do Sol.
Les taxis rouges de la ville attendent en file sur 3 voies.
Et la, au moment de dire ma direction, le chauffeur me répond quelquechose d’INCOMPREHENSIBLE : du portuguais ! Je n’ai pas saisi un seul mot. Je me rendais au Brésil avec l’espoir qu ca ressemble a l’espagnol ou a l’italien. Raté ! C’est une langue complétement différente ! Meme les mots les plus récurrents, le moindre adverbe, la salutation, le remerciement, rien !!! Retour au point de départ, dans l’incompréhension mutuelle…
Ils ne parlent pas anglais et tres peu l’espagnol.
Durant la course en taxi, je regarde les panneaux : en fait, ils se lisent tres bien ; mais c’est leur prononciation qui pose vraiment probleme…
J’arrive au backpacker. L’hotesse est a la grille.
– « Hola. Hablas espanol o ingles ? » (autant ratisser large)
– « A little »
– « Do you have a room for one night ? »
Elle me dit que c’est complet. Je tente le « sourire de l’invaincu », me laisse finalement entrer pour se diriger vers le téléphone et se renseigner sur les possibilités d’hébergement dans la ville.
Et tout compte fait, elle me dit qu’un lit est disponible ici.
Je retenterais le sourire, ca a l’air de fonctionner ici.
Elle demande a la fille assise derriere moi, sur le canapé si ca ne la dérange pas que je vienne dans sa chambre, pour occuper le second lit. Elle répond « non pas de probleme ».
Je lui dis en souriant :
– « Thank you »
– « Where are you from ? »
– « France »
– « Ah bah moi aussi »
Et c’est ainsi que je rencontre Elise, étudiante en medecine, arrivée au Bresil pour un stage a l’hopital de Porto Alegre.
Je lui offre le café de l’amitié.
2 solutions s’offre a moi : soit je pars directement me coucher (parce que c’est pas la grande forme), soit on prend un second café de l’amitié – et je tiens le coup jusqu’a ce soir – pour que l’on parte cette apres-midi rejoindre ses collegues de fac devant l’hopital, pour attaquer ensemble une visite de la ville.
Je choisis donc la 2nde option bien entendu. On dormira plus tard.
Je rencontre 2 autres lillois accompagnés de Mauricio, natif de Porto Alegre, qui nous mene dans les endroits sympas de la ville. Il a etudié a Cambridge ce qui améliore franchement la communication.
Ca me permet de lui demnder quelques phrases en portuguais :
– « Comment tu dis je m’appelle, me llamo Alex ??? »
– « Non, me chamo »
– « Mes chameaux »
L’apprentissage sera long…
Nous faisons un peu de bus, mais l’essentiel a pied :
Le marché couvert de Porto Alegre
A vrai dire, il n’y a pas de rue incontournable et bien preservées. Beaucoup de batiments des années 70 peu esthétiques.
Une des places les plus belles que j'ai pu voir a Porto AlegreEt un seconde église. Le temps est impeccable aujourd'hui
Centres culturels, musées, ballade le long du lac Guaiba. On a fait un bon petit tour.
Les gens boivent aussi le mate ici. Un peu moins fréquemment qu’en Uruguay quand meme.
La derniere etape sera le centre commercial de Porto Alegre. Je dois faire quelques courses pour ce soir. Tant qu’on a Mauricio sous la main, autant qu’il m’aide pour une chose :
– « Tu peux demander a la dame 4 tranches de jambon et 2 tranches de fromage pour moi ? »
Ca fait vraiment bizarre de revenir au degrés zéro d’une langue. Il n’y a pas un mot que je distingue, ni qui se détache d’un autre mot. Un brouillard compact ! D’ou l’interet d’avoir toujours un brésilien sous la main.
Nous laissons Mauricio devant le centre commercial. Je rentre au backpacker en taxi avec Elise.
Elle me dit qu’elle commence son stage demain, et rendez-vous a l’université seulement la matinée. L’apres-midi, ca nous permettrait de prendre un verre dans le quartiers des bars avec ses autres collegues.
1er Juillet 2011
Comme pour tous les backpackers, je dois partir avant midi.
Il a été convenu avec Elise que je devais l’appeler vers midi pour savoir a quelle heure elle finirait exactement.
Je laisse mon sac dans la chambre, et je traine un peu dans les rues de Porto Alegre. Il y a beaucoup de cabines téléphoniques dans les rues, mais elles fonctionnent toutes par carte.
Je dois donc trouver un bureau de tabac qui en vende. Je met un bon moment pour joindre Elise depuis la cabine pour me dire finalement qu’elle en a pour longtemps a peu pres jusqu’a 20h. Tant pis.
Nous avons visité l’essentiel de la ville hier, je pars reprendre mon sac a dos.
Direction la station des cars.
Je m’étais renseigné auparavant sur les horaires des cars. Pour me rendre a Sao Paulo, il n’y en a qu’un et il est a 21h…
Au guichet, on me dit qu’il est complet. Il me dirige vers une autre agence. Le prochain part dans 5min et il est moins cher. Ca c’est de la veine…
2 Juillet 2011
La raison principale pour laquelle je ne me suis pas vraiment attardéa Porto Alegre, la voici : j’ai gardé contact avec Diego, un brésilien qui faisait parti du groupe des 6 avec qui j’ai traversé le Salar d’Uyuni en Bolivie.
Super sympas, dans son mail, il m’a bien fait comprendre que je pouvais venir a son appartement sans probleme.
C’est tres bien placé m’a-t-il dit.
Il est 9h du matin, apres 18h de route, j’arrive dans la gigantesque métropole de Sao Paulo.
Et bizarrement, il ne faudra que 20 minutes pour rejoindre son appartement en metro. Tout est tres bien desservi, il m’avait tout indiqué jusqu’au numéro d’appartement.
Je retrouve aujourd’hui une douceur de climat que je n’avais pas connu depuis longtemps.
J’arrive a la réception qui donne l’impression d’entrer dans un hotel 3 étoiles.
Je demande l’appartement 111 (en espagnol) ; le concierge téléphone pour prevenir Diego, raccroche, puis doit etre en train de me dire : « Tu peux prendre l’ascenseur ».
Arrivé au palier, un gars m’ouvre et… ce n’est pas Diego.
Il parle un peu anglais et me dis « room mate of Diego ». C’est son collocataire. Je lui demande si il savait que j’arrivais.
Il me répond que non. La, je rigole lorsqu’il me dit : « le concierge m’a dit au telephone Alex, un francais est devant moi et j’ai dit un francais ? qu’il vienne »
Avec les brésiliens, on est jamais abandonné devant le palier, ca fait plaisir !
Diego arrive finalement 15 minutes plus tard. Et je retrouve le meme qu’en Bolivie. Lorsqu’on s’est quitté au Salar d’Uyuni, il est parti au Pérou pour le Machu Picchu avant de rentrer en avion a Sao Paulo, il y a 1 semaine.
Diego est developpeur informatique comme son coloc. Il travaille dans une agence immobiliere. J’arrive en fin de semaine donc il est en week-end.
Il est midi, je lui dis que j’aimerais trouver des bouquins de voyage en anglais. Nous prenons le bus pour le centre-ville, a l’Avenidad Paulista, une grande artere de Sao Paulo. Il tiens a me faire gouter la Feijoada, riz, porc, flageolet… tres lourd comme repas, mais tu es calé pour un moment.
Nous entrons ensuit dans un grande librairie, ou enfin, je trouve mon bonheur en livre de voyage.
Super séquence camescope, je l’ai filmé en train de lire un passage du Bouclier Arverne d’Asterix en portuguais.
Pour la fin de l’apres-midi, nous prenons le vélo en direction d’un parc pas loin. Son vélo est récent. Celui qu’il me donne a plusieurs dizaines d’années d’existence, et je le trouve superbe. Je lui dis : « C’est la 1ere fois que je monte sur un vélo depuis Panama »
Arrivé a un pont, je prends une photo pour immortaliser le superbe vélo de son coloc, style années 50 :
Au fond, le quartier des affaires et un nombre incalculable de gratte-ciel
Sao Paulo : 12500 restaurants, 402 théatres et salles de cinéma, 110 musées et centres culturels, 15000 bars et boites de nuits. Capitale économique, gastronomique et culturelle du Bresil.
Diego aime cette ville. Il me dit : « Quelque soit l’heure, un bar, un resto… il y a toujours quelquechose d’ouvert ».
Le parc est immense. Le faire a vélo a économisé des heures de marche.
De retour a l’appartement, Diego me propose un churrasco, un barbecue organisée par une agence de référencement internet. Entre informaticiens, tout le monde se connait a Sao Paulo.
Pas de probleme pour l’invitation : je le suis. Nous prenons le bus puis le taxi. La ville est gigantesque. Meme les habitants installés depuis plusieurs années sont loin de tout connaitre de cette ville : une métropole de 19 millions d’habitants et la plus vaste de l’hémisphere sud !
Diego ne parle pas bien anglais, du coup, pour avoir une communication plus fluide, on parle espagnol. La, je suis un peu plus a la traine : son espagnol est bien meilleur que le mien. J’ai compris comment marche le passe composé (c’est un italien a la frontiere boliviano-chilienne qui m’a appris comment ca fonctionnait…), mais désormais, je seche sur l’imparfait !
Lors des soirées bruyantes, je préfere que Diego me parle espagnol : lorsqu’il y a beaucoup de bruit, les mots s’entendent mieux en espagnol qu’en anglais…
Nous voici a l’entrée de l’agence. On entend une bonne ambiance de l’autre coté des murs. Avant de sonner, je lui dis en riant :
– « Ce soir je dois parler portuguais alors ? »
– « Non, certains parlent anglais »
Et effectivement, ca se passe plutot bien. Travailler dans le monde des nouvelles technologies permet de rester connecté avec l’anglais. Les invités, entre 20 et 30 ans, me font bien comprendre qu’ils sont heureux de me voir a cette soirée. Je me sens vraiment le bienvenu. En plus, Diego, a chaque rencontre, répete avec un grand engouement les détails de mon voyage. Avec l’intonation de pur brésilien, je l’entend dire : « Mexico… Panama… bicicletta !!! ». Je sais plus ou me mettre…
Les brésiliens sont tellement amicaux, toujours le sourire !
Et puis le Brésil, c’est un superbe métissage : italiens, japonais, européens, noirs-africains et métis pour beaucoup.
J’ai rencontré tout le monde sans probleme. Tous parlent avec une grande aisance, sans timidité, comme si je connaissais la personne depuis longtemps, les brésiliens comme les brésiliennes.
Tiens d’ailleurs…
Un mot sur les brésiliennes :
Je sens bien qu’a mon retour, vous allez m’interroger a ce sujet, donc autant anticiper. Je suis au regret de vous annoncer qu’elles ne sont PAS TOUTES belles… En revanche, le pourcentage de jolies brésiliennes sont VRAIMENT TRES TRES jolies. Et sincérement, j’avais pas vu d’aussi belles filles depuis l’Europe de l’Est.
Donc lorsque Diego, aprés cette magnifique soirée-barbecue, m’annonce :
– « Je pars en boite avec 3 copines, tu viens ? »…
Je vois pas comment j’aurais pu refuser…
3 Juillet 2011
Couché vers 5h30 du matin et réveil sur les coups de midi.
Forcément, c’est pas la grande forme. Mais ca pourrait etre pire.
Diego, lui, n’est pas d’attaque.
Lucas son coloc et sa copine me propose alors de les suivre au MASP (Musée d’Art de Sao Paulo) pour l’exposition de Yann Arthus Bertrand « 6 bilhões de Outros » (6 milliards d´autres).
Cette expo m’a chamboulé. Le principe était de filmer les gens des 4 coins du monde ; chacun devant répondre aux memes questions sur la famille, la liberté, le sens de la vie… J’ai l’impression de les avoir rencontré durant mon voyage car les voir et les entendre me font remonter pleins de souvenirs des pays que j’ai visité, mais aussi des différentes mentalités de chacun : Asie, Moyen-Orient, Europe, Amerique du Nord…
Tout se passe dans une dizaine de yourte mongols converties en salle de projection.
Superbe exposition, je la conseille a tous.
Je rentre a l´appartement de Diego qui me propose d´aller voir de la samba dans le quartier italien avec une de ses copines.
Et c’est reparti ! Diego, c’est l’archétype du Paulistano (habitant de Sao Paulo) : il travaille beaucoup, sort beaucoup, s’amuse beaucoup, dort a peine. Il vit dans la plus grande métropole brésilienne dont l´état d´esprit est celle d’avoir de longues journées de travail. Il y a toujours quelquechose a faire (attraction, manifestation, expo, danse…) chaque soir dans un coin différent de la ville.
Je rencontre Julianna, une fille adorable qui parle tres bien l’anglais et qui nous emmene en voiture jusqu’au bar a samba.
On pense tout de suite aux sambas des carnavals, entrainantes et bruyante. Ce n´est pas ce type de samba que je m’apprete a voir ce soir.
Pour traduire littéralement, c’est une « samba en rond » autour d’une table. Je m’explique : le bar est un bar comme un autre mis a part qu’il dispose d’une petite estrade ou se trouvent une table et des chaises ou se trouvent les musiciens qui improvisent autour d’une biere !
La musique se compose de guitares, de maracas, d’un cuica qui donne un son tres propre a la samba par le grincement d’une seule corde (une sorte de houhouhou), d’un tambourin, le tout accompagné de chants. C’est joyeux, parfois teintée de quelques accords mineurs mélancoliques. On peut danser la samba seul ou a 2.
Pour info, tous les brésiliens ne savent pas la danser (sortons des clichés !), autant que les argentins sont loin de tous savoir danser le tango…
4 Juillet 2011
La samba finit vers 1h du matin.
Nous partons au resto japonais a 2 pas de l’appartement.
Je suis en plein changement de rythme de sommeil ; j’adopte celui du Paulistano.
Du coup, je ne suis pas en grande forme, mais les sorties sont a chaque fois geniales.
Ce matin ? Il n´y plus de matin en ce moment.
On est lundi, Diego part au boulot. Il apprécie ses horaires : il me dit qu’en général, il fait 11h-21h et sort aprés le boulot jusqu´a 3h du matin.
De mon coté, je voudrais partir cette apres-midi visiter le centre-ville.
Le probleme, c’est que son coloc aussi est parti, et je n’ai pas de clé pour fermer la porte. J´appelle Diego.
Il me dit :
– « Le concierge a une clé de secours, c’est une clé verte, demande-la »
– « Et ca se dit comment en portuguais ? »
– » Tu dis juste Diego falov para mim que você tenhia uma chave verde »
– « … hum… chave verde ca suffira… »
Je descends a la réception est sort un mélange espagno-italo-portuguais:
– » Diego chave verde apartamento 111″
C’est bon il a compris.
Je prends le métro pour le centre-ville, mais tres vite, en me retrouvant seul dans ce dédale de rues, je ne sais pas vraiment quoi faire. Le quartier n´est pas franchement beau. A la limite, je préfererais déambuler dans les rues avec quelqu’un du genre… au hasard… une brésilienne !
J’ai passé a pene 2h dans le cenre avant de rentrer a nouveau.
J’utilise le PC de Diego pour commencer l’écriture du blog sur ces derniers jours au Brésil.
Il est plus de 20h, je n’ai pas le temps de terminer que Diego m’appelle :
– « Tu viens prendre un verre avec une copine ? »
– « Tu passes pas par l’appart´? »
– « Non, rejoins-moi rue Augusta »
– « Je sais plus ou c’est »
– « Prend le métro, ligne verte, arret Convençao, je t’attend devant »
Tout est tellement plus simple dans une ville équipée d´un métro. Impossible de se tromper.
Je rencontre d’autres amis a lui et la Julianna d’hier. On parle, musique, cinéma… Je constate qu´ils connaissent plus de groupes et de films francais que j’en connais du Brésil. Et pourtant des bons films brésiliens, il y en a.
En Bolivie, j’avais dit a Diego que je connaissais uniquement Cidade de Deus (la Cité de Dieu). Il m’a répondu que c’était un bon film, tres connu au Brésil. Il m’avait alors parlé de Tropa do Elite (Troupe d´Elite). Le titre sonne un peu « série B » mais ne vous y trompez pas, il a connu un franc succes au Brésil par son histoire poignante sur la BOPE (le bataillon des opérations spéciales) en charge de combattre la criminalité dans les favelas de Rio. Cette brigade existe belle et bien. Elle porte un autre nom pour celles intervenant dans les favelas de Sao Paulo.
5 Juillet 2011
Il est 1h du matin, apres plusieurs verres de bieres puis le meme resto ou il y a 2 jours, Pedro m´a fait gouté la feijoada, nous rentrons tous pour la séance cinéma « Tropa de Elite », en portuguais sous-titré anglais.
Le film commence par du funk carioca, un rythme né dans les favelas de Rio.
On en reparlera de ces favelas…
Le petit plus, c’est d’avoir vu le film aux cotés de brésiliens : on se sent encore un peu dans le film meme apres qu’il soit fini.
Superbe producion, scénario et vraimen de tres bons acteurs.
Ames sensibles s’abstenir. Pour les autres, regardez-le absolument !
Je dors a nouveau sur le sofa du salon, bien comfortable d’ailleurs.
Diego me réveille vers 11h pour me dire qu´il part au boulot. Je lui avais dit la veille que c’était mon dernier jour a Sao Paulo.
Je le remercie pour toutes ces b0nnes sorties. Il compte venir en France l’an prochain. Je l’accueille avec grand plaisir.
Une douche, je rassemble mes affaires.
Je pars au terminal des cars. Direction Rio de Janeiro, ma derniere etape de ce (court) voyage au Brésil.
Et maintenant je voudrais que chacun ait une pensée pour un vieux compagnon de route qui vient de me quitter. Des années de bons et loyaux services, de nombreux courts-métrages et voyages, l’Angleterre, l’Ecosse, l’Espagne, le Portugal, la Corse, la Sicile, l’Allemagne, la Hollande, La République Tchèque et 28 autres pays durant ce tour du monde : mon camescope vient de rendre l’ame et je m’en apercois dans le car qui m’emmene a Rio.
Au moment de changer la cassette, il a émis quelques sons étranges. Je peux insérer une nouvelle cassette, je peux voir encore ce que je filme, mais je ne peux plus enregistrer. Lorsque j’appuie sur REC, il fait le bruit du camescope-en-phase-terminal. C’en est finit. Je connaissais tous ces petits sons bizarres, ses signes de faiblesses, ses caprices dus aux changements de température ; j’ai essayé de le réanimer durant le trajet, mais c´est clair maintenant, je n’ai pas d’autres choix que de m’en procurer un nouveau. Je ne prive pas de vidéo ces touts derniers mois de voyage !
Il est 20h, apres 6h de trajet, me voici a Rio.
Un taxi me dépose devant l’hostel.
L’une des premieres questions que je pose est : « Ou est-ce que je peux trouver un magasin vendant des camescopes ? »
Le réceptioniste me donne une adresse, c’est au bout de la rue et c’est encore ouvert.
Sur place, un caméscope ! Ils ne vendent qu’un seulmaleureux camescope, et il ne me convient pas du tout.
Je rentre a l’hostel. Ils m’indiquent un autre endroit pour demain matin.
Avant toute visite de la ville, l’achat d’un nouvel appareil devient la priorité !
6 Juillet 2011
Je pars en direction de Lojas Americanas, unebotique a 2 pas de l’hostel.
3 cameras cette fois ! Elles sont toutes en HD, peu maniables, n´acceptent pas les cassettes DV forcemeny et coutent un bras !
Je me rend dans un cyber pour trouver LE magasin high-tech de la ville.
C’est bon, j’ai trouvé. Je prends le taxi pour le centre-ville.
Ca s´appelle PROMOINFO, et c’est un grand magasin constitué de petits magasins vendant de la connectique, des souris, des casques audio, des appareils photos et quelques camescope. Il doit y avoir une cinquantaine de petits magasins mais je me rend vite compte qu’ils vendent tous exactement la meme chose. Les quelques appareils qu’ils ont sont HD et coutent les yeux de la tete. J’interroge a droite a gauche, aucun professionnel n’est capable de me dire ou est-ce que je peux trouver un camescope mini-DV.
Le dernier commercant a qui j’explique mon probleme me dit que les modeles mini-DV ne se font plus. Ca, je le savais, mais j’aurais esperé que dans tous ces magasins, il y aurait des rayons discount ou achat-revente par les particuliers.
Mais non, rien. Ce que je reproche aux HD ? D’etre peu maniables car les fabriquants les font trop petitetaille. J’ai une quinzaine de cassette mini-DV qui ne me serviront plus, mais surtout, la raison principale : c’est hors de prix.
Je désespere…
Je ressors du magasin. Me voila au milieu d’une place ou les gens déambulent. Moi, je suis a l’arret et je cherche une solution.
Il va falloir creuser mieux que ca…
Je me rend dans un autre cyber pour partir a la chasse aux particuliers. Je mets 2h pour trouver le bon camescope, comparer les prix et trouver un particulier qui vende ce que je veux et dans la ville de Rio. J´ai de la chance d’etre dans une ville assez grande pour avoir un peu de choix. Mais je remarque qu´a Sao Paulo, il y avait encore plus d´offres. Pas de bol, a 1 jour pres…
Je trouve quand meme mon bonheur et je décide de tout miser sur ce particulier. Il possede un JVC mini-DV GRD275U : quasiment le frere jumeau de celui que j’ai depuis des années. Je lui envois un mail pour connaitre son adresse et m’y rendre.
Je ressors du cyber n’espérant pas avoir de réponse avant un moment (voire pas de réponse du tout). Je tente de l’appeler d’une cabine. Mais entre l’indicatif de la ville et le code préliminaire avant d’entrer son numéro, je n’y comprends rien.
Je décide de rentrer a l’hostel. La réceptioniste me donne le téléphone. Depuis le fixe, je n’ai simplement qu’a composer son numéro, c’est plus simple que dans une cabine.
Je parviens a joindre la personne. Je lui dis des le départ :
– » Hola, no falo portugues »
Je suis tres loin de comprendre ce qu’il me dit, mais lorsqu’il me parle, je commence dans mon esprit a savoir détacher les mots les uns des autres. J’avais sous les yeux le nom du site web et la marque du camescope. Je lui dit de m´envoyer un mail avec son adresse a Rio pour que j´aille voir le produit de mes yeux. Pas la peine de compter sur un envoi postal, ca prendrais des jours.
Il me répond 1h plus tard en me disant qu’il peut passer directement a l’hostel vers 9h demain matin.
Parfait, j’espere qu’il aura tous les accessoires, que ma batterie sera compatible, que le NTSC n’aura pas trop d’influence sur l´image finale (l’Europe fonctionnant en PAL), bref… je prendrais le temps qu’il faudra avant de me décider. Mais d’un autre coté, ai-je le temps de trouver un autre particulier ? Pas vraiment…
Rio de Janeiro sans vidéo, mais quelle horreur ce serait !!!
En plus ce soir, je pars dans un grand stade de foot pour voir un match du championnat brésilien : une équipe de Rio contre São Paulo, et je n’ai rien pour filmer… Je n’aurais pas d’autres occasion de voir un match au Brésil et je vais devoir me passer de l´ambiance d’un stade lors du montage final. Et vous aussi d’ailleurs…
Ou alors, une solution : j’utilise la fonction vidéo de mon appareil photo mais c’est vraiment de pietre qualité. Ca fera l’affaire…
Le match ? Une ambiance incroyable, j’ ai entendu un bon nombre de chants différents a la gloire des Flamengo (une des équipes de Rio). Sao Paulo (qui est le nom d’une des équipes de Sao Paulo) sont réduits a un petit carré de supporters. Jamais les 2 clans ne se croisent, que ce soit a l’intérieur, en entrant ou en sortant du stade. La police est a l’intérieur et autour du stade. Pas d’incident ce soir et des tribunes en ébullition : les tambours n’ont pas cessés durant les 90 minutes. Score final : 1-0 pour Rio et j’ai senti les gradins trembler au moment du but.
7 Juillet 2011
Retour a l’auberge de jeunesse vers 1h du matin.
Un type arrive a l’hostel et demande a me voir. Je vais enfin voir le produit qu’il veut me vendre.
Je l’inspecte et le teste avec mes propres cassettes.
Il avait l’air neuf, mais au moment de visualiser les rushs, ca grésille, l’image n’est pas nette. Je lui dis simplement que je n’en veux pas. Un peu décu, je me félicite surtout qu’il ait fait le déplacement pour rien, et pas moi… Donc pas de quoi se prendre trop la tete sinon que… je n’ai toujours pas de camescope…
Ce matin, une polonaise arrive a la réception pendant que je suis devant le poste internet, a relancer les autres vendeurs potentiels en leur écrivant de venir directement a l’hostel. Les heures défilent. Pas de réponse.
Je pars juste a la poste : une lettre a envoyer pour avoir le retour de taxe lorsque j’ai travaillé en Australie. Dehors, il fait un temps excécrable. Il pleut, la brume s’est installée. Pas grand chose d’autre a faire aujourd’hui.
De retour a l’hostel, pas de réponse sur ma boite e-mail.
Je commence alors a discuter avec la polonaise qui attend toujours pour le check-in. Je lui dis au passage, que j’ai rencontré une autre polonaise dans ce meme backpacker. Ca valait la peine de lui dire, c’est un nationalité que j’ai tres rarement croisé durant ce voyage.
Les heures défilent encore et je suis toujours a l’accueil en train de discuter avec elle.
Les 2 polonaises finissent par se rencontrer et, en début d’aprés-midi, elles me proposent d’aller faire un tour malgré le temps pourri ! C’est une aprés-midi a faire du shopping. Meme si je n’ai rien a acheter. A PART UN CAMESCOPE !!!
Toujours pas de réponse de vendeurs potentiels.
Nous partons.
Si un jour on me demande : « Est-ce que tu as déja fais les magasins a Rio avec 2 polonaises », je pourrais dire oui…
Le temps se calme en milieu d’apres-midi, je leur propose de partir a la plage de Botafogo, le quartier ou se trouve l’hostel.
Pas de soleil en vue, c’ est un peu triste, et c’ est pas franchement l’ image qu’on a de Rio :
Au loin, le plus gros rocher, c' est le Pain de Sucre, un des emblemes de la ville
Puis, je leur demande si elle sont partantes pour aller sur la plage de Copacabana. Nous prenons le bus et, histoire de dire que j’y étais, voici :
Copacabana, un jour d'hiver...
Nous partons enfin dans le quartier d’Ipanema, sur une autre plage qui est séparée de Capacabana simplement par un rocher :
Plage d'Ipanema. Au loin, les favelas
On a bien marché. La nuit tombe a meme pas 18h…
Je retourne sur Internet. Un vendeur est d’accord pour passer tot demain matin. Je croise les doigts, c’est ma derniere chance !
Le backpacker organise de tres bons repas communs et des cocktails du genre le Caipirinha. Allez, on essaye de se détendre meme si je suis un peu sous pression avec cette histoire de camescope.
Je passe la soirée avec les 2 polonaises. On a tous la flemme de sortir apres cette longue journée de marche.
Mais l’ambiance de l’hostel est bonne, alors…
8 Juillet 2011
Réveil de bon matin. J’attends a la réception l’arrivee du type en question.
Tres ponctuel il se présente avec le camescope et tous les accessoires.
Bonne qualité d’extérieur, je prends mon temps pour bien l’inspecter. Il n’a pas l’air d’avor beaucoup servi, il brille encore.
J’utilie cette marque de camescope depuis des années donc je vois a peu pres a quels endroits il pourrait y avoir des défauts.
Apres enregistrement, rembobinage , visualisation, capture du son, tout fonctionne bien.
AFFAIRE CONCLUE ! et pour moins de 100 euros, ce qui est tres correct.
Je regle tous les parametres a ma convenance, installe mon microphone sur le nouvel appareil, prépare et range mon sac a dos (c’etait ma derniere nuit ici), puis je sors.
Il est encore tot et fait un temps impeccale dehors. Tout ceux qui sont a l’hostel depuis un moment me disent qu’il fait soleil pour la 1ere fois depuis 1 semaine.
Je ne mets que quelques secondes avan de me décider a partir pour la plage et capturer un maximum d’image de Rio-comme-on-l’aime !
Je saute dans un taxi pour retourner a Copacabana.
Grand soleil et 22 degrés, c’est pas trop mal pour l’hiver.
Copacabana n’a rien avoir avec ce que j’ai vu hier : déserte. Aujourd’hui, tout le monde est dehors. On joue au volley, aux raquettes ou on bronze. Quelques baigneurs et surfeurs sans oublier les vendeurs ambulants qui sillonnent les plages. On a sorti les parasols, on fait du vélo et du roller sur le sentier bitumé qui longe la plage ; bref, lorsqu’il y a du soleil, Copacabana vit !
J’ai meme le temps d’atteindre de retourner a la plage d’Ipanema.
Heureux d’avoir rattrapé le temps perdu en vidéo.
Je n’aurais perdu dans la bataille « que » l’ambiance d’un match de foot. On s’en sort plutot bien.
Je prends un taxi car il et presque midi et j’ai booké pour un tour, et notamment pour la visite d’un lieu célebre a Rio. Vous avez déja trouvé !
Effectivement, impossible de quitter Rio sans avoir vu de pres le Christ Rédempteur.
Surtout qu’aujourd’hui, c’est le bon jour pour une vue panoramique.
L’équipe sera composée d’un guide qui parle bien francais, anglais, espagnol et portuguais ; d’un argentin, d’une grecque, d’un allemand, d’un anglais et d’une américaine.
Aprés quelques minutes d’ascension en minibus nous atteignons les hauteurs du Parc National de la Tijuca, et sa vaste foret : la plus vaste foret urbaine au monde. En effet, la ville de Rio l’a encerclée voire envahie pour un temps, avant qu’on se décide, dans les années 60, a l’élever au rang de Parc National, afin d’entammer sa reforestation.
A l’intérieur de cette vaste foret, de nombreuses especes de singes vivant au milieu des montagnes, des pics et des collines, et notamment la plus celebre d’entre elle : la colline du Corcovado, la ou se dresse la statue d’un gars plutot connu dans le monde :
Le Christ Redempteur
Achevée en 1928 apres 2 ans de travaux, elle commémore les 100 ans de l’Indépendance du Brésil ; projet soutenue financierement par le Vatican (forcément).
Et ce qui est beau une fois arrivé au sommet du Corcovado :
C'est la vue, bien entendu !
Je m’en serais mordu les doigts si je n’avais pas eu de camecope aujourd’hui !
Nous partons ensuite vers le Sambodromo, qui comme son nom l’indique, est l’endroit ou se déroule la parade du traditionnel Carnaval de Rio. On recoit plus d’explication que d’images pour le coup : le Sambodromo est en travaux (au meme titre que le mythique stade Maracana, en restauration, avant d’accueillir la coupe du monde de foot en 2014).
Nous partons ensuite a Santa Teresa, le plus vieux quartier de Rio.
En s’y rendant, nous traversons une ou 2 favelas.
Reparlons-en, et je crois qu’a ce sujet, il faut changer d’opinion : depuis que la police est présente dans chaque favela, on peut désormais s’y rendre avec un guide pour les visiter.
Mieux ! (et signe de changement) : depuis que les autorités ont désarmée une grande partie des trafiquants de drogue (sans pour autant stopper leur commerce), l’endroit est plus sur, ce qui a fait grimper les prix des loyers.
En passant juste a coté de ces favelas, je me rend compte d’une cose : ca me fait tout simplement penser a Valparaiso. Meme type de construction. Sauf qu’a Valparaiso, on emploie plutot le mot « boheme » pour définir les demeures.
Alors si on appelle ce genre d’habitation des favelas, toute la vieille-ville de Valparaiso, ce sont aussi des favelas.
Notre derniere étape est celle de l’ascension du Pain de Sucre :
Il faut prendre le téléphérique pour atteindre son sommet.
C’est une derniere vue sur Rio de Janeiro qui s’offre a moi avant de quitter définitivement la ville, mais aussi le Brésil, l’Amérique latine et tout le continent américain.
Ca fait beaucoup d’un coup, et je suis en train de me remémorer tout ce qui s’est passé depuis mon arrivée en Amérique. Ca remonte un peu déja…
Dans ma tete, ce continent s’est tres distinctement découpé en 3 parties : les USA, mon voyage a vélo depuis le Mexique jusqu’en Amérique centrale, et enfin l’Amérique du Sud.
Et c'est a tout ca que je repense lorsque je regarde ce coucher de soleil sur Rio
Depuis mon arrivée a Los Angeles jusqu’a ce dernier soir a Rio de Janeiro, j’ai passé 146 jours sur le continent américain.
Ca fait bizarre, j’ai l’impression que c’est finit…
MAIS NON ! CE N’EST PAS FINI !
Nous redescendons puis repartons en minibus. Le guide me dépose en 1er a l’hostel car je suis un petit poil en retard pour prendre mon avion. Mais je tenais aller au sommet du Pain de Sucre.
Arrivé au backpaker, on me dit que mon taxi est déja passé. J’ai presque 30 minutes de retard. Il se charge d’en appeler un autre. Tout baigne, c’est l’aéroport domestique, pas besoin de s’y rendre 2h avant le décollage.
Je récupere mon sac a dos, je dis au revoir aux 2 adorables polonaises avant de plonger dans le taxi.
Je pars a Sao Paulo.
Arrivé sur place, changement d’aéroport par un bus qui m’amene de l’aéroport domestique a l’aéroport international, a l’autre bout de la ville.
9 Juillet 2011
Il est plus d’1h du matin et j »attends pour le vol qui me fera définitivement quitter l’Amérique.
Départ imminent…
Oui, 26 jours. Il aura fallut ce 26eme pour venir a bout du Mexique dans cette expedition. La frontiere se trouve a 2 min de l’hotel. Puisque je n’ai pas eu de coup de tampon a mon arrivée au Mexique, ce matin, a 6h20, ca pose probleme.
Le douanier me dit qu’il fallait remplir un papier sur le sol mexicain juste en arrivant, et que je devais donner ce meme papier en quittant le pays, autrement dit maintenant.
Il me dit ensuite qu’il faut aller a l’office pour remplir les papiers et payer 162 pesos, mais ca n’ouvre qu’a 9h.
5 secondes apres m’avoir expliqué tout ca, il ajoute :
– « Tu veux attendre jusqu’a 9h ? »
– « Non »
– « Bon, pour 200 pesos, je te mets le coup de tampon et tu peux entrer au Guatemala »
C’est ce qu’on peut appeler un gentil-petit-pot-de-vin…
Franchement, j’ai pas envie d’attendre jusqu’a 9h pour un papier. Et d’abord pourquoi ne m’a-t-on rien tamponné lorsque je suis entré au Mexique il y a 1 mois ?!
Bon, je vais mettre mes principes de coté rien qu’une toute petite fois, pour accélerer les choses et parce que ce n’est pas entierement de ma faute. Coupable avec circonstances attenuantes dirons-nous…
Allez, on a rien vu. Vous avez vu quelquechose ? Non, moi non plus… Bref, comme par magie, il y a 200 pesos de moins dans mon portefeuille et le coup de tampon qu’il me manquait sur mon passeport.
Je traverse un pont jusqu’a la douane guatemalteque.
Verification du coup de tampon mexicain, autre coup de tampon d’entrée, pas de questions tordues, pas de fouilles, aucun soucis pour entrer.
Il est 6h40, je suis officiellement au Guatemala et c’est bien la 1ere fois que je franchis une frontiere a velo.
Le probleme, c’est que je ne me suis pas occupé du changement de monnaie. Je suis obligé de traiter avec l’ennemi financier, celui qui traine a la frontiere avec sa liasse de billet. Je ne connais pas le taux de change. Mais apres verification, il n’a pris une enorme commission.
Le jour se leve et je suis sur la route qui me menera a Retalulheu. Prononcé a la francaise, la ville se retient bien. C’est un peu plus long en espagnol.
1ere photo du Guatemala
Un camion s’arrete. Un jeune sort pour m’offrir de l’eau. Il travaille pour Bonapura, l’eau d’Amerique centrale.
En pleine chaleur et en pleine cote, c’est pas sympas ca ?
Puis, je m’arrete dans un comedor, comme d’habitude. Je sens un accent different lorsqu’ils parlent, mais ils articulent plutot bien.
Pas de sieste aujourd’hui : le ciel se couvre en fin de matinée, je peux donc progresser sans trop souffrir du soleil. Mais cette matinée a été difficile a cause des nombreuses cotes.
L’apres-midi, c’est la liberation ; une longue descente me fait passer en 15 min du kilometre 40 au kilometre 60. Le seuil psychologique est depassé, je peux envisager de pousser un peu plus loin mon trajet d’aujourd’hui.
J’arrive a Retalulheu. Et je suis en forme pour faire un peu plus aujourd’hui.
Meme si le soleil est absent, la moiteur est toujours la. Il commence a pleuvoir en fin d’apres-midi sur les derniers kilometres qu’il me reste a parcourir.
Je place le pancho sur les affaires, a l’arriere. Pour moi, rien. Le K-Way tient trop chaud et de toute facon, avec ce climat, je suis trempé du matin au soir quoiqu’il en soit.
Je rajoute donc 25kms dans mon parcours d’aujourd’hui et j’arrive vers 18h a Mazatenango. Je viens de parcourir 95 kms.
L’hotel que j’ai choisi a tout ce qu’il faut : douche, ventilateur au plafond, télé, un annuaire (mais sans telephone) et posé sur la table… le Nouveau Testament.
14 Avril 2011
Mexico-Panama : 27eme jour
Je quitte Mazatenango. La route n’est pas trop difficile ce matin.
Je passe a coté d’une chaine de volcans formée notamment par le Volcan Acatitlan et le Volcan Acatenango.
Chaine de volcans
Sur le bord de la route, je vois une eglise. Le meme genre que les mexicaines. Ici, comme au Mexique, la religion est le catholicisme, mais je vois beaucoup d’eglises evangeliques. Un faible pourcentage de la population se dit protestante.
Eglise romane catholique
Au bout de 20kms, le mecanisme de passage des vitesses ne fonctionne plus. Je m’arrete pour demander ou se trouve le prochain stand de reparation. La personne me repond qu’a 2kms, il y en a un. Je fais 4kms… j’ai du le louper.
Je m’arrete dans une petite bourgade pour demander. Il ne sait pas. Une voiture s’arrete. C’est un couple qui me dit de les suivre a velo.
J’entre de plus en plus dans les champs et je passe entre des vieilles maisons de bois. Arrivés sur place, ils sont confuent car la personne est absente. Je les suis une seconde fois vers un autre endroit quelques centaines de metres plus loin. Encore personne… Ils se demenent pour demander autour d’eux et finissent par me dire de mettre le velo a l’arriere de leur 4X4, parce qu’on leur a indiqué un autre stand a 2kms… certainement celui que j’ai loupé. Je leur reponds que je les suis a velo. Ce n’est pas un cas d’urgence, je continue sans aide motorisée. Je sais, un peu tetu sur les bords…
Finalement, ce 3eme stand sera le bon : pour 30 quetzals (2euros70), j’ai un nouveau mecanisme et une nouvelle pedale de gauche qui, elle aussi, s’etait cassée. Le reparateur a l’air aussi de bien connaitre les distances. J’ai parcouru un peu plus de 20kms et il me dit qu’il y a encore 60kms avant d’atteindre Santa Lucia Cotzumalguapa et 85kms jusqu’a Escuintla.
On verra jusqu’ou j’irais aujourd’hui.
Tout est reparé, je reprends la route.
Je m’arrete jusqu’a une petite cabane, juste avant d’entrer dans Santa Lucia Cotzumalguapa. La dame est assise a coté de son stand et m’apporte une chaise, qu’elle place juste a coté d’elle. A chaque fois, elles font ca pour pouvoir discuter avec moi. Elles entendent mes histoires dans un espagnol tres approximatif. La seule chose qui est dommage, c’est que personne ne me reprends alors que je fais 10 fautes par mots… Ils m’ecoutent. En France, on reprend souvent un etranger lorsqu’il fait des fautes. Pretentieux de notre part ? Absolument pas, c’est la meilleure facon pour progresser rapidemment dans une langue. Ici, je suis en train de repeter les memes mots sans vraiment savoir si c’est du parfait espagnol, parce qu’ils sont trop indulgents pour me reprendre… Ils se contentent de sourire et d’acquiescer.
Ca n’a pas loupé, elle me demande si je suis marié.
En lui repondant que je suis francais, elle me dit que la France est un pays lointain. Je lui dis qu’il n’y a que l’Atlantique a traverser.
Personnellement, je ne me sens pas loin de la France. Ca doit etre la langue espagnole qui me semble familiere et largement mieux comprehensible que toute autre langue asiatique.
77 kms se sont ecoulés depuis mon depart ce matin. J’arrive a Santa Lucia Cotzumalguapa et il est 15h. Je prolonge jusqu’a Escuintla. Oui, un autre Escuintla, la version guatemalteque.
Le Nouveau Testament est sur la table de la chambre d’hotel, l’annuaire AVEC le telephone, le ventilateur et la piscine interieure. Pas le temps de la tester, je sombre dans un profond sommeil.
15 Avril 2011
Mexico-Panama : 28eme jour
Je quitte Escuintla tot le matin. Les conditions sont ideales pour rouler. Il fait 25 degres, il y a quelques nuages et un vent bizarrement plus frais que d’habitude.
A force de rester dehors 10 a 12h par jour, je me suis peut-etre acclimaté. Un peu…
Au Guatemala, comme au Mexique, il est ecrit sur les panneaux : NO TIRE BASURA (ne pas jeter les ordures). Ca n’empeche pas de voir certains balancer impunément leur dechet par-dessus bord tout en conduisant. Au Mexique, c’est un peu mieux respecté. Mais ici, lorsqu’on fait bruler les bas-cotés, c’est aussi et surtout pour se debarasser des detritus qui bordent la route. Resultat : pollution enorme, les contenants metalliques ne disparaissent pas et restent calcinés ; et lorsque tu passes devant un feu a velo, c’est pas franchement agreable.
Il est midi et je suis a l’entree de la ville de Chiquimulilla. J’ai parcouru presque 70kms et je m’arrete au 1er restaurant de la ville.
Coup de barre, surtout apres le repas. Mais le temps est parfait pour rouler, il faut en profiter. Pas question de dormir aujourd’hui.
Au moment de repartir, mon pneu arriere est a plat. Un garage se trouve juste en face. Je tente ma chance. En voyant l’etat de ma roue arriere, le type me propose de la changer aussi. Il a raison, elle a bien vecue depuis mon depart de Mexico. Il la prend avec lui puis part en camionette pour se rendre dans un magasin en contrebas, en centre-ville, et acheter la meme roue. J’attends, entouré de ses collegues. Je parle de mon periple… encore…
A son retour, il me montre ce qu’il vient d’acheter. Ce ne sont pas exactement les memes dimensions : 2cm de difference dans sa circonference. En regonflant le pneu, ca tient parfaitement, rien a dire.
Je repars.
Ca tiens, ca tiens dans la descente, ca tient dans la montée, je sors de la ville, ca tient toujours, ca tient plus… Tout est a refaire, la roue flotte litteralement et le pneu s’est coincé dans les freins. Je le saurais pour les prochaines fois : pneu de meme dimension ou rien.
J’arrive a peine a faire rouler mon velo a pied et je suis a la sortie de la ville. Il n’y a plus qu’a y rentrer de nouveau…
Je trouve un stand de reparation a 1km. Je lui explique mon probleme, mais il n’a pas de roue correspond a mes dimensions. Je lui dis que mon ancienne roue se trouve a l’entrée de la ville. Il me dit qu’il peut aussi aller m’en acheter une neuve. La, je reflechis parce que j’ai peur qu’il aille acheter cette roue chez le meme commercant que le type du garage auto de l’entree de la ville. Mais ca, c’est impossible pour moi de le dire en espagnol.
Je lui dit alors avec insistance qu’il me faut EXACTEMENT la meme roue.
Il note alors les dimensions sur un papier et depeche son collegue qui s’y rend, en scooter.
Moi, j’attends avec un pepsi dans la main, assis sur un bout de trottoir, juste a coté du stand, en regardant les voitures passer et surtout… en esperant qu’il existe au moins une roue de 26X10,125 dans cette ville.
Sinon, tant pis, on ira chercher l’ancienne a l’entree de la ville.
15 minutes plus tard, il revient et miracle, se sont les memes dimensions, et la roue est de tres bonne qualité en plus.
Le travail de reparation achevé, il me demande ce qu’il fait de l’autre nouvelle roue. CADEAU ! C’est rien du tout a coté du fait d’avoir reparé mon vélo et de m’avoir permis de poursuivre mon voyage. Je les aime tous ces reparateurs, vous pouvez pas savoir.
Je peux désormais repartir, et je force moins : une nouvelle roue arriere, ca change tout.
Je traverse des ponts metalliques. Les gens se baignent dans la riviere en contrebas. Au moment d’une intersection, je poursuis tout droit. Les gens me sifflent. Mais comme souvent, je n’ai pas le temps de les apercevoir que je les ai deja depassé…
30 secondes plus tard, quelqu’un crie. Je m’arrete cette fois. Tous sifflaient plus fort que d’habitude.
Que se passe-t-il ?
L’habitant me dit que le pont s’est ecroulé, qu’il faut faire un détour en prenant la 2nde route de l’intersection. C’est un chemin de campagne non bitumé, sur plusieurs kilometres. Du coup, je vais plus vite que les vehicules tellement la route est defoncée. C’est la ou je ne regrette pas d’avoir acheté un VTT plutot qu’un velo de route.
J’ai fait plus de 100kms depuis ce matin, et avec les bonnes conditions meteos et une route relativement plate, je n’ai pas l’impression d’avoir vraiment forcé.
Il est 18h, j’arrive a Ciudad Pedro de Alvarado. Me voici deja a la frontiere !
Plutot que de garder le passage a la frontiere pour demain, autant la franchir maintenant. Je serais soulagé des paperasses et du changement de monnaie… si je parviens a trouver une banque.
Je passe a travers les rangées de camions jusqu’au poste frontiere.
C’est bon, j’ai mon coup de tampon de sortie du Guatemala. Je reprends le velo et je traverse un pont au-dessus du fleuve Rio Paz.
Au bout de ce pont : « Bienvenido a El Salvador ».
Un policier me fait signe de passer au poste-frontiere. Ils sont toujours sympas. Arrivé au poste du Salvador, le douanier me pose 1 ou 2 questions :
« Ou vas-tu a vélo ? » et « dans quelle partie du Salvador as-tu l’intention de voyager? ». Ce a quoi je reponds : « Sur, playa » (Le Sud, la plage).
J’en profite pour lui demander ou est-ce que je peux changer ma monnaie. Il me dit qu’il y a une banque un peu plus loin.
Comme d’habitude, je la depasse sans la voir. Je depasse meme entierement la ville de La Hachadura pensant que ce n’etait pas elle.
3kms plus tard, je passe un check-point et je demande au policier ou se trouve la prochaine ville. Il me reponds : « A 6kms ». C’est precis. J’ai aussi la confirmation d’avoir bien depassé La Hachadura.
J’arrive finalement dans la ville de Cara Sucia, a l’hotel Alfaro. Les banques sont fermées. Trop tard pour changer ma monnaie.
J’entre a l’interieur de l’hotel en disant au proprietaire que je dispose uniquement de Quetzals.
Il me repond :
– « Ca tombe bien, je dois me rendre demain au Guatemala »
Nous cherchons ensemble le moyen de savoir combien vaut 1 Quetzal en… dollar americain ! Et oui, c’est la monnaie officielle du Salvador et ce n’est pas pour me deplaire, car je connaitrais desormais mieux la valeur des choses.
Je lui paye donc une nuit d’hotel en Quetzal. Il me rend la monnaie en dollar. 3 dollars. Je vais pas aller loin avec ca.
Je pose toutes mes affaires dans ma chambre avant de me dire : « Autant changer toute ma monnaie avec lui, j’ai confiance ». En tout, 10 dollars pour aller manger ce soir au comedor du coin. Je dois aussi acheter de l’eau. J’espere que c’est suffisant.
Cout total : 1dollar80… Certes, ce sont des dollars americains, mais le niveau de vie est loin d’etre celui des Etats-Unis. Avec 10 dollars, je peux partir assez loin finalement ; et sans avoir a attendre demain l’ouverture de la banque de Cara Sucia.
Record battu aujourd’hui : 126kms. Quand je repense a ce matin, j’ai l’impression que c’etait hier tellement la journée a été riche en rebondissement.
Et quelle journée !
16 Avril 2011
Mexico-Panama : 29eme jour
Je prends 1h de sommeil en plus pour partir a 7h30.
Aujourd’hui, on ne force pas trop. J’ai parcouru beaucoup plus que prévu la veille. Je decide de rouler jusqu’a la 1ere plage, et c’est tout.
Un arret dans une gargote a 10h, un autre arret dans une station essence ; il est 12h30, j’ai parcouru 65kms avant de voir un panneau ecrit : Playa Dorada.
On s’arrete la. A peine 500m de chemin caillouteux, j’arrive dans un hotel familial. Et au bout de cet hotel, la voila : ce 29eme jour, je m’accorde enfin une apres-midi pour voir a nouveau l’Océan Pacifique que je n’avais pas vu depuis San Francisco.
J’ai bien avancé dans mon voyage a vélo et je suis fier de pouvoir feter ici l’évenement du mois :
8 mois !
Apres une douche, je sors de ma chambre. Une vieille dame m’agrippe pour me demander de prendre une photo avec toute sa famille, assise sur le banc.
Pas de probleme. Elle se colle a moi… Pourquoi se colle-t-elle a moi ?
J’ai du mal comprendre. En fait, elle ne veut pas une photo de famille, elle veut une photo d’elle avec moi.
Je lui demande pourquoi. J’ai pas vraiment saisi la reponse mais une chose est sure, je vois que ca lui ferait plaisir.
J’accepte. Elle me remercie.
Je pars au resto de l’hotel. En attendant ma commande, elle vient s’asseoir en face de moi, et me dit :
– « Merci de venir dans notre pays malgré tous les problemes que nous avons ici… »
La Vida Loca
Effectivement, le Salvador est un de ces pays ayant tres mauvaise reputation. Il detient le triste record du taux de criminalité le plus élevé au monde. La majorité des meurtres est commis a l’aide d’arme a feu et on estime a 400000 le nombre d’armes circulant illegalement dans le pays, ainsi que 200000 armes enregistrées legalement. Le Salvador compte aussi quelques centaines de gangs de rue regroupant plus de 30000 membres. Ces gangs, qu’on appelle les maras, sont la cause principale du nombre elevé de meurtres dans le pays. Ils operent principalement en Amerique Centrale, au Mexique et aux Etats-Unis.
D’abord fondé aux USA dans les annees 80 par des immigrés clandestins d’Amerique Centrale fuyant des conditions de vie difficile (exclusion, guerre civile ou dictature), les maras se sont implantés dans leur pays d’origine a la suite d’expulsions massives des Etats-Unis. La plus connue est la Mara Salvatrucha (MS ou MS-13) créée par des salvadoriens refugiés a Los Angeles.
Ils sont desormais plusieurs dizaines de milliers de membres au Salvador. Au depart, ils etaient la pour proteger leur voisinnage, mais ils ont commencé a attaquer, extorquer et tuer afin de soutenir financierement leurs associés emprisonnés ainsi que leur famille.
La regle est simple : pour faire partie du gang, il faut avoir tué. La plupart des meurtres se font entre gangs rivaux. La Vida Loca réalisé par le francais Christian Poveda est un documentaire sur la Mara-18, un gang rival de la Mara Salvatrucha, qui raconte le quotidien de ce gang rythmé par les violences, les controles de police, les fusillades, les enterrements, les represailles a San Salvador, la capitale. Je vous invite a regarder ce film. Ce documentaire jugée trop encombrant par certains membres de la Mara Salvatrucha, Christian Poveda fut abattu par 4 de ces derniers, non loin de San Salvador en septembre 2009, le mois de la sortie officielle du film La Vida Loca.
Tout francais voyageant au Salvador ne peut mettre de coté ce qui lui est arrivé. Je pense aux risques qu’il a pris pour capturer ses images, et je tiens a dire 2 vérités sur le Salvador :
1 – Filmer les maras comportait des risques, et notamment des risques de représailles
2 – Voyager au Salvador n’est pas dangereux
Je me devais de parler de Christian Poveda, pour le cinéaste qu’il etait et les risques qu’il a pris pour réaliser ce superbe documentaire. Mais la population du Salvador ne se limite pas aux maras et meme au sein de ce gang, vous serez par ailleurs étonné de voir dans le film comment les membres de la M-18 prennent plaisir a se faire interviewer. J’ai rencontré des gens adorables a chaque endroit. Et ce n’est pas cette vieille dame se tenant assise devant moi, ni la famille Alfaro (de l’hotel Alfaro) ou les gerants des comedors ou je m’arrete qui font du Salvador un pays dangereux. Alors retenez bien cette 2eme vérité !
J’ai discuté 30min avec la vieille dame. Et en 30min, elle ne m’a meme pas demandé si j’etais marié. Avant de partir, elle prend ma main pour me dire encore merci d’etre ici. Lorsque je vois la gentillesse de ces personnes, tout le plaisir est pour moi. Je mets ma main sur la sienne en lui repondant avec le sourire un mélange entre « merci » et « de rien ».
Il est 15h, je pars faire une sieste. Pas de soucis non plus pour m’endormir le soir. Environ 400kms en 4 jours : ceci explique cela !
17 Avril 2011
Mexico-Panama : 30eme jour
Je prends une photo au petit matin pour vous donner une idée de l’endroit ou j’etais :
De l’autre coté du mur, l’océanL’hotel Playa Dorada
Aujourd’hui, je longe la cote :
Les long des cotes
Le Salvador a un niveau de vie un peu plus élevé que celui du Guatemala. Les routes sont en meilleures état et pour la 1ere fois, plutot que de gravir la colline entiere, ils ont construits plusieurs tunnels. C’est assez bizarre de les traverser a velo. A l’interieur du tunnel, il n’y a pas un bruit. Je vois juste une lumiere blanche a l’autre bout. Je n’ai pas de lampe donc je ne vois pas sur quoi je roule. Ai-je fais le tiers, la moitié ou bien les 3/4 du trajet ? La lumiere blanche grossit tres lentement, et je perds la notion des distances.
En arpentant une cote, j’apercois de loin des tetes blondes : 3 filles traversent la route. Elles sont australiennes. Je leur dit que c’est la 1ere fois en 30 jours que je parle a des etrangers. Elles sont en vacances et habitent non loin de la mer. Les plages du Salvador sont tres réputées. On m’en a meme parlé au Mexique.
Dans le restaurant ou je m’arrete, le menu est traduit en anglais : on arrive dans le coin touristique du pays. Je circule le long de ces plages et je sens l’air marin pendant tout le trajet.
Je passe rapidemment la ville de La Libertad. C’est dimanche, tout le monde est a la plage.
J’arrive a Comalapa, c’est fini pour aujourd’hui.
L’hotel est tres basique mais c’est toujours le gerant qui ajoute du caractere a la batisse. Et ce gérant est super sympas. On discute un petit moment. Il m’a dit qu’il a vu passer beaucoup d’etranger a vélo, mais jamais de gens voyageant seul comme moi. Je lui reponds que c’est mieux d’etre seul si je veux apprendre l’espagnol. On arrive facilement a se comprendre parce que les intonations et la gestuelle sont parfois les memes en francais qu’en espagnol.
Les sanitaires et la douche sont a l’exterieur. Dans la chambre, un lit, un ventilateur, un miroir et une chaise. C’est tout. Pour cette nuit, un sweat servira d’oreiller et ma serviette de bain, de couverture.
18 Avril 2011
Mexico-Panama : 31eme jour
La veille, le gérant m’avait proposé d’étendre dehors mes vetements lavés a la main dans l’evier (comme d’habitude). Malheureusement, il a plu cette nuit. On va mettre tout ca dans un sac plastique. Pour le pantalon de velo, il sechera sur moi.
Ce matin, je pars dans les montagnes en direction de l’Est. Je n’ai pas vraiment regardé la carte des reliefs. Ca doit etre une haute colline, sans plus.
Pourtant, ca continue. 18kms de cote. J’ai demandé 2 fois si j’etais sur le bon chemin. On m’a répondu que oui. Au 3eme coup, je demande ou se situe la prochaine ville a l’Est. Le doigt de la dame pointe derriere moi, la d’ou je viens… Je ne comprends pas ou je suis. Elle me dit que l’autoroute est en contrebas. Mais je ne dois pas prendre l’autoroute pourtant…
Je decide quand meme d’y descendre pour esperer voir des panneaux.
Dans un sens, c’est indiqué San Salvador. Dans l’autre, Olocuilta. Ces 2 villes sont au Nord. Au Nord, voila ou je suis parti. C’est pour ca qu’il y avait autant de relief. Comment j’ai fait pour me tromper, il n’y avait qu’une seule route.
Puis, en y repensant, hier j’avais vu le panneau Comalapa indiqué par une fleche, et je me suis arreté dans cet hotel en pensant que c’etait le debut de Comalapa. Et on a pas fait allusion a cette ville en discutant hier avec le gerant.
Conclusion : Hier soir, je n’ai pas dormi a Comalapa, mais dans un village a coté. Et ce matin, j’ai pris une intersetion pour une autre.
Je prends l’autoroute pour descendre jusqu’a Comalapa. Ce n’est que de la descente mais je viens de faire 20kms de cote ce matin pour rien. J’aurais vu les montagnes du Salvador. J’arrive a Comalapa, la vraie, et je mets mon compteur (qui affichait 43kms) a 0…
Alors la, ce n’est pas du tout le moment de me parler ! C’etait la boulette de la semaine. En meme temps, on est lundi ; question boulette, je suis tranquille jusqu’a dimanche maintenant !
J’ai dis aujourd’hui que je me rendrais a Usulutan, et je ne m’arreterais pas avant, ce sera ma punition. La route est plate, je pedale sans me faire distraire par quoique ce soit. Je roule et c’est tout. Apres avoir atteint « le kilometre psychologique de la journée », je finis par retrouver le sourire.
J’arrive a Usulutan, et je choisis un motel en sortie de ville, pour etre sur de partir demain dans le bon sens.
19 Avril 2011
Mexico-Panama : 32eme jour
Le voila, le jour de mes 26 ans. Au départ, j’avais pensé faire quelquechose de particulier mais je pense qu’etre a vélo au Salvador en tentant le defi « Mexico-Panama », lui-meme ancré dans un tour du globe, c’est suffisamment particulier. Comme cadeau, j’aimerais éviter un énieme probleme de vélo.
Je commence par 22kms de montée. J’ai décidé de rejoindre San Miguel sans passer par la route principale, mais dans une route qui passe entre 2 volcans. Le 1er se situe au niveau du village de Santa Elena :
A gauche, le Volcan de Usulutan
Au bout de ces 22 kms :
Mon panneau préféré
Et c’est seulement 2 minutes apres avoir pris la photo de ce panneau que je creve mon pneu avant. Mon vélo ne m’aura pas fait de cadeau aujourd’hui.
Le village le plus proche est un peu en contrebas. La roue avant datait de Mexico et, comme la roue arriere, celle-ci a egalement bien vécue. Je la fais changer pour avoir desormais une roue arriere du Guatemala et une roue avant du Salvador.
Je peux desormais profiter pleinement de cette longue descente jusqu’a rejoindre l’Interamericana, la route qui me conduit jusqu’a San Miguel.
Le Volcan de San Miguel. Je l’ai déja bien dépassé
A San Miguel, je m’arrete dans un resto pour manger et racheter de l’eau.
Je demande le prix pour l’eau. Elle me repond : « Tou coteur ». Je lui demande de repeter. Elle me repete : « Tou coteur ». Tou coteur, tou coteur, d’habitude je comprends les chiffres. Elle doit etre en train de me parler en anglais mais meme dans cette langue, je ne comprend pas ce qu’elle me dit. Je demande a une autre serveuse qui me repond encore la meme chose. Je lui dit que je ne comprend pas. Et finalement, elle me dit : « cincuenta cents »
(50 centimes). C’est bon, la j’ai compris.
Je reprends mon velo tout en reflechissant a ce « Tou coteur ». Et il m’a fallut un bon moment pour comprendre : » Two quarters !!! « . Et un quarter de dollar, c’est 25 centimes. C’est bon, je le tiens !
Sur les panneaux, a l’arriere des bus ou des voitures, il est souvent ecrit des psaumes ou des phrases en rapport avec la religion : « Jesus est la », « Dieu t’aime », « Matteo 3:22 ». Les églises évangeliques portent le nom de « Iglesia de los dios » ou « luz del mundo » et sont en meilleurs etat que les habitations ou vivent les populations. Il y en a vraiment beaucoup.
Ca cogne aujourd’hui, je suis loin de la mer et le paysage est aride. Au bout d’un moment, bien apres avoir depassé San Miguel, un bus s’arrete. La pente est trop raide, je suis a pied. Un type sort et me dit :
– « Ou tu vas ? »
– « Vers la frontiere »
– « Monte, mets le velo dans la soute »
– « Non, merci »
– » Tu n’auras pas besoin de payer »
– « Non, tout en bicyclette »
Je viens de resister a la tentation d’un super car climatisé le jour de mon anniversaire. Et il repars. La poussiere et la pollution me tombant dessus, il me laisse a nouveau au milieu du silence de ce paysage aride.
J’arrive a Santa Rosa de Lima, a plusieurs kilometres de la frontiere. Je ne veut pas trop forcer aujourd’hui. Je trouve un hotel pas trop mal.
Je pars en direction d’un cyber et je lis tous vos messages. Je vous remercie d’avoir pensé a mon anniversaire, on se sent moins seul. Merci de tout coeur.
Je passe ensuite dans le fast-food Pollo Campestre (assez connu en Amerique Centrale) ou le « vigile » de l’entrée, armé, m’ouvre la porte en ajoutant : « Welcome my friend ». Il se met a rire de son anglais. Je me mets aussi a rire d’un « welcome my friend » venant d’une personne qui tient un fusil a pompe dans les mains.
20 Avril 2011
Mexico-Panama : 33eme jour
Je pars ce matin en direction de El Amatillo, la frontiere, 20 kms plus a l’Est. Longue file d’attente au poste-frontiere.
Pas de probleme au niveau de l’absence de coup de tampon d’entrée du Salvador. Il me demande ou je compte sejourner au Honduras. Je confonds San Lorenzo avec San Pedro ; il le note mais ne me pose aucune question puisque San Pedro existe aussi au Honduras. Personne ne viendra verifier ou je vais sejourner de toute facon.
Je traverse la frontiere par un pont enjambant le Rio Goascoran.
J’accede au poste frontiere du Honduras. 3 dollars d’entrée et coup de tampon. Ca y est, me voila officiellement au Honduras. Les dollars auront été de courte durée. Je dois d’ailleurs trouver un endroit pour les changer contre des Lempiras. C’est vraiment la chose la plus contraignante dans ce voyage : je ne tombe jamais dans une ville suffisamment grande pour avoir une banque, aux heures d’ouverture.
Je m’arrete a Nacaome, 35kms apres avoir passé la frontiere. Le restaurant ou je m’arrete accepte les dollars. Je leur propose un echange de tous mes dollars. Mais ils n’ont pas suffisamment pour changer l’integralité. Il y a des banques a Nacaome mais elles sont toutes fermées parce que c’est la Semana Santa (la semaine sainte). Elles seront fermées jusqu’a dimanche me dit-on !
Je pars pour San Lorenzo. J’ai fais 77kms aujourd’hui et c’etait mon dernier jour avant de prendre 24h de repos. Je trouve un distributeur automatique et je choisis un hotel en bord de route. Ils acceptent mes dollars restants.
21 Avril 2011
Mexico-Panama : 34eme jour
C’est le sacro-saint jour a ne rien faire, a part vous ecrire ces quelques lignes ce matin dans un cyber de San Lorenzo.
Je viens juste de remarquer que je suis en avance d’une heure sur ma montre depuis mon entrée au Guatemala. Je ne savais pas qu’il y avait une heure de difference entre le Mexique et le Guatemala. C’est surement a cause du passage a l’heure d’été au Mexique…
En parlant de ca : frontiere mexicaine, Guatemala, El Salvador, mon arrivée au Honduras ; dites donc je vous parle de 4 pays dans cette 5eme partie… Je n’avais pas franchit des pays aussi rapidemment depuis l’Europe. Et tout ca a vélo. Ca prouve au moins une chose : Panama, je veux l’atteindre ! Je vais bientot franchir le Nicaragua et je peux desormais penser a Panama comme destination dans un futur proche.
Je pars de San Lorenzo en direction de la frontiere.
Je quitte l’ocean
J’arrive a un check-point au bout d’une dizaine de kilometres. Touojurs les memes questions, mais toujours sympas. Il me demande si le drapeau a l’arriere est celui de la France. Comme je ne sais pas dire « region » en espagnol, j’ai dit « estado ».
L’Auvergne, aux yeux des autorités du Honduras, est desormais un Etat de la France.
C’est le grand retour de la chaleur aujourd’hui, sous les cris des enfants (et des adultes aussi) qui hurlent « Gringo ! » lorsqu’ils me voient passer.
Traduction de « Gringo »
Le sens change d’un pays a l’autre, et la connotation aussi. Gringo designe tous les etrangers non-natifs d’Amerique Centrale ou Latine, mais au depart, c’etait les Etats-uniens et canadiens de peau blanche.
Au Mexique et au Salvador, cela designe plutot les etrangers de peau blanche, arrogants et mal-eduques. (C’est effectivement dans ces 2 pays qu’on ne m’a presque jamais appelé comme ca).
Pour le reste de l’Amerique Centrale, ce n’est pas vu comme quelque chose de pejoratif.
Ca le serait enormement en France si on avait un mot pour designer tous ceux qui ne sont pas blancs.
Eux, ils le disent avec le sourire.
Pour le peu de temps que je reste dans ces pays, j’ai deja du mal a l’entendre 30 fois par jour ; alors imaginez un blanc installé au Honduras par exemple, depuis plusieurs dizaines d’annees, et qui continue de se faire appele Gringo des qu’il sort un peu trop loin de son quartier…
Mon pneu arriere est un peu degonflé, je pars le faire changer chez quelqu’un qui s’improvise reparateur. C’est surtout son jeune fils qui s’y connait mieux. Apres avoir changé la chambre a air, je lui demande la note. Le jeune, un peu timide me repond :
– » Je ne sais pas »
Je leur repond a tous les deux :
– « 30 ? »
Le pere me repond :
– « Non 20, ca suffit »
Ils sont vraiment honnetes.
Je depasse la ville de Choluteca puis, 50kms plus tard, j’arrive a El Triunto, la frontiere. J’ai beaucoup roulé.
Le poste-frontiere n’est pas indiqué, c’est un complexe de bureaux desaffectés, cachés par des arbres.
Seulement 2 guichets sont dans un état suffisamment correct pour que 2 employes puissent tamponner les passeports.
Je traverse un pont au-dessus d’un fleuve formant la frontiere naturelle entre les 2 etats, puis je vois le panneau : « Bienvenido a Nicaragua ». J’entre au poste-frontiere qui s’est installé dans les memes locaux qu’une banque. Vais-je pouvoir enfin changer ma monnaie dans une vraie structure financiere ? Et bien non…
Je demande au flic present dans le poste pourquoi la banque derriere lui est fermee. Il me repond : « Feria »
Apres le coup de tampon, je ressors.
L’ennemi financier accourt avec sa liasse de billet. Bon, d’un autre coté, a chaque changement de pays, je n’ai pas enormement d’argent a echanger, mais je suis touojurs un peu mefiant d’effectuer la transaction et de sortir mes billets a l’exterieur et non dans une banque securisée. C’est ce qui me dérange le plus lorsqu’on a affaire a ces gens.
Je regarde a gauche, a droite et derriere moi. On est juste en face du poste-frontiere, il n’y a que lui et moi. Ca ira.
J’echange mes lempiras contre des cordobas.
C’est bon, je peux partir rejoindre la prochaine ville.
Considerez le Mexique, le Guatemala et le Salvador comme la 1ere partie ; et le Honduras comme une sorte d’interlude.
Le Nicaragua, pour moi, c’est le debut de la seconde partie de ce voyage a velo.
Je parcours donc 5kms de plus jusqu’a la ville de Somotillo, a l’hotel Frontiera. La chambre a beaucoup de charme mais le seul probleme, c’est qu’il n’y a pas d’eau. Il faut tout faire avec le tonneau d’eau installé dans la douche, et le bol.
Ca me rappellera l’Indonesie… Pas de probleme pour le nettoyage des vetements et la douche. Par contre, je n’ai pas confiance en l’eau stagnante pour le brossage des dents : on fera ca a l’eau minerale.
23 Avril 2011
Mexico-Panama : 35eme jour
Je quitte Somotillo en longeant le volcan actif San Cristobal, le plus elevé du pays.
Le volcan San Cristobal
Tout roule parfaitement pour ce 1er jour complet au Nicaragua. On est principalement sur de la plaine, et je contourne le volcan pour atteindre la ville de Chinandega. Les check-points s’additionnent mais il est rare que les flics m’arretent en pleine course. Parfois, ils me crient quelquechose. C’est souvent un « bonjour » ou une phrase d’encouragement que je ne comprends pas. C’est possible qu’ils me disent : « arrete-toi » mais je ne les regarde pas toujours quand je passe devant eux a tout allure. Dans tous les cas, ils ne sont pas du genre a prendre leur vehicule pour aller me rattraper.
Un check-point ou l’on m’arrete cette fois, je n’ai pas vraiment compris. Le flic devait etre de meche avec une ecclesiastique puisqu’il arretait tout le monde pour que la dame en question puisse distribuer un papier a chacun.
Elle me tend la feuille ecrit en gros : « Cristo te amo ». Elle commence a me parler. C’est le moment de sortir la phrase de secours : « No hablo español ». La fille le dit au flic, qui me laisse passer. Lorsqu’on m’aggrippe un peu trop, « no hablo español », c’est l’arme ultime.
Il est 15h17 exactement, mon compteur affiche 100kms. Au Mexique, apres 100kms, il aurait commencé a faire nuit. La, on est en pleine apres-midi. Les jambes se durcissent. Ca ne veut pas dire que je ferais 150 ou 160kms, il me reste 6kms avant de rejoindre Leon. Et ce sera tout pour aujourd’hui.
Je m’arrete sur un champ parce qu’il y a des mini-tornades inoffensives qui se créent assez souvent. Le tourbillon monte a 2m a peine pour la plupart, mais j’en ai vu monter a plus de 20m.
Ne cherchez pas, il n’y en a pas sur la photo. Au loin, ce sont les vaches qui remuent la poussiere
Tout se serait bien passé aujourd’hui si je n’avais pas crevé mon pneu quelques minutes plus tard.
On est a 4 ou 5 kms de Leon.
Un vieux marchand de glace passe devant moi et me dit quelque chose d’incomprehensible. Il stoppe son chariot pour me sortir une pompe a velo. Je lui repond qu’il faut changer la chambre a air.
Il me sort aussi une clé anglaise. Je commence les reparations en changeant la chambre a air. C’est ma derniere. Lui, bien gentillement, repare l’autre, pour que j’en ai une de secours. On passe plus d’une heure parce que l’embout de sa pompe a velo ne correspond pas a l’embout de ma chambre a air datant du Salvador.
Un jeune arrive et s’active pour faire entrer le maximum d’air. Ma roue n’ai pas parfaitement gonflée mais ca fera l’affaire.
Arrivé en ville, il fait presque nuit et je demande ou est-ce que je peux faire gonfler mon velo. On me recommande la station Texaco. Mais dans la station, meme probleme : l’embout ne correspond pas.
Je croise 2 jeunes qui m’invitent chez eux pour gonfler ma roue. Mais on s’apercoit qu’elle est a nouveau crevée. Je sors alors celle que le vieux marchand de glace m’avait reparé. Mais il l’avait tres mal raccomodé. Les rustines tiennent a peine. Il fait maintenant nuit noire et je suis toujours chez les 2 jeunes. Ils me disent que demain tout est fermé car c’est dimanche. Je dois reussir a reparer mon velo ce soir. Le pere de famille arrive pour rafistoller le pneu. Tout est a present bien gonflé, je les remercie.
Ils m’indiquent un hotel. J’ai eu a peine 1km a parcourir que mon velo est de nouveau a plat. Ca n’a pas tenu.
J’ai l’impression d’avoir fait beaucoup de choses pour rien ce soir.
J’arrive dans le centre-ville, c’est la fete meme si je n’entends pas de musique. Beaucoup de stand de pizza et de boissons d’ouverts.
L’hotel est situé dans la rue principale. Je n’ai pas le coeur a sortir ce soir. Mon velo est a plat, et demain c’est dimanche. Que faire…
24 Avril 2011
Mexico-Panama : 36eme jour
Le gerant de l’hotel m’indique un stand de reparation finalement ouvert. Il me répare ma roue.
Finalement hier, j’aurais du trouver tout de suite un hotel et attendre le lendemain. Mais les jeunes m’avaient dit que la plupart des négoces etaient fermés le dimanche. Pourtant, en me rendant ce matin au centre-ville ce matin, pas moins de 2 marchands et reparateurs de bicyclettes etaient ouverts. Je fais l’achat de 2 nouvelles chambres a air.
C’est reparti, je quitte Leon, mais en chemin je casse le selecteur de vitesse des pignons (au Guatemala, j’avais cassé celui du passage des plateaux), mais je peux encore rouler sans forcer. J’irais le faire reparer demain, quand je pourrais. De toute facon, il n’y a rien sur la route.
Aujourd’hui c’est grand ciel bleu et un soleil qui cogne dur. La route que j’emprunte est tantot lisse, tantot chaotique ! Dans une descente, je perds mon drapeau de l’Auvergne. Il n’a pas bougé en 36 jours, comment a-t-il pu disparaitre… Je fais un demi-tour pour tenter de le trouver, en vain.
Sous cette chaleur, mieux vaut progresser parce que je n’ai pas l’impression qu’il y ait beaucoup de vie sur des kilometres. Si je passe trop de temps a le chercher, je consomme de l’eau ; et la ou je me trouve, j’ai peur de manquer.
C’est au moment ou j’abandonne mes recherches que mon pneu avant éclate. Je suis au milieu de nulle part.
Je repasse devant une ferme que je n’avais pas vu la 1ere fois. Je tente le coup. Un homme s’approche. Je lui demande une pompe a velo et une cle anglaise. Heureusement que j’ai acheté des chambres a air ce matin.
Je commence les reparations mais chaque fois que tu veux faire quelquechose, les gens veulent tout faire a ta place, par gentillesse. Toi, tu n’as plus qu’a regarder. Ils n’esperent meme pas un billet, c’est un reel esprit d’entraide.
Je lui donne finalement un petit billet, et si on considere que « les lois de l’offre et de la demande sont notamment basés sur la rareté d’un produit » (pas de pompe a velo et de cle anglaise a des kilometres a la ronde), j’aurais pu lui donner 10 fois cette somme.
Je peux repartir. Par contre, je ne vais pas tarder a manquer d’eau. Il est 12h30 environ. Le soleil s’abat sur mes epaules. Reflechissons…
Mieux vaut passer les heures chaudes a l’ombre pour pouvoir avancer plus facilement par la suite, en consommant moins d’eau.
Je decide de faire une sieste a l’ombre d’un arbre. Il est 14h et lorsque je me reveille, quelques nuages apparaissent et cachent le soleil de temps a autre. Merci…
Je roule plus facilement maintenant, jusqu’a voir…
…cette longue route
Je trouvais deja que ce paysage ressemblait au bush ; cette longue ligne droite me rappelle d’autant plus l’Australie.
Y’a-t-il de l’eau par ici ?
Je fais quelques kilometres avant de trouver un carrefour et une petite gargote vendant des boissons. Je fais le plein et je repars.
Cette ligne droite, caillouteuse, est interminable. Elle s’acheve finalement par une longue montee… Le matin, je ne dis pas, mais le soir, apres avoir parcouru 70 kms, cette cote d’une quinzaine de bornes n’est pas la bienvenue.
Apres 85kms parcourus depuis ce matin, c’est enfin l’heure de la descente. Le soleil se couche tres vite. Je pensais avoir le temps de rejoindre Masaya mais je dois m’arreter a Managua, la capitale. Et de toute facon, je sens encore des signes de faiblesse de la part de mon vélo. J’ai l’impression que les pneus se degonflent lentement.
L’hotel que je trouve est un tres bon hotel, plutot cher pour le Guatemala. Tres bon standing. J’ai la flemme d’aller comparer les prix dans toute la ville, surtout que le receptionniste m’annonce le prix en ajoutant que le petit dejeuner est gratuit et qu’internet est a disposition.
Un hotel aussi bon, je n’en ai pas fait depuis que je roule a velo. Par contre, je fais « tache » lorsque le receptionniste, vetu d’un 2 pieces, m’accueille lorsque moi, je viens de parcourir 100 bornes dans la poussiere d’une route defoncée, a dormir sur la terre, le T-shirt delavé et les cheveux en bataille.
25 Avril 2011
Mexico-Panama : 37eme jour
J’ai mal dormi et je n’ai pas vraiment la peche. Pourtant, j’ai dormi dans une chambre impeccable, climatisée, et j’ai pris le meilleur petit dej’ de ces 37 derniers jours. Mais j’ai mal dormi parce que mon velo a des problemes ; on ne passe pas une bonne nuit lorsqu’on sait que le lendemain, on doit chercher une solution pour reparer son moyen de transport.
Il est 7h30, je suis devant un vulcanizadora. Ils s’occupent des motos, scooters, taxi et velo. Mais leur materiel reste tres sommaire et il faut le dire, ils sont plus ou moins competents. Le mieux c’est de trouver un « reparaccion de bicicletta » ou « taller de bicicletta ». La, tu es sur qu’ils sont specialisés.
Mais je n’ai pas le choix, mes 2 roues sont presque a plat, je n’avance plus (en plus, la ville est batie sur plusieurs collines) et je ne suis pas vraiment en forme.
Le jeune répare une chambre a air. Pour l’autre, je lui donne une nouvelle. Le travail est terminé, je fais 10m a velo pour acheter un jus de fruit a coté, et j’entends PCHIIIIIII!!! Le pneu arriere se degonfle et je n’etais meme pas sur le velo. En plus de ca, c’etait la nouvelle chambre a air… Je retourne au vulcanizadora.
Le jeune tente de le reparer mais finit de l’achever. Je prends alors celle qu’il m’a reparé et que j’avais decidé de conserver en cas d’urgence. Desormais, je n’en ai plus une seule de secours.
Entre les autres clients et la lenteur du jeune, je reste plus de 2h30 au stand. Il est plus de 10h, le travail est finit mais vu ses faibles competences, je suis certain que le velo va me lacher d’ici peu.
Je parcours 30kms jusqu’a Masaya que je decide de depasser la ville parce que je suis lancé. Tant que je peux rouler, je roule.
Il est 13h30, je dois vraiment faire une sieste.
Il est maintenant un peu plus de 14h, je me remets sur le velo, debout, en pleine cote… ET-C’EST-RE-PAR-CRAAAAAAAC !!!
Le mecanisme de passage des vitesses a l’arriere se casse, et entre nous, j’en suis presque ravi parce que ca annonce une chose : la fin de la journee de velo. J’attendais d’avoir vraiment une bonne excuse pour arreter. En voila une bonne, je ne peux plus du tout avancer.
On est a 3kms de Masaya, je rentre a nouveau dans la ville. Un peu de descente et beaucoup de marche a pied.
Pour résumer : les freins sont morts (et depuis un moment), le passage des pignons tourne dans le vide, le mecanisme pendouille a l’arriere, ne tenant plus que par la chaine, le pneu s’est deboité et frotte contre la jante, et je dois faire reparer mes 2 pneus, tous les 2 en mauvais etat.
De retour a Masaya, je prends la peine de trouve un vrai marchand/reparateur specialisé dans le velo. J’ai du boulot pour lui.
15h30 debut des reparations. Je reste assis sur une table prévue pour les clients. L’un des 2 reparateurs me dit que mon velo n’est pas d’une excellente marque. En 37 jours, j’ai eu le temps de la constater…
Pourtant, sur la route, beaucoup de gens m’ont dit qu’il etait bien. C’est a cause de l’esthetique. Uniquement l’esthetique…
En fait, un probleme de velo, c’est comme un début de mal de dent : il faut s’y prendre tot, sinon ca empire.
17h30, fin des reparations. J’ai meme eu le temps de manger dans le comedor d’a coté.
Les chambres air, les roues, tout est neuf. Dans mon sac, j’ai desormais 3 nouvelles chambres a air de secours.
Tout marche a merveille.
Je parcours 2 kms a velo pour aller faire des courses : mon velo glisse sur le bitume, les nouveaux pneus sont plus fins, je ne force plus : un vrai bonheur.
Je prends un hotel bien placé, pret pour repartir demain.
26 Avril 2011
Mexico-Panama : 38eme jour
Voici mon plan d’attaque pour aujourd’hui. Partir tot. C’est ce que je fais en me levant a 4h30 ce matin. J’ai remarqué que le soleil se levait plutot vers 5h30. Autant rouler avec la fraicheur le plus longtemps possible.
Je quitte Masaya pour reprendre cette montee que j’avais abordé la veille. 8kms de cote. Le matin, je ne suis pas contre.
Ensuite, c’est une bonne descente dans la fraicheur de 6h30, au milieu de la foret. Oui, depuis le Mexique et le Guatemala, ca s’est plutot radoucit le matin.
Pour la suite, ce n’est que du plat. Et avec mes nouveaux pneus et un ciel un peu couvert, qui me protege du soleil, on va battre des records.
J’arrive a Rivas avant 11h et apres 75kms. C’etait ma destination de la journee, pensant que Rivas se situait bien plus loin…
Pause au Tip-Top, une chaine de fast-food local. Mangeons leger.
Je repars. Depuis un bon moment, je vois le volcan Concepcion.
Le volcan Concepcion
A present, je longe le lac sur lequel le volcan est posé. Je prends un sentier sur une cinquantaine de metre pour voir tout ca de plus pres. Je suis au bord du lac de Nicaragua :
Le lac de Nicaragua
En fait, le volcan Concepcion est sur l’ile d’Ometepe, elle-meme posée sur le lac de Nicaragua.
C’est l’un des plus grand lac d’eau douce du monde et le plus grand d’Amerique Centrale.
Et on y peche
Je longe le lac durant plusieurs heures. La presence du lac adoucit considerablement l’air ambiant. Les conditions sont ideales pour rouler.
Il est 14h25, je viens de franchir la barre des 100kms, et 10kms plus tard, je quitte le lac pour m’approcher de la frontiere, en pleine foret.
Miracle, juste a cote du poste-frontiere, je tombe enfin, un jour non-ferié, a l’heure d’ouverture des banques ; du moins, celle qui est en face de moi.
J’echange mes cordobas contre des colones.
1er coup de tampon de sortie du Nicaragua. Je passe une petite foret (pas de pont enjambant un fleuve en guise de frontiere cette fois-ci), puis j’arrive au 2nd poste.
Il est 16h30, j’entre au Costa Rica.
Pas de grand changement de paysage, vous vous en doutez. De la foret, que de la foret pour le moment.
Il y a aussi beaucoup de relief dans ce pays, c’est a prendre en compte. Et les collines commencent des la sortie du poste-frontiere.
Apres 110kms dans les pattes, ca fait mal. Je pose le pied a terre.
La descente n’arrivera qu’a l’entrée de La Cruz, la ou je m’arrete pour la nuit, dans un hotel tres basique.
128kms, record battu.
Je pars au comedor tenu par une mama souriante.
J’adore finir la journée par cette ambiance familiale, la mama qui me propose un seul menu, la tele branchée sur le « Plus Belle La Vie » espagnol et souvent, le chien, le chat ou les poules et les poussins circulant librement dans la piece.
27 Avril 2011
Mexico-Panama : 39eme jour
Levé encore a 4h30, je recupere mes affaires seches, comme tous les matins, la ou j’ai pu les etendre dans la chambre.
Quand un hotel propose l’air conditionné ou le ventilateur, je choisis presque toujours le ventilateur : c’est moins cher et surtout, les vetements sechent mieux durant la nuit.
Quand il n’y a absolument rien pour etendre ses vetements dans la chambre, le systeme, c’est la table retournée
Les sandoves tendues entre les pieds, je place les vetements dessus. Si le ventilateur au sol est rotatif ou s’il est au plafond, je place la table a coté du lit. Si il n’y a qu’un ventilateur fixe au sol, la table passe la nuit sur le lit avec moi (quelle douce présence…).
Quand tu n’as qu’une seule nuit pour laver et tout faire sécher, c’est le seul moyen que j’ai trouvé.
On décolle de La Cruz.
Il est 8h, je prends une petite photo du paysage, a l’intérieur des terres :
Le Costa-Rica, ce n’est pas que des plages
Il est maintenant 9h30, je fais une pause sur le bas-coté. Une pause… appelons ca plutot une petite sieste. J’ai bien roulé.
Au 57eme kms, j’arrive dans la ville de Liberia. Les rues sont larges et propres. Les batiments, dans un état correct, affichent les enseignes de marques connues. Des vigiles oui, mais pas armes. Le Costa-Rica a la taux de criminalité le plus bas d’Amerique Centrale. C’est aussi le pays ayant le plus haut niveau de vie. Le tourisme fait marcher les affaires. J’apercois d’ailleurs quelques tetes blanches en traversant la ville.
Ce pays me fait aussi un tres beau cadeau : les kilometres sont inscrits sur chaque panneaux.
Le ciel se couvre et le vent se leve. J’entends le tonnerre, pour la 1ere fois dans ce voyage a vélo, a l’Ouest et au Nord. Moi, je me dirige au Sud-Est, mais ca finira par me tomber dessus c’est sur.
Quelques gouttes au départ, je m’arrete pour mettre le K-Way car je sens que cette fois, ce sera de la grosse pluie. Je place le pancho sur les affaires, a l’arriere.
Et effectivement, c’est cette averse qui annonce véritablement le début de la saison des pluies. Il pleut fort, tres fort, jusqu’a ce que je ne puisse plus rien voir a plus de 15m. C’est la douche !
Je dois m’arreter. Je trouve une vieille gargote abandonnée pour m’y refugier. Il faut vraiment que ca se calme.
J’attends 20min avant de pouvoir repartir. Il pleut encore mais moins fort.
D’un coup, ca s’intensifie de nouveau, avec autant de puissance que la 1ere averse. Je parviens a rejoindre, trempé, une station essence, a l’entrée de Bagaces. La, j’y reste 45min avant que ca se calme vraiment.
Je repars. Et a nouveau, c’est l’averse. Je trouve une autre gargote abandonnée. Je n’avance pas. Il me reste 22kms a parcourir. Finalement, cette averse aura été la derniere. Plus une goutte.
Apres 22kms, j’arrive dans le 1er hotel de la ville de Cañas. Trop propre, donc trop cher. J’en trouve un autre qui ira tres bien. Ce soir, j’ai beaucoup plus d’affaire secher que d’habitude.
Beaucoup de choses ont quand meme pris l’eau. Mon sac a d’eau n’etait pas vraiment étanche…
28 Avril 2011
Mexico-Panama : 40eme jour
Pas de dégat en ce qui concerne tout mon matériel de voyage. Tout a séché correctement durant la nuit aux 4 coins de la chambre.
Je quitte Cañas pour parcourir quelques kilometres.
Le matin, c’est le brouillard léger. Quelques heures plus tard, c’est un grand soleil sans nuage.
Arrivé a 13h, un gros nuage envahi tout le ciel a grande vitesse. Puis, une grosse averse éclate, je dois me refugier sous un abri-bus.
Ca se calme, je reprends la route. Je dois maintenant prendre en compte – en plus du relief – le fait qu’il peut pleuvoir a tout moment.
La journée a été particulierement difficile justement a cause du relief : une suite de collines. Montée, descente, montée, descente… J’avance moins vite et je dois revoir mon itineraire a la baisse. J’arrive a 14h a Esparza, ce qui me laisse le temps de trouver Internet pour vous ecrire.
On avance… Des collines a perte de vue, de la pluie… mais on avance !
Je pars d’Esparza. Un petit arret dans la ville pour faire regonfler mes pneus et c’est reparti.
J’entre dans les montagnes. Impossible d’etre sur le vélo, je dois poser le pied.
J’arrive dans un bar pour faire une pause lorsque je demande combien de kilometres il me reste avant de rejoindre San Mateo. Il me dit que ce n’est pas la bonne direction. Je le sentais venir…
A Esparza, je n’ai vu aucun panneau. Je lui montre mon plan. Il me dit que je suis sur la route de San Ramon. Je suis parti a l’Est au lieu du Sud-Est. Ce n’est pas catastrophique mais j’aurais bien voulu longer la mer aujourd’hui. Il faudra remettre ca a plus tard. Au lieu de ca, je pars en direction de la capitale San José. en plein coeur du Costa Rica. C’est un détour mais ca reste sur la route de Panama.
Allons-y ; hors de question de faire demi-tour. De toute facon, ou que j’aille, c’est de la montagne.
Les prochains jours seront difficiles.
Un terrain de football perché en montagne
J’arrive dans un restaurant. On me dit que le mieux, c’est de passer par San José car c’est relativement plat. Tres relativement. Ca reste effectivement plus abordable que la Cordillere de Tilaran que je viens de franchir.
Je parle quelques instants avec ce monsieur, mais vite parce que la route m’attend. Avant de partir il me dit :
– « Tu es italien ? »
– « Non »
-« T’es pas italien ? »
En parlant trop vite, j’ai du faire encore du bel Itagnol.
Mon objectif de la journée aurait été de rejoindre Cartago, mais j’arrive en fin d’apres-midi a San José, et le soleil se couche. Je traverse la ville et me place dans la direction de Cartago, en prevision pour demain. Le seul probleme, c’est qu’en sortant trop de la ville, je ne trouve plus d’hotel.
On m’indique le seul hotel dans le coin et c’est un hotel 4 étoiles…
C’est bien moins cher qu’en France mais c’est cher quand meme. A Managua, au Nicaragua, c’etait la meme chose : j’ai du prendre un tres bon hotel.
Allez, je le fais une seule fois pour dire que j’ai vraiment dormi dans tous les niveaux d’hebergement dans ce tour du monde. Mais c’est beaucoup trop pour moi. C’est du « sur-confort ».
30 Avril 2011
Mexico-Panama : 42eme jour
Je quitte tres vite cet hotel, ca ne me va pas du tout…
Aujourd’hui, ce sera difficile. A vrai dire, je sais des le depart que j’ai prévu trop de kilometres. Je dois aller a Cartago, mais entre Cartago et San Isidro (a environ 100kms de Cartago), il n’y a pas de village inscrit sur ma carte. Il va falloir compter sur la chance pour trouver ou dormir ce soir.
San Isidro, c’est tres loin et je n’ai pas d’autres choix que d’emprunter cette route.
Je quitte donc San José pour me rendre a Cartago, 22 kms a l’Est.
En chemin, je vois ecris : San Isidro a 121 kms… C’est sur et certain, je n’atteindrais pas cet objectif aujourdh’ui. Il va falloir trouver une habitation dans les montagnes.
J’arrive a Cartago et c’est le début de la Grande Ascension de la Cordillere de Talamanca.
Il est midi, j’ai fais 30kms depuis ce matiin, dont 16kms de cote.
Des montagnes a perte de vue, et pas de tunnel comme au Salvador.
Il est 13h, je passe la barre des 20kms de montée. Il fait frais mais je n’avance pas. En fait, c’est 1 ou 2h de pente, 15 secondes de petite descente et ainsi de suite…
Ca m’épuise rapidemment. Ca monte tellement que par endroit, je vais plus vite a pied.
Je suis au 27eme kms de cote et je m’arrete parce qu’il y a un restaurant, et surtout parce que mes jambes ne suivent plus.
Je demande au gérant du restaurant ou se trouve le prochain hotel. Il n’en sait rien mais il me dit qu’il dispose de cabañas (petit bungalow ou chambre d’hotel economique).
Il est 15h30, je ne reflechis pas longtemps avant de me dire : « STOP ! ». J’en ai marre, j’ai trop forcé aujourd’hui.
La chambre se situe a 20m en contrebas, dans la foret.
J’arrive a peine a descendre les quelques marches pour les rejoindre. Il me montre la chambre et me fais un bon prix. C’est vraiment la cabane de montagne, et tout le charme qui va avec :
Les cabañasMon toit pour ce soir
Je discute un peu avec Gerardo, le gérant. Il me dit que la grande descente tant attendue se situe au km 95. Ici, me dit-il, on est au km 56…
Je n’aurais jamais pu faire encore 39kms. Et meme demain, il faudra se lever tot.
Pour le moment je profite de la vue :
Du vert
Gerardo m’offre un café et me dit que mon espagnol est bon. Il ajoute que d’habitude, les touristes qui viennent dans son restaurant n’en parlent pas un mot. Je lui repond que les americains (qui sont nombreux a venir au Costa Rica) parlent peu l’espagnol.
Il confirme :
– « Oui, pas les gringos »
– « Vous appelez « gringo » les americains ? »
– « Oui »
Ce n’est pas péjoratif de le dire entre eux, mais ca devient une insulte lorsqu’il le dit a un americain qui se comporte mal. Ici, « Gringo » a la meme connotation qu’au Mexique.
Je profite aussi de la fraicheur de la montagne, ou devrait-on dire, de la froideur. Oui, J’AI FROID ! Il est 17h30, le soleil se couche et je suis dans le petit restaurant juste a coté d’une boutique d’artisanat.
Le brouillard s’installe.
Le restaurant est un « musée des antiquites ». Le proprietaire écume toutes les brocantes du Costa Rica pour collectionner ou bien revendre au plus offrants de vieilles machines a écrire, des appareils photos, cartes postales, radio, mallettes, sacoches, machetes.
Tout est accroché au mur.
Il fait nuit, je retourne dans ma cabane.
On est mieux ici que dans les grands hotels. C'est incomparable
La douche est froide et tout se refroidit a l’intérieur. On laisse tomber la lessive pour ce soir, rien ne sechera a cette altitude.
Je monte a l’étage du dessus ou il y a plusieurs petits lits, et sur l’un d’eux, une pile de couverture. Ce soir, ca ne sera pas la chaleur tropicale comme chaque nuit.
1er Mai 2011
Mexico-Panama : 43eme jour
Il est 4h30 du matin et il fait bien frisquet.
Je me réchauffe au cafe. Je souris en imaginant une brochure touristique avec la photo de ce que j’ai en face de moi :
Costa Rica : Ses cabanes, ses poeles a bois...
Le soleil se leve doucement et je me demande si je ne devrais pas faire les 1ers kilometres en pantalon et en veste.
Et puis non, les 39kms de montée que je dois parcourir ce matin me rechaufferont.
J’ouvre la porte de la cabane ; le chien, un berger allemand appartenent au proprietaire, est au pied de la porte.
Il entre dans la cabane et s’asseoit sur un tapis en attendant que je range toutes mes affaires.
Il est 5h30, c’est parti pour la suite de l’ascension. Je me réchauffe assez rapidemment et j’avance a un bon rythme.
Costa Rica : Ses montagnes, son brouillard...
15 minutes a peine apres avoir pris cette photo, le ciel se couvre et le brouillard s’epaissit.
Il est 10h, je viens de faire 30kms. Vivement la fin ; je suis quand meme sur la meme cote depuis hier matin !
J’atteinds enfin le sommet de la montagne Cerro de la Muerte qui culmine a 3491m.
Un peu plus loin, ca commence a descendre au 87eme kilometre. Le gerant se serait-il trompé ? Non, pour l’instant il a raison, puisque ca remonte au 93eme kilometre, jusqu’a ce que, quelques minutes apres, je vois enfin le panonceau « km 95 » ; un peu de plat sur quelques dizaines de metres et c’est la LIBERATION ! Je lache les pedales, c’est une immense descente.
Ce serait agréable si je n’avais pas autant froid, mais pas de quoi se plaindre, c’est que du bonheur.
Durant l’ascension, je me l’étais dit : « Si tu passes Cerro de la Muerte, tu gagnes Panama ». C’etait l’une des épreuves les plus difficiles de ce Mexico-Panama et je viens d’en arriver a bout.
Il faudra attendre bien plus d’une heure pour que l’air se réchauffe… et moi aussi par la meme occasion.
Un arret en pleine descente, pour me souvenir :
Ce que je quitte
Je passe a travers la foret tropicale. Ca me rappelle tantot le Mexique et la descente entre Huautla et Jalapa ; tantot, mon excursion a velo dans le Sulawesi, au milieu de la jungle.
Je n’ai aucun regret d’etre passé par la montagne. Bon c’est vrai, on se le dit surtout durant la descente…
77kms apres etre parti ce matin, j’arrive a San Isidro. Il est midi.
Je trouve une pizzeria. Allez, platrée de lasagne pour feter ca.
Je viens de passer le plus difficile du Costa Rica et peut-etre de tout ce voyage a vélo.
Il est 13h, on va voir la mer ?
Si je passe uniquement par les terres, j’aurais le regret de ne pas avoir vu les plages.
Je quitte San Isidro pour une dizaine de kilometres de hautes collines.
Ca pese un peu ces lasagnes…
C’est a ce moment que je me dis une chose : ca sent la fin de ce voyage car la suite, ce sera relativement plat, ou du moins, bien moins difficile que tout ce que j’ai pu endurer durant ce voyage.
Aprés l’ascension de ces hautes collines, ce n’est que de la descente jusqu’a rejoindre la ville de Dominical.
Je continue de rouler jusqu’a un bar. La gerante costa-ricaine me répond que la ville est a 4kms en direction de son doigt. Et son doigt indique la d’ou je viens… Comme d’habitude, j’ai encore depassé la ville. 2 touristes assis au comptoir me demande, en anglais, si je voyage a velo. Je leur demande a mon tour d’ou ils viennent. La dame, du Canada ; le monsieur, du Quebec. Voila comment parler 3 langues différentes en moins d’une minute…
Ils me disent qu’a Uvita, il y a plus de choix au niveau des hebergements. Ici, c’est plutot des 3 ou 4 étoiles. Ca, je n’en veux plus.
Je pars pour Uvita. Mais que vois-je…
Si on allait voir de plus pres...
A présent, on peut créer une belle brochure touristique :
Costa Rica : Son soleil, ses plages...
Je suis la, a marcher sur les galets de cette superbe plage et je me rend compte qu’en une journée, je suis passé de 3491m…
A 0 metre...
Il y a pleins de coins sympas au bord de la plage, et bien isolés. Qu’est-ce que je donnerais pour avoir ma tente…
Je poursuis ma route sur 15kms encore jusqu’a entrer dans Uvita, ou je trouve un hotel pas trop mal.
125kms au compteur aujourd’hui, dont la moitié de descente.
C’etait une superbe journée. De la montagne, de la plage, pas une goutte de pluie et des paysages magnifiques sur tout le chemin.
2 Mai 2011
Mexico-Panama : 44eme jour
Je pars d’Uvita en direction de l’Est. Je continue de longer l’océan durant quelques kilometres. J’entre au Parc National Marino Ballena, une longue plage protegée.
Une petite photo parce que c'est vraiment trop beauIl est a peine 6h30 du matin; il fait frais et tout est calme
Au revoir l’océan, on se retrouve a Panama.
Je rentre a nouveau dans les terres.
Beaucoup de chaleur maintenant, mais les paysages valent vraiment le detour (sans faire de detour, ca suffira).
De la foret sur des kilometres. Quelques collines a passer de temps en temps mais la route reste relativement plate si on compare a celle de la veille !
J’en aurais vu des animaux durant ce voyage a vélo. Entre les chevaux, les cochons et les poules que je vois au bord de la route, je trouve aussi des serpents vivants ou ecrasés, de petits crabes lorsqu’on longe la mer, des grosses chenilles, des crapeaux, des grenouilles, des corbeaux qui mangent ce que les automobilistes ont renversés sur la route (chiens, chats et meme chevaux et anes). Je trouve aussi des agoutis (rongeurs d’Amérique centrale) et putois ecrasés (qui sentent encore lorsque tu passes a coté d’eux), de nombreux papillons qui ne parviennent pas a t’eviter lorsque tu es en pleine descente, des oiseaux multicolores, des colibris, des pic-vert.
Je n’en ai jamais vu, mais il y aurait aussi des tatous, des tamanoirs et meme des jaguars.
Un check-point ou 2 sur la route, mais personne ne m’a arreté.
J’ai beaucoup roule – 116kms – et j’arrive dans la ville de Neily ou je trouve un hotel convivial et tres simple.
C’est mon dernier soir au Costa Rica et je finis ma journée par un comedor. Je suis a 18kms de la frontiere.
3 Mai 2011
Mexico-Panama : 45eme jour
Je quitte Neily a 5h30 et 18kms plus tard, c’est le Costa Rica que je laisse derriere moi. C’etait un pays magnifique. Venez au Costa Rica autant pour les plages que pour les montagnes. Les 2 en valent la peine.
J’arrive au poste-frontiere. Pas de probleme pour le coup de tampon de sortie du Costa Rica.
Puis, je me rend au 2nd poste pour enfin entrer :
A Panama !
Il est 7h40 et je roule dans le 7eme et dernier pays de ce voyage a vélo (et le 20eme de ce tour du monde).
J’empreinte l’Interamericana qui m’amenera jusqu’a la ville de Panama, dans une poignée de jours. Pour le moment, je roule. Je sue a pleines gouttes. Il fait tres lourd aujourd’hui.
J’arrive dans la ville de La Concepcion en milieu de matinée. Je me rend dans une 1ere banque qui refuse d’echanger mes colones. Le banquier me dit : « c’est seulement a la frontiere qu’on peut les echanger ».
Devant un distributeur, je ne peux retirer que des dollars. En fait, tout fonctionne en dollar a Panama meme si la monnaie officielle est le balboa (aucune piece ou billet n’est a l’effigie de Rocky, si c’est pas malheureux…). Le balboa se calque sur le cours du dollar. Du coup, lorsque tu payes, tu peux avoir un mélange de 2 monnaies en retour.
L’Interamericana a de larges bas-cotés. Pas besoin de s’écarter lorsqu’une voiture passe. A l’intérieur des villes c’est plus dur. C’est d’ailleurs a la sortie d’une ville qu’un mini-bus me fait une queue-de-poisson pour se ranger a un arret. Je pile pour ne pas me prendre l’arriere du vehicule. Je repasse devant lui en cognant sa portiere gauche d’un bon coup de poing. Pas un coup de klaxon, rien… Les mini-bus sont déja tellement cabossés…
Avec le recul, je regrette. Oui, je regrette de ne pas lui avoir pété son rétro d’un coup de coude ! J’ai vraiment frolé l’accident.
Tout ca pour dire que je ne rencontre pas que des gens sympas, surtout sur la chaussée.
J’ai perdu du temps a la frontiere et en retirant de la monnaie. Mais je rattrape tout ca sur une route faite de plat et de légeres montées.
En revanche, il fait vraiment tres chaud. De la vraie chaleur tropicale.
Il est 15h30, j’arrive dans un comedor et j’en profite pour demander a combien de kilometres se situe Las Lajas, ma destination d’aujourd’hui. Moi j’ai calcule 120 bornes sur mon plan. Eux, me disent encore 20kms, ce qui nous ramene au km117 sur mon compteur… On tombe a peu pres d’accord, je ne suis plus tres loin.
Et pourtant, il est 17h30, j’arrive dans un village et ce n’est pas Las Lajas ; j’arrive dans un autre village, et ce n’est toujours pas Las Lajas.
A la station-service, j’interroge un groupe. L’un me dit : « encore 8kms ». C’est precis, je lui fais confiance.
Le soleil se couche, j’arriverais au tout début de la nuit. Et bien non ! Encore une fois, on m’a donné un chiffre incorrect. Les kilometres defilent et je n’apercois toujours pas la ville. Il fait nuit et je vois un peu de lumiere en haut de la colline… raté… ce sont les phares d’une voiture.
1h que je roule dans l’obscurité en suivant la ligne blanche du bas-coté. Ciel étoilé, le tonnerre gronde au loin. Je dois atteindre qu’une voiture passe pour voir les kilometrages sur mon compteur.
Je vois enfin de la lumiere, c’est une station-service, l’entree de Las Lajas.
Je leur dis que je cherche un endroit pour dormir. Il me repond : « Playa ! ». Non, certainement pas, la plage de Las Lajas est a 15kms au sud, et ca ferait 15kms a refaire le lendemain pour retrouver l’Interamericana.
Il me dit finalement qu’il y a un petit hotel dans le « Las Lajas-du-bord-de-route ».
Je m’y rend. Je sonne. La dame accourt pour me dire : « Désolé, c’est complet »
Alors ca, je ne m’y attendais pas du tout… Ca ne m’étais encore jamais arrivé. Je lui demande ou est-ce que je peux trouver un endroit pour la nuit.
Elle me repond : « Au restaurant Hermanos Fernandez ». Ce n’est pas trop loin. Je suis deja passé par ce restaurant mais il n’apparait nulle part qu’on puisse y dormir.
Et pourtant, le gérant m’amene dans l’arriere-cours, vers l’un des 2 dortoirs dont il dispose, laissé a l’abandon (ou alors entretenu qu’une fois par an). Mais il me change les draps d’un lit, branche le ventilateur et me donne 2 serviettes propres et du savon. Je suis le seul a dormir ce soir :
Un peu glauque mais au moins, j'ai un toit
Je mange dans son restaurant avant de retourner au dortoir faire ma lessive et… écraser un cafard.
Aujourd’hui, j’ai explosé mon record sans le vouloir : 142kms. Celui qui m’avait dit : « 8kms », c’etait en fait « 17kms ». Quant a moi, j’ai fait une erreur de pres de 25 bornes.
Sur mon plan, ce pays apparait de la meme taille que les pays précédents. Or, Panama est presque 2 fois plus long que le Guatemala ou le Salvador. Ca a du m’induire en erreur.
4 Mai 2011
Mexico-Panama : 46eme jour
Petit café que je fais chauffer a meme le sol, comme d’habitude, a la gaziniere. J’écrase un autre petit cafard avant de quitter le dortoir.
Direction Santiago.
Le trajet est assez difficile. Je profite des quelques descentes, mais les cotes sont longues : une suite de collines sur des dizaines de kilometres et une chaleur etouffante des 6h30 ! C’est d’ailleurs beaucoup plus une question de chaleur que de montée. Pas un nuage, le soleil cogne.
De temps, je trouve une pulperia (une mini-superette) et heureusement, parce que je fais une bonne consommation d’eau.
Il est 10h30, je suis deja épuisé. Je fais une sieste derriere une de ses pulperia, a l’ombre d’un arbre.
Les pulperias ne proposent aucun menu et j’aimerais bien trouver un comedor . Il aura fallu attendre 14h pour en voir un ; car avant ca, les pulperia ne te donnent pas un grand choix : chips ou biscuits.
Apres un bon riz/poulet, et la digestion passée, ca va beaucoup mieux. Les nuages sont desormais de la partie et la route tend a s’aplanir au bout de 8 kms de trajet.
J’ai entendu plusieurs « Gringo » durant ma route. Au Costa Rica, pas une seule fois.
Parfois, les gens essayent de te parler anglais, lorsqu’ils voient que tu as des difficultés a comprendre ou parler espagnol. Je leur dis que je ne suis pas americain et j’ajoute : » Vous pouvez parler en espagnol, je comprends un peu ». Je ne veux pas passer pour un touriste durant ce voyage a vélo. En ce moment, je suis un voyageur, pas un touriste.
Au bout de 113kms, j’arrive a Santiago, que je dépasse de 4 ou 5 bornes, persuadé qu’il y a un hotel en sortie de ville. Raté…
J’interroge 2 jeunes au bord de la route. Ils me disent que tout est en centre-ville. Je voyais Santiago beaucoup plus grand et donc pourvu de plus d’hotel.
On ne va pas tenter le diable, je retourne a Santiago.
Hotel de classe moyenne…
...avec une vieille télé en prime
Tiens, le Nouveau Testament est de retour sur la table de nuit.
5 Mai 2011
Mexico-Panama : 47eme jour
Je décide de me lever 30 minutes plus tot pour décoller a 5h. La journée sera longue.
Route assez plate, nuages, j’ai bouffé du lion aujourd’hui : je passe la barre des 50kms juste avant 8h.
Je m’arrete dans une station-service. Je viens de passer une bonne montée, et une fillette arrive pour me vendre un sachet de cacahuetes. Je lui dis non et entre dans la station pour acheter quelques provisions. En ressortant, je regrette un peu de lui avoir dit « non » un peu sechement. J’etais essoufflé, elle ne m’a pas laissé le temps de respirer.
Assis sur une table exterieur, je la vois avec un garcon de son age vendre tous les 2 ces sachets de cacahuetes.
Au moment ou elle passe devant moi, je lui achete finalement 1 sachet.
Elle repars en direction des clients qui viennent de se garer sous le préau de la station. Elle et le garcon reviennent me voir quelques secondes plus tard pour me demander d’ou je viens.
C’est surtout moi qui leur pose des questions. Ils ne sont pas frere et soeur mais viennent du meme village d’a coté. La maman de la fillette travaille et tous les 2 vendent des cacahuetes chaque jour. Aucun d’entre eux ne va a l’ecole.
C’est dur d’entendre ca, ils ont l’age de mes neveux et niece et leur ressemble un peu. Ils ont le sourire et son poli. Je leur donne a chacun un petit paquet de chips que j’avais acheté il y a 5 minutes. Je n’aurais jamais fait ca dans un lieu touristique, car, comme je l’avais dit en Inde, le touriste ne dois pas passer pour la vache a lait. Ici, en l’occurence, je suis de passage dans un endroit absolument pas touristique. En plus, ils ne reclamaient rien.
A peine j’empoigne mon velo pour repartir, je les vois proposer des cacahuetes aux clients, la bouche pleine de chips.
Ces enfants sont loin d’etre un cas isolé. En Inde, j’etais parvenu a voir tout ca comme une fatalite, un « This is India » tellement ils marchent sur la tete.
Ici, c’est plus dur.
J’avale les kilometres. Au bout de 79 bornes, crevaison… ca faisait longtemps. Un habitant d’une maisonnette isolée ne dit qu’il n’a pas de quoi réparer et m’indique du doigt l’entrée du prochain village.
Et c’est parti pour 1 petit kilometre a pied.
J’arrive dans un vulcanizadora, et lui donne une chambre a air neuve. J’ai toujours les 3 que j’avais acheté au Nicaragua. D’ailleurs, c’est officiel, le Costa Rica aura été le seul des 7 pays ou je n’ai effectué aucune reparation sur mon vélo.
Je mange a midi dans le comedor a 10m du vulcanizadora. Pret a repartir, les pneus bien gonflés.
Le seul probleme, c’est qu’il ne peut pas changer les quelques rayons cassés de ma roue arriere. J’espere simplement que ca tiendra jusqu’a la fin.
Je repars. Je passe la ville de Penonomé, d’Anton, puis je longe l’océan sans le voir ; trop loin…
Il est 1h30, je passe la barre des 100kms.
En fait, je n’ai pas vraiment prévu de destination, j’avais simplement l’idee de rejoindre la mer. J’arrive aux 143kms. Record battu. Je m’arrete dans une superette pour demander l’hotel le plus proche. Il me reponds a San Carlos, a 20kms. Je me mefie un peu maintenant.
S’il a raison, ca va faire juste pour moi : je roulerais un peu dans la pénombre.
Mais en regardant un panneau, je vois ecrit « San Carlos 9.2kms ». Ca c’est une bonne surprise.
Conclusion : les habitants te disent soit la moitié, soit le double de la vraie distance…
152kms au compteur, record pulvérisé. Ce sera également le record pour ce voyage a vélo.
Vous savez pourquoi ? Parce qu’on est a 90kms de la ville de Panama.
C’est pour demain !
6 Mai 2011
Mexico-Panama : 48eme (et dernier) jour
C’est la raison pour laquelle j’ai fait beaucouop de kilometres la veille : en avoir le moins possible pour mon dernier jour.
Je pars a 5h30 et je vais a un bon rythme, sans negliger les pauses.
Les 30 premiers kilometres se font sans probleme. Quelques collines a franchir sur une dizaine de kilometres seulement.
Je supplie mon velo pour qu’il tienne le coup jusqu’a Panama. Je supplie aussi mon compteur a velo qui affiche le symbole « clé anglaise » sur le cadran depuis une semaine.
J’en suis a 50kms. Pause repas a 10h (je suis decalé).
On me propose des spaghettis. Parfait pour attaquer la suite.
Je repars sur l’Interamericana, mais je dois faire un détour dans un village en bord de route pour faire le plein d’eau.
Je suis a moins de 20kms de Panama.
Le ciel se couvre, les nuages sont noirs. J’aurais esperé ne pas avoir de pluie pour mon dernier jour ; mais entre un probleme de vélo et la pluie, je choisis la pluie.
Je me mets a penser a tout ce trajet parcouru, a toutes ces epreuves endurées. Je me souviens lorsque j’étais a Mexico et que j’effectuais des tests sur mon vélo devant l’hostel, le jour ou je croyais que j’allais partir ; un couple d’americains m’avaient demandé d’ou je venais et ou est-ce que je me rendais a vélo.
J’ai dis :
– « Panama »
A cela, l’américaine m’avait répondu :
– « Waaahooo… et vous etes parti d’ou ? »
– « De la… j’ai fais 5 metres… »
Il commence a tomber quelques gouttes. Je peux encore rouler sans probleme. J’en suis a plus de 70kms.
J’attaque une bonne descente. Panama étant au niveau de la mer, c’est bon signe.
Il est 13h, c’est la derniere montée, j’apercois le debut du pont au-dessus du Canal.
Check-point en pleine cote. Il font signe de m’arreter. On est a 50m de l’entrée du pont. Ils me posent tout un tas de question. Mais toujours sympas comme d’habitude. Ils me posent aussi et surtout des questions parce qu’ils sont interessés de savoir d’ou je viens et tout ce que j’ai fait a vélo durant ces 48 jours.
La pluie s’intensifie pendant que je leur parle. Au bout de 10min, ils me laissent partir.
Je fais une trentaine de metres jusqu’a un monument qui commémore les 150 ans de la présence chinoise a Panama.
C’est un tres bon endroit pour prendre 2 photos, durant une courte accalmie.
Le pont (on apercoit au loin le sommet des plus hauts gratte-ciels de Panama)Le Canal de Panama
La pluie regagne d’intensité. Je me réfugie sous le préau de ce monument, dans une sorte de kiosque. Je partage ce petit espace avec 2 motards (et leur moto) venus aussi se réfugier. J’attends que ca se calme. Il est 14h, le tonnerre gronde encore.
J’ai le sourire parce que je suis arrivé au bout de ce voyage a vélo en 1 seul morceau. Je n’explose pas de joie pour autant. Je me dis simplement : « C’est fini », et c’est une étrange sensation…
La pluie continue, les motards, eux, sont repartis.
La fatigue et la tension retombe pendant que je patiente a l’intérieur de ce kiosque. Je tombe de sommeil.
Au réveil, je suis allongé sur l’un des petits bancs, mon sac a dos en guise d’oreiller. Il est 15h30, et il ne pleut plus.
Je quitte enfin le kiosque pour traverser le pont. La banlieue de Panama n’a rien d’intéressant. Je la traverse.
Ca y est, j’y suis. Je suis a Panama !
Je n’ai pas de « ligne d’arrivée » précise. Je me suis dis que l’arrivée sera la photo finale.
Je prends une rue au hasard, un viaduc au hasard pour arriver pile-poil ou je voulais, le long de la cote avec les gratte-ciels comme toile de fond.
Chaque soir, j’ai reporté sur une feuille les kilometres parcourus durant la journée.
Je les ecris ici pour calculer et aussi pour me rappeler :
Mexico – quelque part : 49,9kms
Quelque part – Oxtepec : 62,1kms
Oaxtepec-Tetela del Volcan : 39,5kms
Tetela del Volcan – Atlixco : 41kms
Atlixco – Amozoc : 52,3kms
Amozoc – Tehuacan : 123kms
Tehuacan – Coaxcatlan : 40kms
Coaxcatlan – Teotitlan : 25,3kms
Teotitlan – Huautla : 64,5kms
Huautla – Jalapa : 62,5kms
Jalapa – Tuxtepec : 63,4kms
Tuxtepec – Maria Lombardo de Caso : 119kms
Maria Lombardo de Caso – Palomares : 63kms
Palomares – Matias Romero : 36kms
Matias Romero – Niltepec : 77kms
Niltepec – Arriaga : 102kms
Arriaga – Tonala : 24kms
Tonala – quelque part : 51kms
Quelque part – Escuintla : 102kms
Escuintla – Huixtla : 33kms
Huixtla – Ciudad Hidalgo : 81kms
Ciudad Hidalgo – Mazatenango : 100kms
Mazatenango – Escuintla : 99kms
Escuintla – Cara Sucia : 126kms
Cara Sucia – Playa Dorada : 65kms
Playa Dorada – Comalapa : 93kms
Comalapan – Usulutan : 93kms
Usulutan – Santa Rosa de Lima : 99kms
Santa Rosa de Lima – San Lorenzo : 77kms
San Lorenzo – Somotillo : 94kms
Somotillo – Leon : 101kms
Leon – Managua : 100kms
Managua – Masaya : 30kms
Masaya – La Cruz : 128kms
La Cruz – Cañas : 103kms
Cañas – Esparza : 73kms
Esparza – San Jose : 90kms
San Jose – km56 : 50kms
Km56 – Uvita : 125kms
Uvita – Neily : 116kms
Neily – Las Lajas : 142kms
Las Lajas – Santiago : 113kms
Santiago – San Carlos : 152kms
San Carlos – Panama : 90kms
C’est bon, le calcul est fait.
Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, je vous annonce la fin de ce voyage a vélo :
Mexico- Panama "Expedition Auvergne 2011" 3570,5kms en 48 jours
Mon vélo ne m’aura pas fait de sale coup pour la derniere journée, et mon compteur aussi aura tenu jusqu’au bout.
Je rejoins le backpacker que j’ai booké. C’est dans le Casco Viejo, le vieux quartier qui surplombe la ville nouvelle.
J’etais au Mexique lorsque j’ai fais la reservation. J’avais pris pour 3 nuits a partir du 5 mai…Je ne suis pas tombé bien loin.
Je n’ai pas pu leur dire que j’aurais du retard puisque je n’ai pas eu accés a Internet pendant des jours.
J’arrive a l’hostel. C’est la, en arrivant au pied de cette auberge de jeunesse que je me suis vraiment dit : « C’est terminé, il n’y a plus aucune distance a parcourir ».
Dans le backpacker, de la jeunesse, partout. Ca fait un peu beaucoup lorsque tu viens de passer plus d’un mois et demi dans des hotels calmes (en général…). Des backpackers, je n’en ai vu aucun durant ce voyage. Je n’aurais jamais pu fonctionner de cette maniere, ne serais-ce que pour des questions d’horaires. Je me levais a 4h30 les matins, et… dans une auberge de jeunesse, c’est souvent l’heure a laquelle la plupart se couche.
Me voici donc de nouveau dans un backpacker, le dernier étant celui de Mexico. Le coin est sympas, et Panama a l’air d’etre une bonne ville avec des quartiers agréables a visiter.
Mais accordez moi un peu de temps avant de reprendre la casquette du touriste. J’ai beaucoup de choses a faire.
J’attache mon vélo au rez-de-chaussée, puis je me rends a la réception a l’étage. Pas de probleme pour décaler les dates, et sans payer de supplément. Je pars au comedor, a quelques rues de l’auberge, puis je fais un détour par la superette pour acheter un deodorant, histoire que les jeunes survivent lorsque je passe trop pres d’eux.
Apres une douche, me voici devant Internet pour vous ecrire la 7eme et derniere partie de ce Mexico-Panama. C’etait une formidable aventure.
Je n’ai pas fait de pause de 24h depuis le Honduras ; demain matin, c’est grace matinée… si j’y arrive.
En regardant l’horloge du backpacker, je constate 1h de plus par rapport a ma montre. J’ai encore traversé tout Panama avec la mauvaise heure. A vrai dire, je fonctionnais plus avec le soleil qu’avec ma montre.
Je reste quelques jours a Panama, le temps de souffler, et de tout régler.
Je prends le taxi ce matin avec 2 américains de Los Angeles. Eux vont a la plage ; pour moi ce sera le quartier El Dorado, au Centre des Courriers.
C’est bien ce que je craignais, mon sac a dos est retourné a l’adresse d’expédition, c’est-a-dire la d’ou je l’ai envoyé : Oxtepec au Mexique…
Ils l’ont gardé 15 jours réglementaires ; moi, j’en ai mis plus de 40 pour venir jusqu’ici depuis Oaxtepec. Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi l’hotel n’a jamais vu l’ombre d’un colis portant mon nom…
On me donne un numéro au cas ou le colis serait arrivé dans la seconde poste de Panama. La fille ajoute qu’il ne faut pas trop y croire. C’est quasiment sur qu’il soit retourné a l’expéditeur. C’est fermé aujourd’hui, il faudra que j’appelle seulement lundi. J’écarte completement l’idée de le retrouver ici, a Panama.
J’ai gardé l’adresse de cet hotel, a Oaxtepac. Je ne sais pas vraiment quoi faire. Je dois deja les contacter pour savoir si ils l’ont. Ca attendra demain, de toute facon, je dois désormais faire sans et organiser mon sac a dos pour que tout puisse rentrer : j’ai des choses a acheter comme des vetements supplémentaires neufs. A part ca, j’ai presque tout ce qu’il me faut d’essentiel.
Je suis au centre commercial d’El Dorado et je passe la journée dans les boutiques. En fin d’apres-midi, j’ai quasiment tout.
Il fallait que je m’en occupe aujourd’hui. Demain, c’est dimanche.
Retour en taxi au backpacker
8 Mai 2011
Tout est fermé aujourd’hui. Le chauffeur de taxi de la veille m’avait dit qu’il connaissait peut-etre quelqu’un d’interessé par mon vélo. Il m’a laissé son numéro.
Je l’appelle ce matin. Nous convenons d’un rendez-vous devant l’hotel a 9h. J’attends depuis deja 1h. Il ne vient pas.
J’ai le temps de discuter avec les membres du backpacker : anglais, canadiens, israelien et un seul autre francais, qui me fait savoir que 2 autres francais voyagent a vélo, et resident dans cet hostel. Chaque membres a sa petite histoire, et lorsqu’ils me voient en train d’attendre avec mon vélo posé contre le mur, moi aussi, j’ai ma petite histoire a raconter…
Je remonte a la réception pour téléphoner a nouveau au chauffeur. Il me dit qu’il arrive dans 30min. J’attends encore plus d’1h30…
Tant pis, je pars faire quelques courses pour cuisiner au backpacker. En tentant de le joindre une 3eme fois, il a coupé son portable… Pas sérieux l’animal.
Je décide de partir a vélo en interrogeant les gens pour savoir ou je pourrais le vendre. Je pars d’abord dans le quartier des affaires. Non, ce n’est pas vraiment le bon endroit. Le mieux, c’est d’aller errer dans les quartiers, les ruelles, la ou se passe le petit commerce quotidien, meme un dimanche.
Un commercant me dit d’aller au mercado. En m’y rendant, un type me fait une remarque sur ma roue avant. Je n’ai pas compris ce qu’il vient de me dire, mais je lui fais savoir que mon vélo est a vendre pour 50 dollars.
Il appelle un autre type. Je lui dit que tous les accessoires sont compris dans le prix. Ce second type amene le velo en retrait de la rue pour le place a l’entrée d’un vieil hangar.
Ils ne sont pas vraiment du genre commode, mais je ne montre aucun signe de vulnérabilité sur le visage et mes négociations.
Au final, il me donne 45 dollars a prendre ou a laisser. J’en reclame 5 de plus, puis j’insiste une nouvelle fois. Le 1er type me conseille de ne pas en demander plus. L’endroit est un peu « coupe-gorge » a vrai dire. Un 3eme type est d’ailleurs apparu entre temps. Ca sent l’accrochage si j’insiste une fois de plus.
A 3 contre 1 a l’entrée d’un hangar, j’y laisserais surement quelques plumes… Je les fixe quelques secondes, puis je regarde les 45 dollars dans ma main.
Bon… on va éviter la confrontation pour 5 dollars.
Je repars avec un léger sourire : autant que ce soit eux qui héritent de ce vélo dont les vitesses ne passent pas toujours, et les quelques rayons cassés de la roue arriere.
Mais c’étaient les imperfections de ce vélo qui en a fait son petit charme… snif…
Voila, la derniere fois que j’ai vu ce vélo aura été dans un vieil hangar de Panama, vendu au marché noir, dans des conditions…mémorables.
Je suis desormais libre de quitter Panama et j’ai l’apres-midi pour visiter Casco Viejo.
De ce coté, vous connaissez dejaIglesia San Francisco, dans le Casco Viejo
Une ruelle de Casco Viejo
Ce quartier est construit sur une peninsule rocheuse, plus facile a defendre a l’époque
Le quartier n´est pas immense, et pourtant il y a l´Ambassade de France (la seule ambassade de Casco Viejo) ; car il faut savoir que les francais ont joué un role important a Panama.
Le Canal A la fin du XIXeme siecle, apres l´achevement du Canal de Suez, le glorieux francais Ferdinand de Lesseps fut contacté. Mais Lesseps sous-estima fortement l´ampleur du chantier et, durant les travaux, plus de 22000 travailleurs de France, Guadeloupe et Martinique moururent de la malaria et de la fievre jaune. Tout fut interrompu durant un temps jusqu’ a ce qu’ un des ingénieurs de Lesseps accepta finalement de vendre la concession aux américains, ayant flairés l’opportunité financiére de cet échec francais.
La Plaza de Francia rend hommage aux role de la France dans la terrible construction du Canal.
L´Ambassade de France sur la Plaza de Francia
Je serais bien entré a l’intérieur mais c’est dimanche…
Je rentre au backpacker.
9 Mai 2011
Je me réveille vers 5h30 parce que mon taxi pour l’aéroport est en fin de matinée et j’ai encore une ou 2 choses a faire. Pendant le petit déjeuner, je rencontre les 2 francais qui voyagent a vélo. En fait, ce sont un francais et une suisse. Vélos neufs qui viennent de France avec porte-bagages sur les cotés… bref, tout ce qu’il faut. Je leur fais savoir – non sans fierté – que je n’ai trouvé qu’un vélo bas-de-gamme avec un porte-bébé comme porte-bagage…
Ils sont partis du Costa-Rica, descendent au Chili pour remonter jusqu’a Buenos Aires. Ils se sont donnés 1 an. Il faut bien ca, je pense. Ils me disent aussi qu’ils m’ont vu a vélo sur la route, aprés Santiago, quelques jours auparavant. Ils ajoutent qu’a ce moment, ils etaient escortés par un camping-car de touristes lorsqu’ils m’ont doublé… LES TRICHEURS !!!
Je quitte le backpacker et passe plus d´une heure a trouver une poste qui n’existe que sur le plan. Tant pis, je peux remettre ca a plus tard.
Je passe ensuite a l´Ambassade de France pour m’entretenir avec quelqu’un au sujet de mon sac a dos. Je voudrais quelqu’un de bilingue pour téléphoner a l’hotel de Oaxtepec au Mexique, et savoir si ils ont mon colis en leur possession. La personne a l’accueil de l’Ambassade me donne un nom a contacter, accompagné d’une adresse mail. Je retourne au backpacker (c’est a a peine 10min a pied) pour ecrire mon mail expliquant mon probleme.
Ca va etre long comme processus avant que mon sac n’arrive en France. Il faut que l’accueil de l’hotel de Oaxtepec se renseigne sur le coup d’envoi ; que je leur envois ensuite l’argent ; qu’ils le recoivent et enfin, qu’ils l’expedient. Et tout ca en espagnol, par l’intermediaire de l’Ambassade d’un pays que je quitte dans a peine 2h..
Je pars ensuite dans le dortoir pour ranger mes affaires. Je retourne sur Internet car je n’ai pas noté le nom de mon futur backpacker, ni l’adresse. L’Ambassade m’a répondu. La dame me dit de passer pour qu’ensemble nous téléphonions a l’hotel. Je n’ose pas lui répondre que mon taxi est dans 2h a peine, ce serait mettre de la mauvaise volonté. Je dois me dépecher en esperant qu’elle me recoive vite.
10 min plus tard, je suis a nouveau a l’Ambassade. La dame me recoit 25 min plus tard. Autant qu’elle me voit physiquement pour qu’on puisse continuer a communiquer sur l’avancé de cette histoire de colis…
Elle a imprimé mon mail et a tout compris, pas besoin de lui répéter.
Elle appelle l’hotel dans un espagnol impeccable. Ils ne l’ont pas recu. Peut-etre que c’est a la Poste de Oaxtepec, pour je ne sais quelle raison.
Je me souviens alors soudainement qu’avant-hier, le Centre des Courriers d´El Dorado m’avait donné le numéro de l’autre poste, pour me consoler dirons-nous. Je parviens a le retrouver dans mes papiers et lui donne pour qu’elle le compose.
Elle s’explique plusieurs minutes, et au bout d’un moment, tout en parlant au téléphone, elle tend son pousse en l’air en me regardant. C’est pas vrai, ils l´ont… Mon sac a dos est a Panama !
En raccrochant, la dame me dit qu’il se trouve au service courrier du centro commercial de Los Americas. Je me leve d’un coup en lui remerciant chaleureusement. Puis je sors de l’Ambassade a toute allure.
J’ai 1h pour retrouver mon sac, retourner au backpacker et préparer mes affaires avant que le taxi n’arrive…
Je sors de l’Ambassade et me met a courir dans les ruelles en criant ¨TAXI !!!¨. J’en attrape un en plein vol :
– ¨Centro commercial de Los Americas por favor¨
Il va a toute vitesse dans les ruelles de Casco Viejo, puis ressors du vieux quartier. Ce n’est pas aujourd’hui que je lui dirais de ralentir…
J’arrive au centre commercial et je cours a l’interieur.
Je trouve finalement le service des courriers, et a travers les multiples vitres du centre, j’apercois mon sac !!! Toujours sous plastique depuis 1 mois et demi.
Apres quelques formulaires a remplir, l’employé libere le colis de son plastique, puis me le donne enfin.
DANS MES BRAS !!! J’AI FAILLI NE PLUS JAMAIS TE REVOIR DE CE TOUR DU MONDE !!!
Je pars vite pour reprendre un taxi, direction le backpacker. J’essaye de caser mes affaires supplémentaires, mais du coup, j’ai beaucoup de choses en double, pensant ne plus jamais revoir mon sac. Il va falloir charger au maximum.
Il est 11h, mon taxi arrive. Direction l’aeroport international.
Je quitte Panama alors qu’il vient de se mettre a pleuvoir des cordes. Heureux et triste a la fois de quitter cette ville que j’avais tant espéré voir un jour, durant ces semaines de vélo. J’ai vendu ce vélo, mais j’ai retrouvé par miracle mon sac a dos.
Pendant que je quitte ce quartier puis cette ville, je me dis : « tout s’est finalement arrangé » ; et je retrouve rapidemment la motivation pour continuer ce tour du monde comme avant : a pied, en bus, en taxi, en bateau, en avion…
J’espere ne pas avoir trop perdu la main !
Mais j’ai la peche. Enfin… pour le moment, alors que je suis en train de manger dans l’aéroport, toute la tension retombe. Je suis fatigué par cette matinée pleine de rebondissement, mais tres éreintante. Je pars dormir sur un siége en attendant l’heure d’embarquement.
Hier, alors que je parlais devant l’hostel avec le francais. J’en ai profité pour lui demander si il était vraiment dangereux d’accéder en Colombie par la route. Dans les livres, j’ai vu ecris « dangereux » et « potentiellement suicidaire ». Il a vécu 5 ans en Colombie et me disait que la frontiere entre Panama et la Colombie était officiellement fermée, qu’il fallait payer les paramilitaires a coup de backshich, sans parler de la présence des FARC. Cette frontiere est l’une des plus dangereuse au monde. Et c’est la raison pour laquelle l’hostel proposait uniquement l’accés par voie maritime.
Le seul probleme, c’est que ce ne sont pas des liaisons par ferry mais par bateau de plaisance, donc plus cher. En plus, ca dure 5 a 6 jours puisque les compagnies de plaisance te font passer par des plages paradisiaques. C’est sympas mais c’est 400 dollars…
Je n’avais plus qu’une seule solution : l’avion, que j’ai booké hier qui m’a coute la moitié du prix par rapport au bateau. J’avais surtout vraiment envie de tenter l’aventure par voie terrestre, mais le francais a bien insisté : la frontiere est fermée. Pour passer, c’est tres risqué. On ne tentera pas…
Il est 15h15, je prends le vol Panama-Cartagena.
1h05 de vol seulement. Et pas de soucis pour dormir pendant ce laps de temps.
Il est 16h20, je suis en Colombie.
J’échange dans l’aéroport mes dollars contre des pesos colombiens.
Cartagena, c’est au Nord de la Colombie. On est de retour coté Atlantique (que j’avais laissé a la Nouvelle-Orleans), en mer des Caraibes.
Je longe d’ailleurs la mer dans un taxi pour rejoindre le Chill House Backpacker, en plein coeur de la vieille-ville.
L’endroit est vraiment sympas.
Mais la nuit va bientot tomber et je dois partir au supermarché du coin pour quelques courses.
Apres cela, je prends enfin le temps de vous décrire ces 3 jours de folie a Panama : entre revente de velo dans un quartier mal famé, visite du Casco Viejo, et ces quelques heures décisives qui ont précédé mon départ d’Amérique Centrale.
Panama, aura été l’Arrivée et le Nouveau Départ. Maintenant, c’est derriere moi.
Je me leve a 6h50 ce matin dans le dortoir de 10 lits de la chambre 8 du Blue Parrot.
Je prends le Airport Shuttle Bus depuis le quartier sympa de King’s Cross jusqu’a l’aeroport international.
Le ciel est gris a Sydney, mais cette ville reste un bon « reconditionnement » avant d’affronter des temperatures plus fraiche encore.
Je prends le vol Sydney-Los Angeles.
Etats-Unis, nous voici !
C’est parti pour plus de 13h de vol. Et bizarrement, c’est passe plutot vite. Pourtant, je n’ai pas dormi. La seule chose qui m’ait maintenue en eveil, ce sont les films : l’avion est equipe de lecteur DVD sur chaque siege. Voyant toute cette richesse cinematographique, j’ai regardé 6 films a la suite, histoire de faire honneur au pays et surtout a la ville ou je m’apprete a atterir.
Sydney-Los Angeles : le meme vol que dans la serie Lost ou ils se crachent sur une ile deserte et que…Bon, pour moi, la traversee du Pacifique s’est faite sans encombre. C’est mon 13eme pays, le voyage a dure environ 13h et on est le 13 du mois !… Mais vu qu’on n’est pas un vendredi, l’avion s’est delicatement posé sur le tarmac de l’aeroport de Los Angeles. Retour dans l’hemisphere Nord.
Je suis parti de Sydney a 11h25 ce matin ; j’arrive a Los Angeles a 6h du matin… le meme jour ! Et meme 50 minutes avant l’heure a laquelle je me suis levé a Sydney. Si c’est pas productif tout ca !
Le jour se leve… encore…
En revanche, je ressens les heures de sommeil manquantes. Si je me couche, je suis parti pour dormir jusque dans l’apres-midi. Et ca, c’est tres mauvais pour se remettre d’un decalage horaire.
Pas le choix, si je veux profiter pleinement de Los Angeles, je dois lutter jusqu’a ce soir.
Poste de douane :
– » Tu as traversé tous les pays que tu as ecrit sur le papier avant d’arriver ici ? »
– » Tu viens ici pour quoi ? »
– » Combien de temps tu restes a Los Angeles ? et aux USA ? »
– » Combien de temps tu es resté en Australie ? »
– » Tu es arrivé quand la-bas ? »
– » Tu faisais quoi ? tu as travaillé ou ? et pendant combien de temps ? »
– » Mets les quatres derniers doigts de ta main droite sur l’ecran. Puis le pouce de la main droite »
– » Mets les quatre derniers doigts de la main gauche. Puis le pouce de la main gauche »
– » Regarde la camera »
– » C’est bon »
Pffffiouuuu… interminable !
Un agent de securite m’indique ou prendre le Airport Shuttle Bus pour rejoindre l’hostel que j’avais booké pour 3 nuits.
Avant ca, je retire mes premiers dollars americains d’un distributeur de billet, puis j’effectue mes premiers pas a l’exterieur.
Il fait frais, une petite dizaine de degres. Il faudra s’y faire, je connaitrais pire que ca.
A premiere vue, je ne suis pas franchement depaysé par rapport a l’Australie. Pas d’enormes differences d’aspects exterieures entre l’Australie et les USA : urbanisme, architecture, agencement des villes… la ressemblance est frappante.
Les quelques differences que je constate toutefois :
On roule a droite (je n’avais pas vu le volant a gauche depuis la Turquie), les portes des voitures émettent des « bip » répétés lorsqu’elles sont ouvertes, les billets sont verts, je comprends mieux l’accent americain et pour l’instant, c’est tout ce que j’observe comme difference…
La ville est gigantesque. L’utilisation des transports en commun s’avere indispensable. Surtout que mon pied est (encore) en convalescence.
But du jeu : ne pas dormir jusqu’a ce soir.
J’arrive vers 8h dans l’hostel, assez petit et plutot chaleureux. J’arrive trop tot avant de pouvoir installer mes affaires sur le lit du dortoir. Ceux qui doivent partir dorment encore. Le gerant me dit de patienter sur le canape…
Si je m’affale sur ces canapés plus que comfortable, s’en est fini.
Je decide de sortir faire un tour. Les distances sont immenses, mais j’apercois au loin, House of Breackfast . C’est exactement ce qu’il me faut.
C’est ce genre de petit snack que l’on voit souvent dans les films. Quelques tables contre le mur et un comptoir, ou chaque fois que tu finis ta tasse, le proprio arrive et te ravitaille a nouveau avec sa bonne cafetiere ronde, sans qu’il t’en coute davantage.
Meme dans les films, j’attendais le jour ou je pouvais me faire, dans ce genre d’endroit, un petit dejeuner aux oeufs et 5 ou 6 cafes serrés, avec a ma gauche, un americain, et a ma droite, un autre americain.
Et bien c’est fait !
Je pars ensuite en ville ou deux francais m’indique la direction du metro. Je le retiens. J’irais demain. Pour le moment, j’essaie d’articuler lorsque je parle aux gens, mais je suis a la traine et un peu lent a la detente : la fatigue reprends le dessus.
J’apprends que mon portable australien ne capte plus. Il faudra que j’aille le faire debloquer pour que je puisse emettre par la suite, dans n’importe quel autre pays.
D’habitude, je ne prends jamais ce genre de boisson, mais la, il me faut un petit remontant. Je prends de la Monster, une boisson a forte teneur en taurine et cafeine. Ca me donne un leger coup de punch pendant 2h ou 3h, puis ca retombe…
De retour a l’hostel, je rencontre un anglais qui doit se diriger dans la meme direction que moi, dans quelques jours. Et il s’apprete a louer un van. Si je pouvais fonctionner comme j’ai pu le faire en Australie, ne serait-ce qu’une fois ou deux, ce serait deja un bon debut. Le covoiturage reste, aux USA comme ailleurs, l’assurance d’un voyage plutot rapide, peu onereux et generateur de bonnes rencontres.
Pour le moment, stand by… On se concentre sur Los Angeles.
J’ai pris le soin de booker pour demain quelque chose qui me tient a coeur depuis tres longtemps…
Je vous ecris ces quelques lignes, et mes yeux se ferment tout seul. Je n’ai pas dormi depuis environ 32h.
Je rends l’antenne.
Je me reveille vers 9h30 apres 14h de sommeil ! Il me fallait au moins ca.
Je quitte Koreatown, le quartier ou se trouve l’hotel, pour prendre le metro en direction des Studios Universal.
Sur le chemin, et meme hier, pendant que je marchais, j’ai quand meme constaté une difference entre l’Australie et les Etats-Unis.
En fait , je trouvais que l’Australie manquait d’ame par endroit et qu’il fallait marcher longtemps pour trouver un peu de charme dans les grandes villes.
A Los Angeles, il n’y a pas vraiment de place principale. Du coup, chaque quartier s’est developpé plus ou moins vite. L’inegalité entre les niveaux de vie se font beaucoup plus ressentir aux Etats-Unis, ce qui a fait naitre autant de belles villas que des habitations bien plus modestes.
C’est une impression generale mais on sent beaucoup plus d’authenticite ici qu’a Melbourne, Perth ou Sydney. Le pays est un peu plus vieux. Il a vecu et on s’en rend compte que peu de temps apres avoir debarqué. On connait meme ce pays avant d’y poser les pieds : lorsque j’ai vu des flics en voiture de patrouille ou lorsque j’ai croisé un de ces fameux camion de pompiers, je n’ai pas vraiment sursauté. C’est un peu comme si j’etais deja venu.
Los Angeles accentue la chose car de nombreux films et series s’y deroulent.
En parlant de films (quelle transition !), et apres avoir pris le metro, j’arrive sur place :
Universal Studios
C’est autant un parc d’attraction qu’un musee. A peine 30 secondes apres etre entré, une personne m’interroge avec un questionnaire. En cadeau, il m’offre un ticket pour le Studio Tour, sans faire la queue. C’est toujours sympas a recevoir.
Durant ce tour, j’ai le temps de filmer mais le cortege va trop vite pour prendre des photos. J’evolue entre les differents decors de cinema : ambiance mexicaine, europeenne, americaine des annees 50, mais aussi des endroits plus connus comme la scene de la catastrophe aerienne dans » la Guerre des Mondes », la rue des « Desperate Housewives », je passe devant les voitures de Magnum, des Marx Brothers…
Ce qui ne m’empeche pas de vivre quelques experiences 3D en cinema dynamique : King Kong, Shrek 2 et de faire aussi quelques vraies attractions :
C'etait mon film prefere quand j'etais gamin, je pouvais quand meme pas le louper...
…agrémenté sur le chemin par quelques accessoires de films ayant fait la renommée des studios :
Apollo 13 - Un succes des Studios parmi tant d'autres
J’assiste aussi a une demonstration d’effets speciaux : animation image par image, capture de mouvement, 3D…
Toutes ces reussites et toutes ces prouesses techniques sont tenues dans le plus grand secret…
...a l'interieur des locaux Universal Studios
Il fait nuit beaucoup plus tot a cette epoque de l’annee (non, tu crois ?) et le froid s’installe. Je retourne a l’hostel.
15 Fevrier 2011
Je me leve a 7h ce matin histoire d’avoir une vraie journee complete devant moi.
Je pars sur le chemin de la station de metro.
Une rue de Los Angeles
Une grosse artere
Dans le metro, je suis assez surpris d’une chose : la voix enregistree pour tout ce qui est « ouverture des portes », « prochaine station », etc… Et bien elle est en anglais puis en espagnol ! ce n’est pas tout, toujours dans le metro, les publicites sont moitie-anglaises, moitie-espagnoles. Parfois meme uniquement en espagnol. A Los Angeles, la communauté hispanique est tres importante ; et meme plus importante que la communaute blanche.
Et effectivement, dans la rue, dans le metro, ou meme dans la musique venue des maisons alentours, j’entends l’espagnol. Mais la population hispanique est loin d’etre la seule : j’ai rarement vu une ville aussi cosmopolite.
On aura bien le temps d’en reparler. Pour le moment, je retourne aux Studios Universal. Mon ticket etait valable pour 2 jours. Et puisque je n’ai pas envie de frustrer mes lecteurs, je repars pour un tour guide des Studios. Hier, j’ai tout filmé, aujourd’hui, je sais ou me placer et quand prendre les photos. Je regle mon appareil en prenant compte de la vitesse du convoi. Ca y est…
Pret pour la seance ?
C’est parti !
Les studios - Rien de bien passionnant vu de l'exterieur
Les villas du personnel
Et certains ont de l'humour
Sur fond de quartier des affaires...
Un vieux quartier americain
L'envers du decor
Pont utilise dans plusieurs vieux films et plus recemment, dans un episode de "Code Quantum" (ca commence a remonter un peu aussi...)
La bagnole dans "La Momie"
Celle des Marx Brothers
Et ma preferee, la DeLorean de "Retour vers le futur" - Je rappelle que le convoi roulait constamment alors je m'excuse aupres des fans pour le cadrage...
Un des camions appartenant au film "Le Monde Perdu"
Le meme film...
En ce qui concerne ces decors, ca n’a absolument rien a voir avec des decors du style « Disneyland ». C’est vraiment realistes, meme quand on les voit de plus pres. Le processus de vieillissment et de degradation acceleré est appliqué sur chaque centimetre carré du batiment : rouillures, eraflure, murs décrépis, infiltration, torsion du bois, des metaux, deboitemment des trottoirs… la liste est longue.
Regardez plutot la suite :
Un decor du Vieux Mexique
La pluie est ensuite envoyee...
... jusqu'au declenchement d'un enorme torrent
Un autre decor hispanique
Un certain Clint Eastwood a joue au bord des marches de cette eglise alors qu'il n'etait encore qu'un jeune acteur "aux-roles-de-cowboy"
Celui-ci, c'est pour les passionnes !
Un indice : j’ai vu les Hoverboard, la veille, sous vitrine… 😉
Ici, j'insiste sur le travail de torsion et de degradation du portail
Un autre "grand decor" - Oui, car au cinema, ca rend toujours beaucoup plus grand
Dans un style un peu plus europeen
Toujours dans le style hispanique
Le Far West - Dire que tout ca est faux...
Vous aurez reconnu la pancarte d'Amity Island du film "Les dents de la mer"
Et son petit port tranquille avant l'arrivee du grand requin... mecanique - Qu'importe, l'illusion etait parfaite
Et c'etait pas plus grand que ca !
La scene de la catastrophe aerienne dans "La guerre des mondes"
L'avion est vrai - C'est assez impressionnant
Derriere ce decor apocalyptique, on peut apercevoir au fond le manoir du film "Psycho" d'Alfred Hitchcock - 44 ans separent ces 2 long-metrages...
Un tout petit bout de decor du film "La Momie"
Et voila pour la matinee. J’espere que vous avez passe une bonne visite guidée des Studios Universal.
L’apres-midi, je prends un bus en direction des studios Warner Bros :
Warner Bros Studios
Je n’ai pas vraiment d’image a vous offrir puisque l’essentiel s’est passé dans les locaux. C’etait tout aussi interessant, mais interdiction formelle de prendre une seule photo.
Je passe devant le decor en construction du dernier film de Clint Eastwood ; j’assiste au tournage d’une scene de la serie « The Mentalist » ; aux coulisses du sitcom « Mon Oncle Charlie » ; je vois la Jaguar d’Austin Powers, la chere et tendre Gran Torino de Clint Eastwood, son costume dans « Dirty Harry » et dans « Impitoyable », la Batmobile, les costumes de Neo, Trinity, Morpheus et j’en passe… les studios sont les plus vastes de Los Angeles et chaque jour, 10000 employes y travaillent. Alors forcement, on ne peut pas passer a cote d’un tournage au coin d’une rue… Oui, car chaque rue porte un nom, et les employes circule en voiture, a velo, il y a 6 restaurants et meme une station-essence
Et ca y est, il commence deja a faire nuit. Je rentre en bus, puis a metro jusqu’a l’hostel.
J’en garde encore pour demain.
16 Fevrier 2011
Levé tot, je pars en direction de… bon… si on est le 16 et si je suis a Los Angeles, a votre avis ou est-ce que je me dirige ? Hollywood Sign, voici comment on appelle ces grandes lettres blanches, visibles d’un peu partout. Par contre, pour s’en approcher, c’est le parcours du combattant.
Le mieux, c’est d’etre aisé et de posseder une villa en haut d’une colline, avec vue splendide. Ce n’est pas mon cas, et en plus de ca, je suis a pied ; mes pouvoirs sont donc limités et chaque colline est bien gardée.
Pour le moment, je suis en contrebas, sur Hollywood Boulevard, il est environ 9h, il pleut et je ne vois meme pas Hollywood Sign a cause du brouillard epais qui ne veut pas se dissiper.
Je me dirige a l’instinct (et niveau orientation, je n’en ai pas beaucoup). Je marche pendant 1h en remontant Hollywood Highland, une tres longue avenue.
Je sais a present que je ne suis pas tres loin mais il y a toujours un batiment pour me gener ; et derriere ce batiment, de toute facon, c’est toujours le brouillard.
Finalement, j’atteris dans un café. Mieux vaut attendre encore un peu, plutot que de se demoraliser dehors, sous la pluie, sans aucune visibilité.
J’interroge une demoiselle mexicaine de la table d’a coté. J’apprends que je suis allé un poil trop loin. Qu’importe, pour le moment, je reste au café. Croissant, chocolat chaud, je prends des forces.
On va relever ce défi, c’est sur, mais je ne sais toujours pas comment.
Miracle, au bout d’une demi-heure, le brouillard se dissipe. J’apercois le « H ». Je m’habille rapidemment pour sortir en vitesse car le temps reste tres instable.
En face de moi, une colline tres pentue ; et seulement derriere, Hollywood Sign, perché sur une colline encore plus haute. C’est cette 1ere colline qu’il faut escalader.
Je n’ai aucune carte detaillée et pas vraiment de plan precis pour la gravir.
Comment l’attaquer ?
Le flan ouest me parait etre une bonne solution.
Un trottoir longe la voie express jusqu’a un parking. Ce parking donne sur un autre parking, un peu plus haut. C’est un bon point de depart pour escalader. Manque de bol, une voiture de flic surveille ce flan, a l’endroit ideal ou l’on pourrait grimper. Impossible donc de monter de ce coté…
Je reviens sur mes pas. Je viens de marcher 1h pour rien.
Il se remet a pleuvoir…
Il y a une autre colline parsemée d’habitations, mais la encore, impossible d’y acceder, a moins de traverser l’autoroute !
Il y a forcement un moyen d’y aller, mais mieux vaut rester concentré sur celle que je connais.
Allez, je tente le coup, je l’attaque de front !
Je passe dans plusieurs rues pentues, aux maisons pleines de charme (pour les veritales villas blanches, vastes et luxueuses, il faut aller plus a l’ouest, a Beverly Hills). Celle-ci sont vraiment jolies, perchée sur la colline…mais pas du coté que je voudrais…
En montant, la pluie s’arrete a nouveau, mais je me dis : « Faut quand meme pas rever, Alex. Tu crois franchement qu’il y a un petit sentier tout mignon qui te conduira tranquillement jusqu’a la cime ? »
Je croise une patrouille specialement employée pour la surveillance de ce pathé de maison. Je continue de monter, jusqu’a voir ecrit » Hollywood Reservoir « . Suivons-le, les reservoirs sont toujours a la cime d’une colline. Mais etant persuadé qu’ils sont fermés a double-tour, je prends ensuite une rue qui les contourne.
Soudain, j’arrive sur un terrain plat, au pied de la colline tres encaissée.
L’infiltration commence ici. Un regard a gauche, un autre a droite, je cours pour l’escalader.
Raté : arrivé 20m plus haut, je m’apercois qu’il est impossible de grimper plus loin. Je redescends.
Un regard sur la rue. Personne. Je m’elance a nouveau, mais cette fois, sur l’autre face.
L’herbe est mouillée et le sol boueux. Je trébuche plusieurs fois mais je me releve vite pour continuer ; je suis encore a vue.
J’arrive vers un 1er arbre ou je me réfugie en dessous pour reprendre mon souffle. 2 helicos patrouillent en permanence au-dessus de Los Angeles. Si ils peuvent reperer quelquechose dans une rue de la ville, ils ne mettront pas longtemps a me voir non plus : al’altitude ou je suis, ils ne passent pas bien haut.
Montée d’adrenaline.
On se croirait dans « Rencontres du 3eme type », la scene ou ils escaladent la montagne pour rejoindre la base secrete sans se faire reperer par la lumiere des helicos. On est dans la capitale du cinema, il faut bien rendre hommage un peu…
L’adrenaline est exactement ce dont j’ai besoin pour continuer en courant, dos courbé a travers la vegetation tantot haute, tantot basse.
Barriere de cactus, je dois légerement contourner. Ce qui ne m’empeche pas, au passage, de me prendre 1 ou 2 epines dans les jambes.
Je longe maintenant la cime jusqu’a atteindre, enfin, les reservoirs. Du coté d’ou je viens, rien n’est cloturé. Je tiens a preciser que je n’ai franchi aucune propriete privée. C’etait juste une zone inconstructible… non ouverte au public… on a qu’a dire ca…
C’est bon, je suis arrivé en haut. Je scrute au loin, pas de Hollywood Sign…
Si ! A droite, derriere les reservoirs !
Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, parents, amis, connaissances, voici ce que je vous offre, et ce que je m’offre par la meme occasion, pour ce tour du monde a moitié realisé, gateaux moelleux et bougies fierement dressées :
6 mois !
Je suis encore un peu loin, mais c’est le mieux que j’ai pu faire.
Ca valait quand meme la peine d’etre monté jusque la, admirez un peu la vue :
Hollywood Sign est juste a droite
Et de l’autre coté :
Los Angeles
Je vérifie quand meme : oui, j’avais raison, l’entrée aux reservoirs etait bien cloturée. L’exfiltration se fera exactement dans le sens inverse.
Je redescends tout boueux mais heureux d’avoir cloturé ces 6 mois de voyage par l’effigie d’Hollywood !
Je passe l’apres-midi dans un autre haut lieu touristique de Los Angeles : Hollywood Boulevard, ou j’etais ce matin.
Ma mission terminée, je peux a présent prendre mon temps en me baladant sur le Walk of Fame :
Hollywood Boulevard
Walk of Fame - Une etoile par star, etendue aux 2 trottoirs et sur plusieurs centaines de metres
Voila pour ces derniers jours a Los Angeles.
Je ne vais pas dresser un bilan « a mi-mandat » sur ces 6 derniers mois passés sur les routes du globe. Il me reste encore 6 autres bons mois de traversée, donc je réserve ce bilan pour la fin, lorsque j’aurais plus de recul. Et il en faudra du recul…
Simplement, merci de me lire et de me voir evoluer dans chaque pays que j’ai la chance de traverser ; et merci de continuer a m’envoyer vos commentaires a propos de ces chemins, parsemés de belles rencontres, de galeres et d’embuches…surtout lorsqu’on quitte la route !