Cocorico !

8 Septembre 2011 (suite et fin)

Je sors du café-internet pour me rendre juste en face, à la gare.
Il est 16h40, j’embarque.
Quelques heures s’écoulent. Plusieurs arrêts, dont Turin, jusqu’à ce que le train s’arrête à l’entrée d’un tunnel.

La police italienne entre dans le compartiment. Contrôle rapide des papiers une première fois. Sur le même arrêt, un autre policier entre dans le wagon et prononce :
– « Bonjour messieurs-dames, police française, contrôle des passeports et des papiers d’identité s’il-vous-plait »

Le train repart et franchit le tunnel.
J’en ressors, il est plus de 19h, après plus d’1 an de voyage à travers le monde, en ce 8 Septembre 2011, je reviens sur le territoire français.

Ce train doit monter jusqu’à Paris. J’aurais pu changer à Lyon, mais j’ai préfèré prendre un ticket seulement jusqu’à Chambéry. La raison, c’est que je ne voulais pas arriver de nuit et payer un hôtel hors de prix à Lyon. Je prends le pari de trouver un coin sympas autour de la gare pour lancer ma tente, ou bien trouver un hotel à prix abordable. Autour de la gare de Lyon, c’est même pas la peine d’y penser !

Il est 20h40, j’arrive en gare de Chambéry. J’en profite pour demander le prochain train demain, à destination de… Clermont-Ferrand.
J’entre dans un resto rapide pas loin. Les passants, les clients, tout le monde parle français. J’ai perdu l’habitude d’entendre autant de gens parler cette langue, je vous assure que ça me fait vraiment bizarre.

A l’intérieur de ce resto, j’interroge les gérants. Je demande d’abord un hôtel pas cher.
Ils me répondent : « Juste à côté, pour 39€. Ca va ? »

Non, ça va pas… Je n’ai plus l’habitude de payer autant pour une nuit.
Un vieux et une fille sont assis derrière moi. Ils entendent la conversation lorsque je demande la solution alternative : le camping.
Ils me disent qu’il y en a un dans la commune d’à côté, à 3kms. Sinon, il y a un bar-hôtel qui loue des chambres pour 20€. C’est pas trop mal, car j’aurais été trop court pour prendre mon train si j’avais opté pour un camping aussi loin de la gare.
Bref, la fille a du mal à me croire lorsque je lui dis que je reviens d’un tour du monde.
Elle me demande :
– « Mais comment t’as fais pour changer de pays ? »
–  « Train, bus, coups de tampons… »

Pour la chambre, le vieux me prévient :
– « C’est c’que c’est, hein… c’est une chambre, les douches et les chiottes sont à l’extérieur »
– « J’ai connu pire »
– « Bah ça on imagine… » ajoute la fille

Le vieux m’indique ensuite la direction de « Chez Lulu – Hôtel des Voyageurs ». Il me dit qu’il connait bien le bistro. Effectivement, il sent le Ricard… Une odeur que j’avais complétement oublié (on en vend quasiment qu’en France).

Je marche un peu puis je trouve le bar. 3 ou 4 piliers de comptoir discutent entre eux : c’est bon, je suis bel et bien de retour en France…

La propriétaire m’apporte le clés :
– « Votre nom ? »
– « Alex »
– « C’est juste pour avoir un nom sur le registre »
– « Vous voulez mon pass… mon euh… »
– « Non c’est pas la peine. Je vous donne les clés »

J’ai failli lui dire « passeport »…

Je reprends mon sac et le dépose dans la chambre. Assis sur le lit, je repense à cette fille qui m’a demandé comment je faisais pour passer entre chaque pays. Est-ce que je me posais ce genre de questions avant de partir ? Oui, c’est certain.
Même en voyage, j’ai entendu beaucoup de français me posant des questions qui, pour moi, coulaient de source. Avant le départ, je m’interrogeais aussi sur des détails pratiques et à vrai dire, il aura souvent fallut attendre d’être sur place avant d’obtenir des réponses.

Il y a une question encore plus large qui me trotte maintenant dans la tête : comment j’imaginais le monde avant de quitter la France, il y 1 an ? Pas comme maintenant.

A peine je rentre en France, je me pose des questions… Mais j’ai le sourire. Aucune mélancolie, aucune nostalgie. Ca se passe plutôt bien de ce côté.
Par contre, mon comportement… Je me sens vraiment bizarre. J’ai pas l’impression d’être le même. Comme si je me sentais encore étranger. Quelquechose à changé. Est-ce que je me comporte de la même manière devant un compatriote qu’avant mon départ ?
De l’assurance… J’ai beaucoup plus d’assurance dans ce que je raconte. Je suis moins stressé, moins anxieux qu’avant. Tout est surmontable.
Plus d’humilité aussi. Je cherche d’où cela peut venir… C’est pas trop dur : 1 an à me montrer humble devant la population, sa culture et son mode de vie.

Mais il y a autre chose… Phénomène assez étrange en vérité : je fais preuve d’humilité parce que je retrouve la France que j’ai délaissé 1 an pour le reste du monde. C’est alors comme si je me sentais redevable ; comme si je devais aller frapper aux portes de chaque chaumière et annoncer : « je suis rentré, pardon de vous avoir quitté aussi longtemps ».
Je sais, c’est vraiment bizarre comme impression…

Une chose est sûre, je suis content d’être rentré.

9 Septembre 2011

Je me réveille et j’entends quelqu’un dans la rue, au téléphone. Je suis encore à me réhabituer au français.

Je passe proche d’un monsieur dans la rue, et je préparais dans ma tête un « sorry » plutôt qu’un « pardon » au cas où je l’aurais percuté.
Et même lorsque je me rends à la boulangerie, je ne me rappelle plus dans quel sens je prononçais les mots de courtoisie. Meme en anglais ou en espagnol, je tournais la phrase différemment.

Je pars en direction de la gare. En fin de matinée, changement de train. A peine 1/4 d’heure d’attente à Lyon, puis je reprends une dernière fois le train pour Clermont-Ferrand.
Les paysages défilent et me sont de plus en plus familier ; jusqu’au moment où, au niveau de la gare de Riom-Châtel-Guyon, je l’aperçois, ce gros volcan, que je dois arpenter avant de clôturer définitiviment ce tour du monde…

C’est vrai, je suis un peu fatigué et depuis quelques temps, j’ai mal au dos les matins ; mais je ne suis pas le seul à me plaindre…

J'avoue qu'on se sent tous un peu "cassé" par ce long voyage...

Il fait un temps superbe, espérons que ce soit la même chose demain…

J’arrive en gare de Clermont-Ferrand et trouve un café-internet chez l’indien, Avenue Charras.
Vous avez peut-être constaté le retour des accents circonflexes, des accents graves, de la cédille et du « a accent » dans cet article : c’est la 1ère fois que j’écris sur un clavier AZERTY depuis plus d’un an, et c’est t-r-è-s l-e-n-t car le QWERTY – et autres variantes – monopolisaient le reste du monde.

Je n’ai plus qu’a vous dire à demain, 15h au sommet du Puy-de-Dôme.

Une dernière ascension et la boucle sera bouclée !

 

9 réflexions sur « Cocorico ! »

    1. Encore merci d’être venu Thierry. C’était trop court ces retrouvailles au sommet. On voudrait que ça dure plus longtemps, comme toutes les bonnes choses. Grosses bises

  1. Game is over but you did it.

    Félicitation cousin pour ce magnifique et courageux périple !

    En attendant de te re-lire …

    Take care

    Philou

  2. j’avoue très émouvant! j’avais presque envie d’aller grimper le volcan pour t’accueillir!
    bon courage pour te réhabituer au français, aux Français, et à la France :)!
    profite bien des retrouvailles avec la famille et les amis!
    et je t’attends de pied ferme pour arpenter les rues de Paris, à défaut de celles de San francisco!

    1. Merci beaucoup. C’est vrai, c’est pas tous les jours qu’on doit se remettre d’un an de voyage. Ca prendra un peu de temps, mais ça ira. Gros bisous et à bientôt.

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